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Alors que Manuel Valls s’est déclaré hier candidat à l’Élysée avec la volonté de contenir l’influence de son ancien ministre de l’Économie dans l’électorat socialiste, le livre que vient de publier ce dernier est d’une médiocrité affligeante.

Pompeusement intitulé « Révolution », le livre d’Emmanuel Macron se décline en 16 chapitres dans le but de nous apprendre à mieux connaître le candidat et ses quelques idées. Cela donne notamment : « Ce que je suis », « Ce que je crois », « Ce que nous sommes » et plus loin « Réconcilier les France », puis « Vouloir la France ».

Emmanuel Macron évoque son parcours, y compris très brièvement comme banquier chez Rothschild. Et ça donne ceci : « J’y ai fréquenté des hommes de décision, ce qui apprend toujours. J’y ai bien gagné ma vie, sans avoir fait une fortune qui me dispenserait de travailler », semble-t-il regretter. Il évoque discrètement le moment où il devint « rapporteur général adjoint de la Commission pour la libération de la croissance française que présidait Jacques Attali ». Il omet de préciser que c’était en 2007 à la demande du nouveau président de la République Nicolas Sarkozy.

Ce dernier voulait, avec ce rapport ultralibéral, une caution de « gauche » pour une Loi de modernisation économique(LME) votée par les parlementaires de droite, laquelle lui avait été demandée par Michel-Edouard Leclerc pour que la grande distribution puisse davantage piller ses fournisseurs. Depuis, on fait payer la note aux paysans jusqu’à les ruiner. C’est particulièrement durant chaque automne, au moment où les fournisseurs tentent vainement de négocier avec les distributeurs les prix qui leurs permettront d’être référencé dans les linéaires des grandes surfaces durant un an. De l’avis général, c’est encore pire en cet automne 2016 que les années précédentes.

Emmanuel Macron se garde d’évoquer cet aspect principal de sa mission de rapporteur final de cette Commission dont il évoque seulement le fonctionnement en ces termes: « Durant six mois, j’ai eu la chance de pouvoir travailler à ses côtés (de Jacques Attali, ndlr) au milieu d’une commission de quarante membres dont nombre d’entre eux devinrent des amis. Cette Commission fut pour moi l’occasion à la fois, de rencontrer des femmes et des hommes hors du commun- intellectuels , fonctionnaires et entrepreneurs qui font la France- , d’apprendre d’eux, mais aussi de m’ouvrir à des sujets multiples que je n’ai ensuite jamais quitté », écrit –il en page 24.

Beaucoup plus loin , en pages 88 et 89 il ose ces mots : « Comment les agriculteurs peuvent-ils innover , investir dans la transformation de leurs outils de production, si on ne les protège pas des distributeurs, si on ne s’assure pas qu’il y a une juste concurrence qui permet d’éviter que certaines grandes surfaces ne se mettent d’accord pour réduire leur marge (….) L’État doit garantir du long terme, de la stabilité, par les contrats de filière pour protéger l’indispensable innovation » , écrit Emmanuel Macron en oubliant que le rapport de la Commission Attali dont il fut le rapporteur final a servi de canevas à la droite pour mettre en place ce que le même Macron dénonce dans son livre.

D’une façon plus générale, le livre d’Emmanuel Macron ne porte aucune réflexion prospective structurée et multiplie les contradictions. Il fait sienne la concentration des activités économiques autour de Paris comme des grandes métropoles régionales, constate que les populations de « la France périphérique subissent de plein fouet les fermetures d’usines, le retrait des services publics » et ose écrire néanmoins que « grâce au dynamisme des métropoles, aucun territoire n’est condamné». Toujours selon Macron, c’est seulement parce qu’elle a été mal expliquée que la Loi Travail « a suscité autant d’indignation ».

Cop 21 oblige, il lui fallait un petit chapitre de treize pages intitulé « Produire en France et sauver la planète ». Selon l’auteur, la bataille est déjà presque gagnée tant « la nouvelle écologie que nous devons mettre en place n’est pas contradictoire avec la nouvelle économie que nous souhaitons promouvoir ». La preuve , « tout le monde connaît l’aventure de Sola Impulse, cet avion qui a réalisé le tour du monde grâce à une énergie exclusivement solaire (…) En outre, la mer est et sera, de plus en plus, un des lieux de notre transformation énergétique (…)

Par ailleurs, la place financière de Paris est en train de se doter d’une stratégie et de règles du jeu susceptibles de la transformer en leader international de la finance verte ». Si la finance devient verte, même la multiplication du trafic routier ne polluera plus. D’ailleurs, au mépris de la réalité quotidienne faite d’embouteillages autour de nos grandes villes Emmanuel Macron écrit encore : « A la différence de la plupart des villes américaines ou asiatiques, les cités européennes sont denses, elles ne sont pas construites autour de l’automobile et de l’étalement urbain » !

Sauf qu’il suffit, comme en ce moment, de quelques jours de beau temps sans vent pour voir les émissions de CO2 monter en flèche, ce qui montre que Macron est bien le grand visionnaire que la France attend depuis trop longtemps.


« Révolution, c’est notre combat pour la France » – Emmanuel Macron, 268 pages,17,90€ XO éditions


Gérard le Puill – Source