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« À l’échelle planétaire, les inégalités d’accès à Internet- ce que l’on appelle «  fracture numérique » » sont profondes (…). Quatre milliards de personnes dans le monde n‘ont aucun accès à Internet et près d’un demi-milliard vit dans des zones qui ne reçoivent pas de signaux mobiles. »

Ce que l’on appelle « révolution numérique » est en fait l’informatisation généralisée de la société et sa mise en réseau.

Elle résulte de la rencontre, déjà ancienne, de l’informatique et des télécommunications qui a donné notamment naissance à Internet, puis aux réseaux sociaux. Désormais, la possibilité d’accéder à l’information via ces réseaux, serveurs ou blogs, est devenue un besoin social. Ce droit d’accès à la communication est d’ailleurs reconnu comme un droit fondamental par les Nations unies depuis 2012. Empêcher ou restreindre l’accès à l’information diffusée en ligne revient donc à porter atteinte aux droits de l’homme.

L’accès à l’information était déjà inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789. C’est dire si le lien est essentiel entre l’accès à l’information, fût-elle numérisée, et la démocratie. La domination de quelques grands groupes nord-américains, sur les logiciels, serveurs, moteurs de recherche, systèmes d’exploitation et réseaux sociaux, est particulièrement menaçante pour les libertés individuelles et le respect de la vie privée, comme l’a révélé le lanceur d’alerte Edward Snowden ou encore l’ONG WikiLeaks. Une menace d’autant plus forte que la régulation d’Internet demeure associée au gouvernement des États-Unis alors qu’elle devrait faire l’objet d’une gouvernance multilatérale exercée par les Nations unies à travers l’Union internationale des télécommunications.

À l’échelle planétaire, les inégalités d’accès à Internet ce que l’on appelle « la fracture numérique » – sont profondes et certains États autoritaires limitent, voire interdisent cet accès. Près de 40%de la population mondiale accède à Internet, soit 3,2 milliards de personnes (dont un tiers via un réseau haut débit). Ce qui signifie que 4 milliards de personnes dans le monde n’ont aucun accès à Internet et que près d’un demi-milliard vit dans des zones qui ne reçoivent pas de signaux mobiles. Avec une partie du continent africain, l’Inde et la Chine sont les pays les plus concernés.

Mais la « fracture numérique » peut être aussi profonde au sein d’un même pays. Or l’informatisation connectée augmente l’accès à l’information à l’échelle planétaire, elle élargit aussi les potentialités de communication. Les relations interpersonnelles et sociales se multiplient et permettent ou amplifient de multiples projets ou actions partagées. Internet et les réseaux sociaux augmentent – et ne se substituent pas à- toutes les activités, y compris dans le domaine de l’enseignement, de la santé et de la sécurité.

Ceci dit, l’information n’est pas la connaissance : la présence humaine, celle de l’enseignant ou du médecin, est indispensable et ne peut être remplacée par un serveur. Pour aller de l’information à la connaissance, il faut passer par la formation. Avec l’informatisation, le lien social passe de plus en plus par la médiation technique. Ainsi est-il « technologisé » et, comme le dit la sociologue Sherry Turkle, on risque d’être « seuls ensemble » connectés à des réseaux. Il faut certes multiplier les plateformes numériques pour les services collectifs de la santé, de l’éducation, de la sécurité, ou pour faciliter les démarches administratives tout en développant des contenus spécifiques avec de nouveaux formats, par exemple des outils pédagogiques ou de soins. Pour 4 euros investis, il faut donc mettre un euro dans les réseaux, un euro dans les services, un euro dans les contenus et un euro dans la formation aux technologies. L’accès au numérique ne peut être réduit à celui d’un consommateur « autodidacte » sur un marché : l’accompagnement humain est indispensable. Plus la numérisation s’étendra, plus les services à la personne se développeront.


Pierre Musso Professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université de Rennes II – Propos recueillis par Christian Kazandjian lu dans la revue « Convergence » N° 351