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Eh oui, tout le monde parlent de la présidentielle (23 avril, 07 mai 2017)  mais l’enjeu est aussi un mois plus tard, du côté des législatives et de la députation, c’est la composition de l’assemblée nationale (11 et 18 juin 2017) qui est en jeu.

Combien de département vont basculer de gauche à droite (avec tous les variables des nombreuses étiquettes politiques) sachant qu’il n’y aura plus aucune consultation nationale pendant deux ans (a part de possibles partielles) – Les européennes 2019, Les municipales 2020, départementales et régionales en 2021.

Les consignes que vous lirez ci-dessous ; certes celle-ci sont organisées et diffusées par et pour les membres du FN ; sont (ou seront) pratiquement à l’identique pour tous les partis et mouvements se présentant aux élections. Il est toutefois bon de savoir comment s’organise les partis et mouvances politiques en vue d’une élection. Tout est calculé, pesé, dont acte.

MC


Ce sont des notes internes que la direction du Front national envoie chaque semaine à ses candidats préinvestis pour les élections législatives. Dans ces documents estampillés « strictement confidentiel » que Mediapart s’est procurés, le secrétaire général du FN, Nicolas Bay, cadre les futurs candidats, leur fixe plusieurs objectifs et leur rappelle qu’ils sont encore en période d’essai.

Décryptage de ce petit guide du « bon » candidat frontiste.

Plus que l’élection présidentielle, le parti frontiste mise sur les législatives, au mois de juin. Alors qu’il n’a fait élire que deux députés en 2012 (Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard), le parti aimerait pouvoir envoyer au moins 15 frontistes à l’Assemblée nationale pour être en mesure de constituer un groupe. Il espère aussi augmenter sa subvention publique avec de bons résultats. Selon ses projections, au moins 14 circonscriptions seraient gagnables au vu des résultats des régionales.

Le mouvement a déjà préinvesti plus de 400 candidats (sur 577), qui seront confirmés entre la fin de l’année et le début de l’année prochaine. « Évidemment, on regarde ces projections. Mais tout dépendra de la présidentielle, de la configuration du second tour, des résultats, du travail de terrain, explique à Mediapart Nicolas Bay, récemment nommé directeur de campagne des législatives. Il y aura trois phases pour nos candidats : labourer le terrain jusque janvier, animer la campagne présidentielle de Marine Le Pen en étant ses ambassadeurs sur le terrain, puis les législatives. On a notre candidate, on est unis quand les autres sont divisés, on avance quand les autres se querellent ».

Le FN veut profiter de cette « longueur d’avance » pour préparer dès maintenant les législatives.

Plusieurs figures frontistes sont préinvesties, comme le vice-président Florian Philippot dans la sixième circonscription de Moselle (Forbach), la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen dans la 3e (Carpentras), le député du Gard Gilbert Collard dans la 2e (Saint-Gilles), l’ancien chef des identitaires niçois devenu conseiller régional FN, Philippe Vardon, dans la 1re des Alpes-Maritimes (Nice).

Deux proches de Marine Le Pen devraient être parachutés dans des circonscriptions favorables au FN : son beau-frère Philippe Olivier dans le Pas-de-Calais, et son vieil ami Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux fédérations, dans la 12e des Bouches-du-Rhône (Vitrolles). Quant au directeur de campagne de la présidente du FN, David Rachline, il réfléchit encore à lâcher son mandat de sénateur pour se présenter dans la circonscription de Fréjus, ville dont il est maire. Le Front national n’est pas le seul parti à envoyer des argumentaires et consignes à ses troupes. Mais ces notes hebdomadaires (publiées plus bas) dévoilent la discipline de fer qu’impose la direction du mouvement, soucieuse de motiver ses candidats mais aussi de les contrôler pour éviter toute sortie de route.

D’après nos informations, ces notes seraient inspirées par l’ex-identitaire Philippe Vardon, conseiller en communication de Nicolas Bay au Parlement européen. Joint, l’intéressé dément, expliquant qu’il « ne travaille avec Nicolas [Bay] que sur sa communication parlementaire ». « C’est le secrétariat général du FN qui les rédige, affirme Nicolas Bay. Il s’agit de donner chaque semaine aux candidats toutes les consignes administratives, juridiques, politiques. Ils sont en période d’évaluation, le but d’une préinvestiture est de faire des ajustements si nécessaire. »

Les Notes internes

La première note, envoyée mi-septembre, détaille cinq axes : création et animation d’une équipe de campagne, maillage territorial, présence militante, présence médiatique, vie du mouvement. Le parti demande à ses candidats de quadriller le terrain en diffusant exclusivement les documents reçus du siège et d’organiser « au moins une réunion bimestrielle des adhérents et sympathisants ». Il leur fixe comme objectif d’augmenter de 10 % le nombre d’adhérents dans leur circonscription et insiste sur la nécessité de « maintenir une présence continue dans les médias locaux en réagissant systématiquement (à travers tracts, communiqués de presse, présence sur les réseaux sociaux) aux actualités importantes de votre circonscription ».

Il réclame également un « compte rendu d’activités tous les deux mois ». « Vous avez désormais quatre mois pour nous montrer que nous avons eu raison. Au travail ! », écrit le directeur de campagne dans cette fiche, rappelant à ses candidats qu’ils ne seront définitivement investis qu’ »en fonction de l’activité qu'[ils auront] déployée et des compétences qu'[ils auront] démontrées ». « C’est sur votre investissement que vous serez jugé(e) », avertit-il. Il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de ne pas « communiquer publiquement (auprès de la presse en particulier) sur cette pré-investiture ».

La seconde note, datée du 23 septembre, est une « fiche technique » pour « constituer son équipe de campagne » (mandataire financier, directeur de campagne, responsable de communication). Avec un mot sur l’attitude à adopter : les candidats « doivent rester positifs en toute circonstance », peut-on lire, et motiver leur équipe « par leur enthousiasme » car « l’adage dit qu’on ne transmet que la foi que l’on a ». « Ils doivent être les premiers des militants, proches et reconnaissants, et avoir à cœur d’être irréprochables dans la mesure où la moindre défaillance rejaillira sur l’ambiance dans l’équipe et donc sur la capacité à poursuivre la campagne ».

Quant au troisième document, qui sera envoyé lundi soir, il adresse des modèles de tracts à personnaliser selon la circonscription. En mars déjà, le numéro trois du FN avait diffusé une note interne indiquant que les candidats seraient soumis à une « période d’essai ». « Il apparaît souhaitable pour la crédibilité de nos candidats de les préinvestir tôt, ce qui permet de les évaluer et, si nécessaire, de les remplacer », écrivait Nicolas Bay. Le candidat devait remplir un questionnaire sur son parcours politique et associatif, mais aussi sur son casier judiciaire.

Durant sa « période d’essai », il était soumis à une évaluation personnalisée par le secrétariat national aux élections. Et il devait montrer qu’il était capable d’augmenter sensiblement le nombre d’adhérents d’ici au mois d’octobre. En septembre 2013, le secrétaire général de l’époque, Steeve Briois, avait envoyé aux secrétaires de fédérations une note interne, leur demandant « de vérifier, ou de faire vérifier, que les candidats aux municipales respectent la ligne politique du Front national sur leurs blogs ou sur les réseaux sociaux ». Cela n’avait pas empêché les publications xénophobes de certains candidats. Un mois plus tard, le parti s’était donc fendu d’un nouveau courrier, réclamant à ses responsables locaux « un rapport ville par ville sur la bonne tenue du compte Facebook » de chaque candidat.

À chaque élection locale, des propos xénophobes fleurissent pourtant encore sur nombre de profils Facebook ou Twitter de candidats frontistes. Mais Nicolas Bay explique ne pas s’en inquiéter. « La bonne maîtrise des réseaux sociaux compte beaucoup. Mais aux départementales, c’était un épiphénomène : une vingtaine ou une trentaine sur 8 000 candidats. Aux régionales, nous n’avons eu aucun problème. Aux législatives, les candidats sont beaucoup moins nombreux, plus chevronnés ».

Et surtout très cadrés.


Turchi Marine, Médiapart – Titre original « Législatives: les consignes internes du FN à ses candidats » – Source