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Le Parlement européen réclame 298.000 € à Marine Le Pen

Alors que le Front national peine à financer ses campagnes présidentielle et législatives en 2017, cette demande de recouvrement est une mauvaise nouvelle pour Marine Le Pen, qui se plaint déjà du « refus des banques françaises » de prêter à son parti. Par ailleurs, à cette procédure administrative européenne s’ajoute un volet judiciaire français.

L’OLAF a transmis le 26 juillet son rapport à la justice française, qui enquête depuis mars 2015 sur les salaires versés à des assistants d’eurodéputés frontistes depuis le début du mandat, en juillet 2014. Sur la base de ce document, le parquet de Paris a étendu fin août son enquête préliminaire pour « abus de confiance » à des faits couvrant désormais la période 2010-2016, à cheval sur l’ancienne et la nouvelle mandature. Le parquet, qui achève son enquête, devra déterminer s’il y a lieu d’ouvrir une information judiciaire ou de classer le dossier.

C’est un dossier dans lequel Marine Le Pen et son père partagent cette fois le même avocat. Loin de la bataille judiciaire qu’ils se livrent depuis des mois autour de l’exclusion du fondateur du FN – et qui a rebondi le 17 novembre –, les Le Pen ont choisi un vieil ami de la famille pour les défendre face au Parlement européen : Me Marcel Ceccaldi. Ancien du Front national, il est l’avocat, entre autres, de chefs d’État africains et de la famille Kadhafi.

En jeu : le remboursement de plusieurs centaines de milliers d’euros au Parlement, (…). Dans son « rapport d’enquête administrative », transmis au Parlement le 2 août, l’Office antifraude européen estimait le « préjudice financier » à l’Union européenne à « 339 946 euros » et pointait du doigt les salaires touchés par deux assistants de Marine Le Pen : Catherine Griset (298 392 euros) et Thierry Légier (41 554 euros).

D’après nos informations, la présidente du FN s’est vu notifier formellement par courrier d’une demande de recouvrement, lundi 12 décembre. Le Parlement lui réclame 298 000 euros – une somme qui correspond aux salaires de Catherine Griset. Mme Le Pen à jusqu’au 31 janvier pour rembourser. Dans le cas contraire, ces 298 000 euros seront retenus sur ses indemnités et frais parlementaires, avec le paiement d’intérêts (…)

Vieille amie et ex-belle-sœur de Marine Le Pen, Catherine Griset a été, entre décembre 2010 et mi-février 2016, son assistante parlementaire « accréditée » à temps plein, c’est-à-dire qu’elle devait travailler dans les murs du Parlement, entre Bruxelles et Strasbourg. Sauf qu’elle était parallèlement la cheffe du secrétariat de la présidente du FN, puis sa cheffe de cabinet, au siège du parti, à… Nanterre.

(…) De son côté, le Parlement européen réfute toute « discrimination », et fait valoir que Marine Le Pen a eu tous « les détails » en main et « l’opportunité de s’exprimer dans le cadre de [ces] enquêtes ».

Dans sa réponse à l’avocat, le 14 novembre, Klaus Welle rappelle que l’eurodéputée a, dès le 26 juillet dernier, « été informée par l’OLAF » de la transmission de ce rapport au Parlement, et de la « recommandation » qui y était formulée « en vue de mesures financières à prendre pour assurer le recouvrement financier lié au préjudice subi par l’UE ».

Il précise que Marine Le Pen a été, « tout au long de l’enquête, informée des développements », depuis l’ouverture d’une enquête interne le « 24 juillet 2014 », « sur la base d’allégations sur de possibles manquements aux règles du Parlement européen relatives aux assistants parlementaires ». Dans sa lettre, le secrétaire général indique aussi que « le secret professionnel » couvre « les informations transmises ou obtenues dans le cadre des enquêtes internes », comme le prévoit le règlement de l’Union européenne (EURATOM). (…)


Marine Turchi, Médiapart –Titre original de l’article « Le Parlement européen réclame près de 300.000 euros à Marine Le Pen » – Source (Extrait)