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Ce n’est pas de la main droite que je vote et cela me facilite pour dire que leurs « magouilles » ne sauraient m’importuner … sauf que la gauche ne fait pas mieux. Aussi même si ce texte est long il explique les rouages de la primaire de droite ayant germé dans les circonvolutions d’énarques matheux et statisticiens (à sa mémère bien sûr) – faut-il y voir « une patte » sournoise – téléguidant les opinions des « selectionneurs » du candidat de la droite ! MC

Le comité d’organisation de la primaire a retenu comme clé d’affectation des bureaux de vote par circonscription, le score cumulé des candidats Bayrou, Sarkozy et Dupont-Aignan au premier tour de l’élection présidentielle de 2012.

Sur cette base, 5 strates de circonscription ont été définies.

Les circonscriptions où les scores de la droite et du centre ont été les plus faibles se sont vu affecter 11 bureaux de vote et celles où les scores ont été les plus élevés 24 bureaux. Les trois autres strates intermédiaires étant respectivement créditées de 13, 16 et 19 bureaux par circonscription. Au total, ce sont près de 10 000 bureaux de vote qui devraient ainsi mailler le territoire.

(…) … par-delà le débat sur le nombre total de bureaux de vote, leur répartition sur le territoire apparaît également comme un vrai enjeu. Sur quelle base définir l’électorat de la droite et du centre ?

  1. La primaire s’adressant aux électeurs du centre et de la droite, le choix des résultats du premier tour de l’élection présidentielle comme critère de référence pour la répartition des bureaux de vote sur le territoire peut paraître légitime.

Mais on se souvient que François Bayrou avait voté au second tour pour le candidat de gauche et qu’il avait été suivi en cela par 31% de ses électeurs du premier tour (37% votant pour Nicolas Sarkozy et 32% s’abstenant ou votant blanc ou nul) [1]. Près des deux tiers de voix centristes (…) avaient manqué au candidat de la droite au second tour. Dès lors, le choix d’inclure le score de François Bayrou dans le total « droite + centre » servant de clé de répartition des bureaux pour l’élection primaire de novembre 2016 pourra être contesté par certains.

Ceux-ci défendront l’idée que c’est le score de Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle de 2012 qui constitue le véritable étalon permettant de quantifier le poids de la droite et du centre circonscription par circonscription. Ce choix a aussi sa légitimité dans la mesure où le second tour a bien constitué objectivement un affrontement gauche/droite permettant de faire apparaître un bloc de droite élargi et plus « homogène » diront les défenseurs de cette option, car les électeurs du Modem ayant voté François Hollande ou s’étant abstenus au second tour en seraient mathématiquement exclus.

Mais ce choix a une autre conséquence, il inclue dans la définition du « peuple de droite » les 55% d’électeurs de Marine Le Pen qui se sont reportés au second tour sur Nicolas Sarkozy. On notera au passage qu’au second tour, l’apport de ces électeurs lepenistes a pesé bien plus lourd (environ 10 points) que celui des électeurs centristes (environ 3 points) dans la progression de Nicolas Sarkozy par rapport au premier tour.

Au regard de ces chiffres, le débat sur la bonne définition de « l’électorat de la droite et du centre » et conséquemment sur le choix du tour de référence est loin d’être clos. Mais cet arbitrage ne se pose pas qu’en termes idéologique et théorique, il a aussi des répercussions très concrètes et pratiques sur la répartition des bureaux de vote sur le territoire.

  1. Un nombre de bureaux par territoire variant sensiblement selon le critère de répartition retenu

En reprenant la même méthode de stratification des circonscriptions que celle adoptée par le comité d’organisation de la primaire (5 strates de circonscriptions comprenant chacune 115 circonscriptions sauf la strate regroupant les circonscriptions où les scores de la droite ont été les plus faibles et qui ne compte que 106 circonscriptions [2]), mais en l’appliquant cette fois au score obtenu par Nicolas Sarkozy au second tour, on obtient en effet, en termes de nombre de bureaux par circonscription des différences parfois tout à fait importantes par rapport à la répartition actuelle établie sur le score cumulé « Bayrou + Sarkozy + Dupont-Aignan » du premier tour. (…) … la répartition basée sur le premier tour « favorise » la France de l’ouest et du sud-ouest (où François Bayrou a obtenu ses meilleurs scores et où le FN est moins puissant) ainsi que Paris et les Hauts-de-Seine.

Inversement, les départements méditerranéens, du nord et de l’est se voient affecter dans la répartition issue des scores du premier tour beaucoup moins de bureaux de vote que ce à quoi ils pourraient prétendre si c’est le score du second tour de la présidentielle qui servait d’étalon. Les différences en termes de nombre de bureaux attribués selon les deux méthodes de calcul apparaissent encore plus spectaculairement sur la carte suivante donnant clairement à voir une France de l’Ouest et une France de l’Est. Le nombre de bureaux de vote par circonscription pour la primaire des Républicains est actuellement calculé en fonction des scores cumulés de F. Bayrou, N. Sarkozy et N. Dupont-Aignan au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Si l’on se base non plus sur les scores du premier tour mais sur celui de N. Sarkozy au second tour, la répartition des bureaux sur le territoire diffère assez sensiblement. (…)

  1. Un maillage plus dense stimule la participation à une primaire

Nous avions montré par ailleurs que le maillage et le nombre de bureaux de vote affectés à un département avait eu une influence non nulle sur la participation à la primaire socialiste en 2011 notamment en milieu rural [3]. Ainsi, dans des départements comme l’Aude ou l’Ariège, on avait observé que le nombre de participants au premier tour de la primaire socialiste représentait environ 35% des électeurs de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle de 2007 (cet électorat socialiste de 2007 correspondant à la base électorale principale à laquelle cette primaire s’adressait en 2011).

En revanche, ce taux de participation à la primaire fut beaucoup plus faible dans des départements comme l’Indre ou le Cher, où les participants à la primaire ne représentèrent qu’un peu plus de 20% des électeurs de Ségolène Royal en 2007. Or, comme le montre le tableau ci-dessous, le ratio nombre de voix de S. Royal 2007 / nombre de bureaux de vote dans le département (ratio qui permet de définir l’intensité du maillage des bureaux de vote) était beaucoup plus faible dans l’Aude et en Ariège que dans le Cher et dans l’Indre.

Dit autrement, le fait que pour un même nombre d’électeurs potentiels de la primaire (en l’espèce des électeurs de Ségolène Royal au premier tour de 2007) il y ait, dans un département, plus de bureaux de vote que dans un autre département a stimulé sensiblement la participation à la primaire dans le premier département.

  1. Des intentions de vote en faveur des deux principaux candidats très variables selon les régions

Si ce constat empirique se vérifie de nouveau à l’automne 2016, le nombre élevé et la plus forte densité de bureaux de vote dans les zones réputées plutôt favorables à un candidat lui confèreront donc un avantage certain, dans la mesure où cela devrait conduire à une mobilisation de l’électorat potentiel dans ces territoires supérieure à celle se produisant dans d’autres départements moins bien pourvus en bureaux. Or, les données d’enquête dont nous disposons à ce jour indiquent que les intentions de vote pour les deux principaux candidats à la primaire de la droite et du centre varient fortement selon les régions [4], d’où l’importance stratégique de la répartition des bureaux. Ainsi, parmi les personnes ayant indiqué avoir l’intention de participer à la primaire, Alain Juppé serait largement en tête sur la façade ouest, quand Nicolas Sarkozy ferait la course en tête dans la moitié est du pays, le rapport de forces en Ile-de-France étant équilibré comme le montre le tableau ci-dessous [5].

  1. Un impact non négligeable sur le résultat final

Au regard de ces chiffres, on constate que le choix du critère d’affectation des bureaux de vote par circonscription peut donc avoir une incidence sur les résultats. Retenir le score des candidats de la droite et du centre au premier tour de la présidentielle de 2012 conduit à attribuer plus de bureaux de vote aux départements du Grand ouest et du Sud-Ouest et donc à « stimuler » la participation dans ces régions dans laquelle l’électorat penche en faveur du maire de Bordeaux. Et inversement, se baser sur le second tour de la présidentielle aboutit à affecter mécaniquement davantage de bureaux dans les bastions frontistes de Paca, de Languedoc-Roussillon mais aussi de Nord-Pas-de-Calais-Picardie, et donc à « booster » la participation dans des zones dans lesquelles le président des Républicains devance son rival pour la primaire dans les intentions de vote.

De surcroît et comme on l’a vu, les écarts en termes de nombre de bureaux selon les deux modes de calcul sont importants. Ils s’élèvent par exemple à 156 bureaux sur l’ensemble de la région Paca et à 103 dans la nouvelle région Aquitaine/Poitou-Charentes/Limousin. Ainsi, alors qu’en se basant sur les résultats du premier tour de la présidentielle, ces deux régions se verraient affecter quasiment le même nombre de bureaux, la répartition s’appuyant sur le second tour confèrerait 905 bureaux à Paca contre seulement 652 à l’ensemble Aquitaine/Poitou-Charentes/Limousin, soit un écart de 250 bureaux entre les deux régions…

On rappellera que lors de la primaire socialiste de 2011, le nombre de votants par bureau de vote avait été en moyenne de 300 personnes. Rien ne dit à ce stade que l’ampleur de la participation à la primaire de la droite et du centre en novembre 2016 sera équivalente à celle observée à l’époque. Néanmoins, et même si par ailleurs tous les électeurs d’un même bureau ne voteront pas comme un seul homme pour le même candidat, si l’on fait l’hypothèse d’une participation de même ampleur que pour la primaire socialiste [6], on voit bien, qu’à raison d’environ 300 votants par bureau, la localisation de plusieurs centaines de bureaux dans certaines régions plutôt que dans d’autres peut avoir un impact plus que significatif sur les résultats de ce scrutin inédit dont l’issue s’annonce aujourd’hui comme serrée.

Comment les favoris à la primaire construisent-ils leurs stratégies de campagne sur le plan géographique ? Quelle peut être la pertinence de telles stratégies ?

Nicolas Sarkozy est sur un rythme plus soutenu qu’Alain Juppé, au moins en matière de meeting. C’est quelque chose qui est peut-être dû à sa position de challenger. La tournée à laquelle il s’est astreint favorise largement ses zones de force, à savoir le littoral méditerranéen d’une part, et la façade est du pays d’autre part. Les incursions sur l’ouest de la France ont été très rares jusqu’à présent. On peut notamment citer les Sables d’Olonne en Vendée et Dozulé, dans le Calvados.

Ces deux zones sont très marquées à droite et l’ancien président y avait fait de très bon scores à la dernière élection présidentielle. Il y a donc là un calcul politique, une volonté de chercher l’électorat sarkoziste là où il se trouve. Pour ce faire, Nicolas Sarkozy privilégie les villes moyennes, les régions déjà mentionnées, et les bastions qui lui sont déjà favorables.

Alain Juppé n’a pas le même rythme de croisière, il est moins soutenu. Ses déplacements se concentrent avant tout sur les grandes métropoles régionales. Cela dénote évidemment d’un certain classicisme, mais privilégier les grandes salles dans les grandes métropoles n’a jamais été totalement saugrenu. Il privilégie les cœurs des métropoles où l’on sait que la sociologie électorale de la droite est plus favorable à Alain Juppé.

Chacun, de manière calculée ou non, mène campagne sur des territoires qui leur sont d’ores et déjà favorables. Chacune de ces deux stratégies est adaptée à la situation du candidat qui la porte. Nicolas Sarkozy mène une campagne de challenger, Alain Juppé une campagne de favori. C’est pour cela qu’Alain Juppé organise moins de meetings. Nicolas Sarkozy, en tant que challenger, présente un côté un peu plus stakhanoviste. Rappelons également que ces stratégies sont calées sur le modèle de la primaire et non pas de l’élection présidentielle.

L’enjeu, c’est d’inciter ses soutiens à participer à l’élection. Pas de convaincre le camp de l’adversaire.

Les chiffres sont clairs : sur l’intégralité des sympathisants LR, qui représentent le cœur de cible de cette primaire, seuls 20% se disent certains d’aller voter. Avant d’aller chercher les frontistes, les socialistes ou les centristes, il faut réaliser que 80% de l’électorat LR envisage de rester chez soi le jour du vote. À titre de comparaison, lors d’une élection présidentielle, la moyenne tourne autour de 80% de votants. Nous sommes à front complètement renversé. Il faut donc aller chercher ces électeurs.


Fourquet Jérôme, Atlantico, titre original « Bataille de meetings Juppé-Sarkozy en PACA : petite géographie de la primaire de la droite et du centre et de là où elle se joue vraiment » – Source ( Extrait)


  1. Rolling présidentielle 2012 Ifop pour Fiducial et Paris-Match.
  2. Les 11 circonscriptions des Français de l’étranger n’ont pas été concernées à ce jour par le calcul de l’attribution des bureaux de vote
  3. Cf « Géographie électorale des primaires socialistes ». Note n°113 de la Fondation Jean Jaurès
  4. La primaire socialiste avait elle aussi été marquée par des effets de fiefs régionaux très appuyés
  5. Sondage Ifop pour Le Figaro réalisé du 4 au 9 septembre 2015 auprès d’un échantillon national représentatif de 3001 personnes.
  6. Un récent sondage Ipsos pour Le Point a estimé le taux de participation potentiel à la primaire à 6% soit 2,7 millions de votants et dans l’enquête Ifop pour Le Figaro le taux de participation potentiel était de 8% soit 3,6 millions de votants. Ces chiffres sont donc du même ordre que ceux de la primaire socialiste qui rassembla 2,7 millions personnes.