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Juan Manuel Santos, Président colombien et l’attribution du prix Nobel de la paix au président colombien, Juan Manuel Santos est paradoxale à plus d’un titre.

(…) Les 20 années d’après-guerre (mondiale) ont été en Colombie celles d’un conflit civil meurtrier entre parts traditionnels, conservateurs et libéraux. Ce conflit aurait causé la mort de 2 à 300 000 personnes. Faute de mieux, on lui a donné le nom générique de la Violence, avec un grand « V ». A peine éteint, le relais a été pris par des batailles tout aussi sanglantes. Avec d’autres acteurs, les guérillas, les groupes paramilitaires, les cartels de délinquants. Le bilan humain de ces affrontements commencés dans les années 1960 est tout aussi lourd. Plusieurs centaines de milliers de victimes. Des millions de personnes déplacées des campagnes vers les villes. Les forces de sécurité colombiennes, armée et police, sont sur le pont depuis des années. Pourtant Juan Manuel Santos n’a rien à voir avec les activités historiques de poudre et canon de la société Nobel. Paradoxe.

Juan Manuel Santos a conduit dans les années 2002-2010, comme ministre de la défense d’Alvaro Uribe, la bataille contre les guérillas. Et donc contre les FARC. Il a plusieurs hauts responsables des FARC à son tableau de chasse. Président depuis 2010 il a poursuivi ce combat. Et ajouté à son palmarès les dépouilles d’autres grands chefs des FARC. Il a tout au long de ses deux mandats présidentiels caressé les militaires dans le sens du poil. Il a même signé un accord de coopération liant son pays, la Colombie, à l’Alliance atlantique. Initiative, sans doute bien perçue dans les casernes colombiennes, mais qui avait soulevé le haut le cœur des voisins de Bogota. Un homme à poigne donc, ce Juan Manuel Santos. Profil accusé d’une personnalité forte. Mais qui cadre assez mal avec celui d’un récipiendaire du Prix Nobel de la paix. Paradoxe ici encore.

Et pourtant ce prix Nobel, Nobel de la paix, est sans doute dans de bonnes mains.

(…) Deux ans de contacts discrets, et quatre autres années de dialogue public avec le mouvement guérillero principal, les FARC, sans que les affrontements aient été suspendus, un compromis a été trouvé entre combattants. Il pèse au sens le plus littéral du mot ce que peut peser un document de plus de 300 pages, divisé en six chapitres. Toutes les questions qui fâchent ont été abordées, l’accaparement des terres, le trafic de stupéfiants, les conditions de reconversion en parti politique des FARC, la portée d’un pardon accordé aux combattants, les garanties de sécurité personnelles données aux guérilleros, la vérification de l’application de ce qui a été signé. Tout cela a été bouclé le 24 août et solennellement paraphé le 26 septembre.

Mais, patatras, consultés par référendum (ou plébiscite dans la terminologie colombienne), les électeurs ont dit « Non ». Le non n’a pas été un non raz de marée. Mais les chiffres sont là, 50,8% des Colombiens ont refusé la paix.

Alors paradoxe, pourquoi attribuer le Nobel à un président qui a in fine perdu son pari? (…)


Jean-Jacques Kourliandsky – Le Huffington Post – Titre original de l’article « Juan Manuel Santos, Président colombien et prix Nobel paradoxal » – Source (Extrait)