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Les candidats à la primaire de la droite et du centre ont débattus (jeudi 4 nov 2016) des questions sociétales [ne revenant pas sur les programmes économiques qui pourtant, offrent matière à débat selon les observateurs et techniciens de l’économie et dont l’orientation des programmes engage la population dans une austérité pour des années a venir]. Notamment sur la crédibilité de ces programmes dont on peut relever 5 mensonges.

1 Une croissance forte, possible sans relance européenne ?

(…) Pendant la campagne électorale de 2012, le candidat Hollande prévoyait 2,25% de croissance chaque année après un millésime 2013 encore un peu difficile. En fait, la hausse du PIB a été limitée à 0,6% en 2013, et l’année 2014 n’a pas été meilleure selon les chiffres révisés de l’Insee. Le chiffre de 2015 (1,3% de croissance) ne sera pas dépassé en 2016. Au total, de 2012 à 2016, la croissance de la France aura été limitée à 0,8%, en moyenne.

(…) De cette erreur de prévision majeure, les candidats de la droite et du centre ne tirent pas vraiment de leçon. Ils se montrent simplement prudents, hésitant à aligner des chiffres précis. [seul] François Fillon affirme que la croissance de l’économie française serait de 1,5% en 2018, 1,9% en 2020 ; 2,3% en 2022. Question : comment parvenir à une telle expansion alors que le potentiel de croissance de l’économie française se situe autour de 1% ?

(…) Elle serait possible SI (…) la zone euro décidait collectivement une politique de relance de l’investissement, (…). Mais ce n’est pas demain que Berlin avalisera un tel changement de pied politique.

 2 On peut couper franchement dans la dépense publique sans remettre en cause la sécu !

Tous les candidats à la primaire promettent une politique d’ampleur inconnue en France de baisse des dépenses publiques. (…) Alain Juppé [entre] 80 à 100 M€, (…) François Fillon et Nicolas Sarkozy précisément 100 M€ en moins. Mais où couper ? Les programmes détaillés des candidats restent souvent dans le flou. (…)

Les spécialistes des finances publiques sont des gens sérieux. Mais devant, un tel affichage, ils ne peuvent que sourire. (…) Qui peut croire qu’en se contentant de mieux organiser l’État -ce qui est certes possible- on économise 100 milliards ?

(…) Quels sont les choix à faire ? Ils portent essentiellement sur la protection sociale, qui représente près de 60% de la dépense publique, et non sur l’organisation de l’État, certes optimisation, mais ce n’est pas le sujet principal.

Ce qui fait la différence de la France avec les autres pays, du point de vue des dépenses, c’est le poids de la sphère sociale, et en premier lieu, les retraites. Selon les derniers calculs de l’OCDE, les retraites publiques représentent 14,3% du PIB en France, contre 8,7% en moyenne au sein de l’OCDE. (…) Le report de l’âge de la retraite va contribuer bien sûr à baisser la dépense, mais bien moins qu’une privatisation, même partielle, du système.

Mais aucun candidat n’envisage pas une telle privatisation de l’assurance vieillesse, essentielle aux yeux des économistes libéraux. Pour ceux-ci, il faut revoir l’étendue de la protection sociale, renoncer notamment à un système couvrant toute la population, qui est beaucoup trop onéreux, et va le devenir de plus en plus, sous l’effet des décisions prises par le gouvernement et les partenaires sociaux, alourdissant le coût du travail. (…)

3 Tailler franchement dans les dépenses n’affecte pas la croissance

Quel serait l’effet sur la croissance de coupes dans les dépenses publiques, et donc dans les prestations sociales ?

Les candidats à la primaire passent sur ce sujet sous silence. Sous-entendu : il n’y en aura pas. Or, tous les économistes estiment qu’au moins à court terme, ces coupes impactent la croissance. Ainsi, l’Insee a calculé que récemment que la politique budgétaire restrictive menée en France depuis 2013 explique à elle seule 45% de l’écart de croissance entre l’hexagone et le Royaume Uni. A cela, les candidats répondront qu’ils baissent les impôts. Mais tous les programmes prévoient des coupes dans les dépenses supérieures aux allègements fiscaux. Au total, la politique budgétaire aura donc un effet restrictif sur l’activité économique.

4 Une baisse massive du nombre de fonctionnaires est possible, sans toucher ni la Défense, ni la Police-gendarmerie, ni l’Éducation, ni l’hôpital…

Là aussi les chiffres s’envolent. [La suppression d’emplois publics : Juppé, 250.000 à 300.000 ; Sarkozy, 300.000 ; 600.000, Bruno Le Maire.

La question, (…) est de savoir quels secteurs feront l’objet de coupes. (…)

5 Diminuer fortement les impôts n’empêche pas de réduire le déficit public

Les responsables politiques détestent souvent choisir. Ils se veulent maîtres dans la gestion des contradictions. Nicolas Sarkozy le premier. Il répète qu’un dérapage du déficit public n’est pas un problème, pas même auprès de nos partenaires européens, grâce aux engagements pris. Mieux : il s’engage à baisser franchement les impôts tout en diminuant le déficit, comme il l’a déclaré récemment. (…)

(…) Sauf qu’il y a une différence majeure entre faire voter des économies et les concrétiser, sous forme de baisse effectivement constatée de la dépense publique. Si ces économies sont effectivement au rendez-vous, elles ne seront possibles que très progressivement au cours du quinquennat. Alors que la baisse franche et massive des impôts grèvera immédiatement les finances publiques, accroissant un déficit public déjà alourdi par les dépenses de François Hollande. Dans ces conditions, ramener le déficit sous la barre des 3% du PIB en 2019, comme le promet Nicolas Sarkozy, relève de la gageure.


Best Ivan, La Tribune, titre original de l’article « Économie : les cinq mensonges des candidats à la primaire de la droite et du centre » – Source (Extrait)