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On aimerait arrêter de tirer sur l’ambulance Sarkozy, mais celle-ci, avouez-le, ne cesse de rouler sur les trottoirs, de se cogner dans les murs ou de griller les feux.

Alors qu’il clame à grand renfort de livres et de déclarations qu’il aime la France et qu’elle lui transpire par les pores de la peau (berk), Nicolas Sarkozy a semble-t-il pris pour habitude de prendre, ou plutôt de reprendre, ses concitoyens pour des débiles profonds.

Et le pire, c’est qu’il n’est pas seul. Autour de lui, une équipe de bras cassés a décidé d’employer le même chemin vicinal, avec le front encore un peu plus bas.

On parle ici de Gérald Darmanin, 33 ans, maire de Tourcoing, vice-président de la région Hauts-de-France et accessoirement coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy — pour la prochaine primaire, du moins (Nicolas Sarkozy lui a promis que sa vie changerait dans « huit mois », peut-être a-t-il prévu de lui offrir l’intégrale de Carla Bruni en vinyles ; on croise les doigts pour lui, yeah man!). Cet article fait suite à celui d’hier … toujours consultable ICI

Tout commence sur le plateau de France 2, le 14 septembre, dans L’Emission politique de Léa Salamé, David Pujadas et Karim Rissouli. Nicolas Sarkozy explique que le juge Tournaire l’a interrogé deux heures pour finir par lui dire :

« Vous n’avez rien à voir avec les agissements des dirigeants de Bygmalion. Je ne vous mettrai donc pas en examen pour escroquerie, faux et usage de faux, pour tout ce qu’ils ont fait. » Réponse de Léa Salamé, vigilante : « Mais vous êtes mis en examen pour financement illégal de campagne électorale. » Sarkozy : « Absolument pas, c’est faux. c’est une mauvaise information.

Je ne dis pas que c’est dû à de la mauvaise foi mais c’est une incompréhension. Le juge Tournaire me dit : ‘Vous n’avez rien à voir avec les agissements des dirigeants de Bygmalion.’ Ma probité est vierge. Et il me dit : `Effectivement, vous avez dépassé les frais de campagne.’ C’est le seul motif pour lequel je suis mis en examen. »

Même histoire le 19 septembre, chez Jean-Jacques Bourdin qui reçoit le dénommé Darmanin. Bourdin explique qu’il est faux de dire que Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour « dépassement de frais de campagne », et que celui-ci a été mis en examen pour « financement illégal de campagne ». Réponse de Darmanin :

« Non. Vous êtes un journaliste extrêmement précis. Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour le dépassement, et seulement pour le dépassement, de ses comptes de campagne. C’est le communiqué de presse du parquet de Paris qui a fait une erreur qui a été reconnue. C’est très étonnant que vous ayez lu le communiqué de presse et que vous n’ayez pas lu l’erratum. »

Dans la foulée, l’équipe Désintox de Libération procède au fact-checking, et retrouve le communiqué de presse du procureur de la République, publié le 16 février. Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour « financement illégal de campagne électorale pour avoir en qualité de candidat, dépassé le plafond légal de dépenses électorales ».

Et d’erratum, il n’y en a jamais eu, aucune trace.

C’est quand même pas sérieux tout ça, messieurs.


Pierre Siankowski – Edito des Inrocks N° 1087