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… on a appris que la Deutsche Bank allait recevoir une amende colossale, d’au moins 5 milliards d’euros. Condamnée par les Américains pour sa participation à la crise des subprimes, qui fit s’effondrer la planète finance en 2007-2008. Nous étions prêt à emboîter le pas au social-démocrate (SPD) Sigmar Gabriel.

Le ministre de l’économie allemand a infligé une volée de bois vert au patron de la Deutsche Bank, John Cryan, qui s’est plaint des attaques spéculatives alors que les hedge funds se désengageaient de son groupe. « Je ne sais pas s’il faut rire ou éclater de colère de ce que la banque qui a fait de la spéculation son modèle économique se déclare désormais victime des spéculateurs », s’est emporté M. Gabriel.

La Deutsche Bank a depuis longtemps abandonné sa mission originelle, financer l’industrie allemande, pour se transformer, avec le rachat en 1999 de Bankers Trust, en banque d’affaires américaine. Pis, elle a accentué cette orientation après la faillite de Lehman Brothers en 2008, espérant profiter du retrait de Wall Street de ses consœurs européennes. Erreur.

Elle s’est perdue dans le monde ancien de la banque d’investissement avec d’autant plus d’énergie qu’elle ne gagne pas d’argent dans son métier de banque de détail en Allemagne : marges très faibles outre-Rhin, taux d’intérêt négatifs, nécessité d’investir massivement dans le numérique. Aujourd’hui, c’est l’échec pour une banque empêtrée dans des scandales à répétition.

Sauvetage douloureux.

Mais après la « Schadenfreude » est venue l’inquiétude. L’Allemagne est en campagne électorale. Argent, morale et politique y font très mauvais ménage, surtout sous le règne d’Angela Merkel. Beaucoup ont oublié qu’à l’automne 2008, la chancelière avait failli provoquer un Lehman Brothers européen, envisageant sérieusement de laisser tomber HypoVereinsbank. Il fallut le talent de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), pour l’en dissuader. Pis, elle dut renflouer tout le -secteur bancaire allemand, mais jura à ses électeurs-contribuables qu’on ne l’y reprendrait plus.

Hélas, le dossier revient avec la Deutsche Bank, dont le sauvetage s’annonce très douloureux. Aide-toi, le ciel t’aidera ? La banque aura du mal à atteindre le niveau de fonds propres exigé par la -réglementation bancaire, surtout si elle doit combler le trou laissé par l’amende américaine. Une augmentation de capital n’est pas facile à réaliser : qui voudra investir dans des valeurs bancaires européennes peu rentables et donc sous-cotées ? Injectez 1 euro dans une banque, il ne vaut plus que 50 centimes en Bourse le lendemain.

Reste le scénario catastrophe du renflouement.

Ce n’est plus Mme Merkel qui serait à la manœuvre mais la BCE. Les règles de l’Union bancaire stipulent qu’en cas de faillite, on commence par ruiner les actionnaires, puis les titulaires de dette à risque. L’ennui, c’est que cette recette a été testée en Italie, avec un gros pépin. Elle a conduit, fin 2015, au suicide d’un retraité italien, ruiné par la faillite de sa banque, la Banca Etruria. Cette dernière lui avait vendu un produit hautement toxique : sa propre dette ! Or, nul ne sait vraiment qui a acheté la dette à risque de la Deutsche Bank.

Si l’investisseur-épargnant ne peut être mis à contribution, reste le contribuable. L’affaire semble logique, mais il suffit de lire un éditorial de la Süddeutsche Zeitung, pour comprendre l’état d’esprit qui règne à Berlin :  » Un paquet d’aides publiques serait une déclaration de faillite intérieure et européenne.  » Bref, la petite politique à Berlin-sur-Spree prévaut toujours sur le risque systémique que fait courir la Deutsche Bank à la planète. On n’en est pas là, assurent tous nos interlocuteurs.

Le second sujet d’inquiétude, c’est l’assurance-vie, qui se fracasse sur la baisse des taux d’intérêt. Le ministre des finances, Michel Sapin, a fait voter la possibilité de bloquer des fonds en euros des détenteurs d’assurance-vie. Pour trois mois… renouvelables. Voici ces bons Français qui financent naïvement, en franchise d’impôt toute relative, un déficit public abyssal depuis trente ans. Ils découvrent que leur épargne – essentiellement des emprunts d’État – pourra être bloquée par le Haut Conseil de stabilité financière.

Explication, les assureurs craignent une remontée brutale des taux d’intérêt qui entraînerait une faillite du système.

Les épargnants choisiraient alors de retirer leurs fonds pour investir dans de nouveaux contrats plus rémunérateurs. Ce serait la ruine assurée pour les assureurs, dont les actifs auraient perdu de leur valeur – lorsque les taux remontent, la valeur des obligations baisse – et pour les épargnants distraits qui n’auraient pas quitté le navire à temps.

La mesure Sapin est donc salutaire mais met en lumière un risque financier passé sous silence. La seule parade à cette double plaie de l’euro, c’est la fin des taux d’intérêt négatifs, qui mettent la finance cul par-dessus tête – mieux vaut avoir des billets sous son matelas qu’à la banque. La BCE espère en sortir dans les prochains semestres. Elle prévoit un retour progressif de la croissance et de l’inflation.

Négative en mai, la hausse des prix était de 0,4 % en septembre dans la zone euro et devrait s’accélérer : 1,2 % l’an prochain et 1,6 % en 2018. La remontée du cours du pétrole est saluée avec soulagement, tandis que l’Allemagne est invitée à poursuivre sa hausse des salaires (2,7 % environ) et à lâcher la bride budgétaire. La hausse des taux maîtrisée en Europe, c’est la bonne nouvelle que l’on attend. Parions toutefois que par un réflexe pavlovien, les politiciens français ne manqueront pas, le jour venu, de la critiquer


Leparmentier Arnaud, Le Monde – Source (Extrait)


Que la Deutsche Bank inquiète l’économie allemande et indirectement la BCE (et « peut-être » de quelques points la valeur d’échange internationale de l’euro) est normal, mais ne devrait pas toucher l’économie française.

Par contre le fait d’avoir incité employeurs et salariés à substituer les remboursements de maladie et la capitalisation retraite auprès des assureurs privés, ayant capitalisés sur la bourse, les soumettant par conséquent aux aléas de l’économie mondiale, voire à la faillite (ce qui s’est passé entre autre en Grèce), a été maintes fois décrié, dénoncé par des économistes, les partis politiques progressistes, syndicats et usagés. MC