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Ils ont été sollicités pour financer les campagnes des principaux candidats à la primaire de la droite et du centre. Beaucoup ont versé leur écot mais, prudents, ils sont restés discrets jusqu’au bout. Les chefs d’entreprise plébiscitent le programme de François Fillon, mais, au vu des sondages, ils se résignent à Alain Juppé. Les uns pour « jouer gagnant », les autres pour faire barrage à Nicolas Sarkozy. L’ancien chef de l’État clive autant au sein du monde patronal que chez les Français.

(…) le 18 octobre, dans le huis clos d’un dîner à l’Afep, le club très select des plus grosses entreprises de France, c’est Nicolas Sarkozy qui est sur le gril. Il se veut charmeur… jusqu’à ce que Michel de Rosen, le président du conseil d’Eutelsat, évoque « l’explosion » de ses comptes de campagne en 2012. L’œil soudain noir, le candidat se cabre – « je suis pourchassé par la justice » – et « rembarre » l’impertinent, selon plusieurs témoins. (…)

Jamais, les programmes des candidats de droite n’avaient repris aussi précisément les revendications du monde de l’entreprise (suppression de l’ISF, baisse massive des charges et réforme du marché du travail), mais l’enthousiasme n’est pas là. Si des personnalités du monde des affaires s’activent dans les équipes de campagne ou participent à des groupes de travail, rares sont les grands patrons en exercice qui s’exposent.

Thierry Breton (Atos), qui soutient publiquement Juppé, fait figure d’exception. Les autres présidents de groupes engagés auprès d’un candidat ne sont plus des dirigeants opérationnels. Il en va ainsi de Ross McInnes (Safran), qui a monté un cercle de réflexion sur L’État actionnaire pour le maire de Bordeaux. Ou encore de Michel de Rosen (Eutelsat), rallié à Bruno Le Maire, ainsi que des soutiens de François Fillon, les anciens patrons Henri Lachmann (Schneider Electric) et Henri de Castries (Axa).

Même cas de figure pour l’ex-PDG d’Alstom Patrick Kron, appui de Nicolas Sarkozy. L’ancien chef de L’État ne s’affiche plus, comme en 2007, au côté de « son frère » Arnaud Lagardère, de son « ami » Vincent Bolloré ou des témoins de son mariage avec Cécilia, Bernard Arnault (propriétaire des « Echos ») et Martin Bouygues. Tous ont été sollicités, mais aucun n’a souhaité répondre. Signe d’un éloignement ou prudente discrétion ?

Les piliers de son équipe économique sont Sébastien Proto (associé gérant chez Rothschild) et le banquier d’affaires Philippe Villin. Ce dernier souligne : « Nicolas Bazire nous a aidés de bout en bout. » Contacté, l’administrateur de LVMH préfère rester discret. « Tout le monde est très prudent, car nous sommes dans une primaire », souligne l’ancien ministre Eric Woerth.

La primaire a effectivement changé beaucoup de choses. Avant, c’était simple : majoritairement de droite, les chefs d’entreprise n’avaient pas le choix de leur candidat. Ce pouvait être frustrant, mais c’était confortable.

Aujourd’hui, ils peuvent certes pousser leur favori, mais ils craignent de s’afficher avec un perdant. « Le monde des affaires est cynique et pas forcément fidèle », lâche un ancien invité du Fouquet’s. (…)

De l’avis général, [le programme de F. Fillon] est plébiscité par le patronat, des postes clefs de son équipe sont détenus par des dirigeants du privé (Pierre Danon pour le programme, Arnaud de Montlaur pour la levée de fonds) et ses groupes de travail ont rassemblé, dixit son entourage, quelque 400 membres du milieu des affaires. Mais nombre de ses supporters préfèrent l’anonymat, tout comme chez Nicolas Sarkozy.

Et, à l’arrivée, ils sont moins nombreux à sortir du bois que les soutiens d’Alain Juppé, le favori des sondages. L’équipe du maire de Bordeaux n’en tire pas gloire pour autant : « On n’a jamais pensé que c’était le rôle d’un patron de se coller un dossard électoral sur le dos. 2007 n’est pas un modèle », souligne Pierre-Mathieu Duhamel, coordinateur avec Hervé Gaymard des groupes de travail sur le programme. (…)

La récolte a été plutôt bonne selon les chiffres fournis par les équipes : 2,7 millions pour François Fillon depuis le début de l’année, 3,3 millions pour Bruno Le Maire sur trois ans et 3 millions pour Alain Juppé depuis début 2015. Quant à Nicolas Sarkozy … (…)

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Elsa Freyssenet, Nathalie Silbert, Les Echos – Titre original de l’article « Les réseaux des candidats à la primaire » – Source (Extrait)