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C’est pas beau de vieillir !

A 58 ans, Eric Zemmour, tempes grises, sosie désormais officiel du monsieur Burns des Simpson, a décidé de s’offrir un nouveau tour de piste médiatique, et ce à l’occasion de la sortie de son dernier torchon (une compilation de ses chroniques radio sur RTL, génial), intitulé Un quinquennat pour rien. Le livre à l’air de se vendre plutôt pas mal — sur Amazon par exemple, il est dans le peloton de tête avec Harry Potter et l’enfant maudit et Cuisiner au robot cuiseur — et Zemmour, bon client télé, s’offre dans la foulée ces raids promo dont il a le secret (et qui lui permettent de compenser ce « manque médiatique » qui est évidemment le sien depuis son éviction de l’émission de Ruquier).

D’abord, il y a eu ce moment, le 6 septembre, à C à Vous, où un Zemmour chaud comme la braise nous explique que « donner un prénom qui n’est pas un prénom français à ses enfants, c’est ne pas se détacher de l’islam. C’est vouloir continuer l’identité islamique en France ».

Consternation collective d’Anne-Sophie Lapix, Pierre Lescure et Patrick Cohen, qui contrent les certitudes de Zemmour en lui démontrant en direct que son éditeur (Albin Michel) n’a pas publié certaines de ses chroniques, ça fait tâche. Dont celle où, atteignant le fond de sa vie, il proposait entre autres de « bombarder Molenbeek ».

Passons aussi sur ce moment extrêmement gênant où Zemmour comprend — en direct toujours, face à Lapix — qu’il a confondu Long Island et Ellis Island (certains barmen parisiens auront peut-être croisé le polémiste leur commandant des Ellis Island Iced Tea, mais désormais tout devrait rentrer dans l’ordre), et attardons-nous plutôt sur l’un des derniers passages télé de Zemmour, chez un Ardisson relégué médiatiquement lui aussi (sur C8), et contraint de faire un peu de buzz pour exister.

Aidé par Ardisson qui lance l’histoire, Zemmour ressort alors sa polémique sur les prénoms français, s’appuyant sur des références foireuses à des textes de loi (les décodeurs du Monde, excellents, comme à l’habitude, se sont chargés de démonter l’histoire) et sur ses certitudes.

Il faudra un Jean-Jacques Bourdin excédé pour contrer Zemmour, mais ce que l’on a vu là, sur le plateau d’Ardisson, c’est la dernière glissade d’un homme fatigué, qui se serait rêvé Nicolas Sarkozy ou peut-être Christian Clavier, mais qui s’est pris les pieds dans le seau très tôt et qui n’est au final qu’Eric Zemmour, chroniqueur usé d’un spectacle qu’il fantasme, rongé par ses échecs (littéraires et télévisuels), et qui se doit d’exister encore, tel un ailier droit de Ligue 2 en fin de règne, qui referait sans fin sa seule et unique feinte de corps.

Ce que nous avons vu samedi chez Ardisson, c’est le petit spectacle lamentable d’un type en bout de course, à court d’idées, contraint d’incarner lui-même sa triste caricature.

Eric Zemmour est mort : dans sa tête au moins.

Pierre Siankowski – Edito « Les Inroks »- N°1086