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A l’heure où je poste un article (19h le 20 nov. 2016) aucun résultat définitif, ne permet une analyse fiable. MC

Trump, ce n’est pas la victoire des pauvres.

C’est bien davantage celle du Ku Klux Klan, de la National Rifle Association, des suprémacistes, des créationnistes… C’est la victoire de la peur et de la colère des classes moyennes blanches qui amalgament mondialisation et immigration, concurrence des produits chinois et main-d’œuvre mexicaine.

Le programme de Trump tient en deux mots : protectionnisme et volontarisme. C’est le triomphe du « Moi je », au moment où beaucoup d’Américains ont le sentiment que leurs responsables politiques sont frappés d’impuissance, pris dans un entrelacs de systèmes, et de traités de libre-échange qu’ils ont eux-mêmes fabriqués. « Je vais m’occuper de vous et seulement de vous, a-t-il dit en substance à la classe moyenne blanche, je vais faire barrage à l’évolution démographique ; je vous défendrai aux dépens de la terre entière, au mépris de tous les usages et de toutes les conventions. »

Son discours isolationniste n’a pas d’autre programme que cet « America first » qui renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire, lorsque ce même slogan était le cri de ralliement d’une organisation pronazie américaine.

Il a inauguré ce que les Américains appellent la post-truth politics, ou politique post-factuelle. Ce moment où le « n’importe quoi » est audible, tant le refrain du « il n’y a pas d’alternative » inspire lassitude et dégoût. Tous les mensonges et toutes les démagogies plutôt qu’une vérité unique imposée ! La victoire de Trump résulte de la convergence de deux comportements : la colère et la peur des ruraux blancs, et l’abstention des jeunes citadins, électeurs de Bernie Sanders à la primaire démocrate. Deux populations que tout oppose mais qui ont en commun de vouloir le changement, et de détester l’appareil démocrate, incarnation d’un ordre économique et social prétendument immuable.

Et nous, qu’allons-nous faire de ce constat ?

Si nous laissons agir une sorte de mimétisme transatlantique, il peut profiter, bien sûr, à Marine Le Pen. Ou à Fillon, qui n’est plus très loin du même discours. Mais il peut aussi, et très paradoxalement, servir la cause de Juppé, d’Hollande ou de Macron, nos « Clinton » à nous, pour une sorte de revanche, afin que la France ne connaisse pas la même mésaventure que les États-Unis. Ceux-là espèrent que les électeurs français finiront par avoir peur de la peur. Ce serait reculer pour mieux sauter car les causes de la « trumpisation » d’une partie de notre société continueraient de produire leur effet dévastateur. Il faut donc espérer une autre voie. Un Bernie Sanders. Le lecteur croit me voir venir…

Car, c’est évidemment Mélenchon qui est aujourd’hui le mieux placé pour occuper la place. Ce n’est pas mon propos ici. Que ce soit lui ou un autre, en France et ailleurs en Europe, la question se pose historiquement d’une gauche qui rompe avec le social-libéralisme de résignation, en offrant une autre perspective qu’un ultranationalisme, héritier abâtardi du fascisme. Pour cela, il faut avoir conscience que le combat n’est pas seulement moral. (…)

Extrait de l’Edito de Denis Sieffert – Politis – Source