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Ou comment passer d’un mouvement exprimant la volonté du peuple né en Russie, au socialisme puis, aujourd’hui d’en dévoyer le sens et l’usage par la méconnaissance historique de sa genèse d’abord, son utilisation médiatique galvaudée et sa vulgarisation déviationniste, ensuite. MC

Populisme – Etymologie : du latin populus, peuple.

Selon « La Toupie »

Historiquement, le populisme est un mouvement politique russe de la fin du XIXe siècle qui luttait contre le tsarisme en s’appuyant sur le peuple et en prônant la transformation des communautés agraires traditionnelles.

En politique, le populisme désigne l’idéologie ou l’attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l’opposer à l’élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant « accaparé » le pouvoir… accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre.

Pour les « populistes », la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. Prônant une démocratie plus directe, ils ont donc pour objectif de « rendre le pouvoir au peuple ». Lorsqu’ils sont au pouvoir, les populistes peuvent remettre en question les formes habituelles de la démocratie au profit d’un autoritarisme s’appuyant sur des institutions censées être authentiquement au service du peuple.

Le terme populisme est en général utilisé dans un sens péjoratif par ses opposants, c’est-à-dire les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir, pour amalgamer et critiquer tous les « archaïsmes » et freins au développement de leur politique qu’ils pensent détecter parmi le peuple.

Le terme « populisme » sert aussi à dénoncer les démagogues qui mobilisent le peuple par des promesses électoralistes ou qui flattent ses « bas instincts » comme le nationalisme, la xénophobie, voire le racisme ou qui exacerbent les réflexes sécuritaires.

D’après « La toupie » Source (extrait)


Populisme … selon Le Larousse

  • Idéologie et mouvement politique (en russe narodnitchestvo) qui se sont développés dans la Russie des années 1870, préconisant une voie spécifique vers le socialisme.
  • Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes.

Populisme  … selon un article de La Croix

« Un mot épouvantable » qu’utilisent les élites pour désigner de manière péjorative le vote de la « majorité silencieuse » dont il se veut le porte-parole.

Devenu omniprésent dans les analyses des experts comme dans les médias, le terme « populisme » est d’autant plus difficile à définir qu’il est parfois employé pour signifier des réalités radicalement différentes.

« Le populisme, c’est l’expression du peuple à l’inconditionnel, résume l’historien Jean-Pierre Rioux. Selon ses partisans, le peuple est inné, premier, ne se trompe jamais et a toujours vocation à devenir un martyr des dominants et des élites. C’est la cause du peuple à l’état brut ».

Désignant une attente excessive, qui viserait une action politique instantanée, presque magique, le mot est aussi régulièrement employé par les hommes politiques pour dénoncer un comportement, disqualifier leurs adversaires ou les opinions qui ne leur sont pas favorables.

« Le terme sous-tend une manière très connotée de dépeindre le peuple comme une multitude, une populace, qui « veut tout et tout de suite », d’autant que les nouvelles technologies permettent de donner son avis en permanence, analyse Olivier Ihl, historien des idées politiques. (…) »

Au XIXe siècle, il émerge au sein de deux mouvements opposés : d’un côté, en Russie, dans les années 1860, les narodniki, en « allant au peuple », rêvent de restaurer une communauté perdue. « Ce sont des intellectuels, plus tard à leur tour vilipendés par les populistes, qui appellent à sauver le peuple affamé par le tsar », poursuit Jean-Pierre Rioux. (…)

Tout au long du XXe siècle, le populisme à la française est l’héritier en outre d’une difficulté politique spécifique, venue de la Révolution française : exprimer le peuple. L’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme affirme en effet que la souveraineté ne lui revient pas mais relève intrinsèquement de la Nation, transformée en République.  « Les formes de démocratie représentative que nous avons inventées, malgré l’instauration du suffrage universel, n’ont pas permis de fonder une politique du peuple », conclut Jean-Pierre Rioux, au sens de réaliser l’idée d’égalité inscrite dans les textes fondateurs ». (…)


Populisme  … selon Wikipédia

Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de « l’élite », qu’il prend pour cible de ses critiques, s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique.

Le terme est régulièrement employé dans un sens péjoratif, synonyme de « démagogie ». Dans cette acception, il suppose l’existence d’une démocratie représentative qu’il critique. C’est pourquoi il est apparu avec les démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine.


Selon  « Revue Actuelle-Marx » N°54 Oct. 2013 – Source

Le développement de la crise s’accompagne, tout particulièrement en Europe, d’une inquiétude croissante concernant le populisme. D’un côté, la progression de différents partis ou mouvements nationalistes xénophobes fait du « populisme » l’un des pires dangers politiques de l’époque. De l’autre, la plupart de ceux qui ont critiqué les politiques austéritaires et non-démocratiques qui sont la source de ces dangers, se sont vus dénoncés comme « populistes ». Le populisme, fantôme bifide, hante l’Europe et il conditionnera sans doute son avenir.

(…) Quelle est la meilleure réponse aux populismes nationalistes et xénophobes : un populisme de gauche ou un contre-populisme ?


Selon Maximilien Rubel dans « Karl Marx et le socialisme populiste russe » source

Au début des années 80 du siècle dernier, la colonie des révolutionnaires russes réfugiée à Genève accueillit dans ses rangs plusieurs nouvelles recrues qui venaient de faire leurs armes dans le premier mouvement socialiste qu’eût connu la Russie des tsars : le populisme (narodnitchestvo). (Quatre de ces nouveaux arrivants seront, quelques années plus tard, les pionniers de la social-démocratie russe d’orientation marxiste : G.-V. Plékhanov, P. Axelrod, L. Deutsch et Véra Zassoulitch).

Avant leur conversion au Marxisme, ils avaient appartenu à une des organisations illégales du mouvement populiste qui, en 1879, après l’attentat manqué de l’instituteur A. Soloviev contre Alexandre II, s’était scindé en deux fractions : le groupe dit du Partage Noir (Tchnorny Pérédiel) et celui de la Volonté du Peuple (Narodnaïa Volia). Unanimes sur le but à atteindre – leur programme était en somme la réalisation du socialisme agraire rêvé par tous les idéologues populistes, de Herzen à Tchernychevski et à Lavrov – ils étaient en désaccord sur les méthodes de lutte à employer en vue de renverser le régime tsariste.

Tandis que le premier groupe voulait rester fidèle aux traditions populistes en intensifiant la propagande dans les villages et en refusant de donner à leur marche vers le peuple une signification politique, le second proclamait la nécessité d’entrer dans la lutte directe systématiquement menée avec l’autorité, d’en hâter l’effondrement et d’atteindre ainsi un objectif politique important : la convocation d’une assemblée constituante.