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VU DE SUISSE.

Plus de 540 journalistes ont été accrédités pour assister à l’évacuation des migrants de la “jungle” de Calais.

Pour le quotidien suisse Le Temps, cette opération vécue en direct et en temps réel sur les réseaux sociaux s’est muée en spectacle malsain de la misère humaine.

La “jungle” transformée en “zoo”

“À l’ère de l’information en continu, le déplacement forcé des quelque 8 000 migrants du bidonville de Calais est devenu une véritable attraction. Ultramédiatisé, il se déroule simultanément sous l’œil des médias et des internautes”, note le quotidien suisse Le Temps, dans une tribune de la journaliste Silvia Rebello.

L’évacuation du camp de migrants de Calais a débuté à l’aube du lundi 24 octobre, devant les caméras du monde entier. Plus de 8 000 migrants sont déplacés vers 280 centres d’accueil sur tout le territoire français. Une opération difficile, suivie en direct sur les réseaux sociaux, remarque le journal suisse, au point de susciter “l’écœurement” devant ce “voyeurisme de la misère dans une ‘jungle’ transformée en ‘zoo’.”

La journaliste ajoute :

L’humanité semble avoir depuis longtemps déserté le débat. De même que la déontologie des journalistes, avides de relayer l’avancée des opérations.

Face à la nécessité d’informer, certains internautes épinglent leur excès de zèle, leur indécence, voire leur obscénité, dans un lieu devenu symbole de l’échec de la politique migratoire française.”


Média, « Le Temps » – Lausanne – lu dans Courrier Int. Source


VU D’ALLEMAGNE.

Des milliers de réfugiés sont évacués de la “jungle” pour être répartis dans tout le pays. Et après ? Après, il est probable qu’ils reviennent, estime la presse allemande.

Il y a eu de nombreuses tentatives et d’innombrables annonces, mais aujourd’hui c’est en train de se faire : grâce à une “importante opération policière”, la France travaille à l’évacuation de “son plus grand bidonville”, note Spiegel Online ce mardi. Depuis l’aube du 24 octobre, les cars quittent la “jungle” de Calais toutes les quinze minutes, raconte le plus grand site d’information allemand. Direction : l’un des 280 centres d’accueil et d’orientation répartis sur le territoire, où les migrants vont pouvoir déposer une demande d’asile. Ils sont entre 6 400 et 8 200 à devoir être pris en charge.

“Un effort logistique énorme”, souligne le site, qui exprime aussitôt ses doutes sur les effets à long terme de l’évacuation. Les autorités, qui comptent résoudre le problème durablement, pourraient se faire “des illusions”.

De fait, les organisations d’aide aux migrants et les forces de l’ordre craignent un retour des réfugiés après l’hiver et la création de nombreux petits campements plus discrets le long de la côte de la Manche. La Belgique voisine se prépare déjà à un afflux plus important et a envoyé 120 policiers à la frontière française.”

Même son de cloche dans les colonnes de Die Zeit, l’autre grand hebdomadaire libéral allemand, qui, lui, rend compte des résistances politiques contre la création des centres d’accueil. “L’ambiance est tendue. Des initiatives ont été lancées, même dans de petites municipalités, pour lutter contre l’arrivée de réfugiés, même si ces derniers ne seront pas très nombreux et malgré le fait que ces centres d’orientation sont financés et organisés depuis Paris.”

Et puis il y a la question des réfugiés mineurs et de ceux qui restent dans la ville de Calais et comptent partir bientôt au Royaume-Uni rejoindre leurs parents, ainsi que d’autres occupants de la “jungle” qui ne perdent pas l’espoir de traverser la Manche.

Les ONG se préparent à recommencer leur distribution de couvertures et de tentes le long des routes qui mènent vers la ville. Il est bien possible que, les semaines, mois, années, passant, la « jungle » renaisse.


Source  Courrier international – Paris