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Fin 2013, deux semaines après le début de l’enquête des juges d’instructions sur le patrimoine dissimulé de Patrick Balkany, une nouvelle société aux Seychelles était créée pour y cacher des fonds. Le juge a collé deux nouvelles mises en examen au député-maire LR de Levallois.

Le 5 octobre, le député-maire LR de Levallois s’est une nouvelle fois retrouvé dans le bureau du juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur le patrimoine de l’élu. Patrick Balkany en est ressorti avec deux nouvelles mises en examen, pour blanchiment de corruption et de fraude fiscale aggravée par son caractère habituel, et pour prise illégale d’intérêts.

Ce qui lui est très directement reproché, c’est d’avoir rajouté une couche de dissimulation de son patrimoine, après l’ouverture de l’enquête pour la dissimulation de patrimoine. Rappelons d’ailleurs que pour cette même affaire, Patrick Balkany était déjà mis en examen pour corruption passive, fraude fiscale et blanchiment. Son épouse et première adjointe à la mairie, Isabelle, est-elle mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale.

La justice soupçonne (lourdement) le couple d’avoir dissimulé au fisc pendant des années de luxueuses propriétés. Citons notamment la villa Pamplemousse nichée à Saint-Martin (Antilles) qui se louait 20.000 euros la semaine, et un riad à Marrakech, désormais saisis par les juges d’instruction. Les juges soupçonnent le couple d’avoir eu recours à des montages sophistiqués, via des sociétés écrans à l’étranger, notamment à Panama et au Liechtenstein, pour acquérir ces biens.

En garde à vue, Isabelle Balkany avait reconnu être propriétaire de la villa Pamplemousse, grâce à des fonds venus d’un héritage familial, ce dont doutent les enquêteurs. Quant au riad de Marrakech, acheté en 2010, les juges pensent qu’il a en partie été financé par un homme d’affaires saoudien, Mohamed bin Issa al-Jaber, au moment où il négociait les droits à construire avec la ville de Levallois pour un projet de tours jumelles qui n’a finalement pas vu le jour…

Selon les enquêteurs, c’est pour cacher ces actes de corruption que la villa aurait été achetée via des sociétés panaméennes, grâce à l’entremise d’un proche collaborateur du maire de Levallois, Jean-Pierre Aubry, et de l’avocat Arnaud Claude, associé de Nicolas Sarkozy, dont Patrick Balkany a longtemps été un intime. Jean-Pierre Aubry et Arnaud Claude sont également mis en examen.

Grâce à la coopération judiciaire de la Suisse et du Liechtenstein, les juges ont découvert d’autres structures, fondations ou sociétés, derrière lesquelles se serait dissimulé le couple. Ainsi, le 5 octobre, le juge Renaud van Ruymbeke a interrogé Patrick Balkany sur la création et la dissolution régulières de ces structures offshore depuis le début des années 2000.

L’une de ces structures agace particulièrement la justice, puisqu’une nouvelle société immatriculée aux Seychelles a été créée le 20 décembre 2013, soit deux semaines après l’ouverture de l’information judiciaire le visant, qui faisait suite à une enquête préliminaire lancée six semaines plus tôt.

Or, cette société abrite environ 2 millions d’euros, soit une partie des revenus de la vente en 2002 de leur précédente villa aux Antilles, la villa Serena. « Mon client ne connaît pas cette structure » promet l’avocat de Patrick Balkany, Me Grégoire Lafarge. A ses yeux, « il n’y a rien de nouveau sur les choses qu’on reproche à mon client, mais on lui impute une circonstance aggravante, pour alourdir les charges ».

« C’était de l’argent de ma famille », a expliqué Patrick Balkany dans le bureau du juge, pour justifier l’origine des fonds, selon une source proche du dossier. Il a raconté que son père, un Hongrois fuyant le nazisme en France, résistant pendant la Seconde guerre mondiale et déporté à Auschwitz, avait fait fortune à la Libération. « Ivre de rage » que sa probité soit mise en cause, il insiste: « Il ne s’agit en aucune manière (…) d’argent provenant de la corruption ».