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Pour le quotidien  « Le Monde »,

Comment le Parti communiste va-t-il se sortir du guêpier dans lequel l’a fourré sa direction pour 2017 ?

Quand certains font face à un trop-plein de candidats à l’élection présidentielle, les communistes, eux, n’en ont toujours pas. L’entrée en campagne précoce de leur ex-allié du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, parti en février sous ses propres couleurs, ne fait pas les affaires de la formation de Pierre Laurent, qui n’a eu de cesse de critiquer « une candidature en solo ».

En janvier, le secrétaire national du PCF et sénateur de Paris a choisi de ne pas fermer la porte à l’idée, portée par l’ancien député européen Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Daniel Cohn-Bendit, d’une primaire de toute la gauche. Mais il hésite sur le périmètre – avec ou sans François Hollande. Devant les réticences de ses troupes, il finit par choisir la seconde option.

Ces tergiversations vont lui coûter cher lors du congrès du parti, début juin, où l’exécutif national n’obtient la majorité que d’un cheveu.

La direction décide alors de prendre son temps : le PCF ne se prononcera pas avant le 5 novembre.

En attendant, le secrétaire national cherche désespérément une candidature de « la gauche d’alternative » – qui ne soit pas celle de Jean-Luc Mélenchon, si possible. Et il répète qu’« il n’est pas trop tard », alors que tout semble montrer le contraire. Pierre Laurent l’a bien vu lors de la Fête de L’Humanité, du 9 au 11 septembre à La Courneuve : chacun est en campagne. Jean-Luc Mélenchon continue à tracer sa voie, dopé par de bons sondages.


Besse Desmoulières Raphaëlle, Le Monde – Titre originale « Le casse-tête présidentiel du PCF » – Source (Extrait)


Pour la « branche » PCF,

« Vive le Parti communiste Français »

Pourquoi JL. Mélenchon n’est pas notre candidat.

Les communistes qui vous distribuent ce tract ont pris acte de la ratification en juin de la décision de la direction du PCF de se ranger derrière le social-démocrate Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Chacun d’entre nous à son niveau de responsabilité respecte le choix des communistes de son organisation et s’investit dans les luttes politiques de 2011 et 2012. Nous faisons remarquer cependant que le programme soi-disant « partagé » a été élaboré, après coup, strictement sans les communistes et que le congrès ordinaire du PCF a été annulé.

Nous sommes d’autant plus autorisés à réaffirmer publiquement, au-delà du vote, que Jean-Luc Mélenchon n’est pas notre candidat.

La crise du capitalisme met encore davantage en évidence la nécessité du projet de société révolutionnaire que porte le mouvement communiste. La contestation de la politique de casse sociale à l’œuvre, en voie d’aggravation au nom de la « dette publique », ne cesse de grandir. Nous y avons contribué pendant le mouvement puissant contre la casse des retraites qui s’est déjà trouvé enfermé dans la perspective électorale d’alternance.

Le choix de JL. Mélenchon, socialiste, maastrichien, ne correspond pas au rôle politique que devrait jouer notre parti. En termes d’alliances, son Pg ne représente rien dans le pays.

Sa stratégie est étroitement électoraliste. Avec Mélenchon, le choix est fait de se préparer à une nouvelle « gauche plurielle » alors que battre la politique au service du capital nécessite de mettre à mal le consensus des forces de l’alternance UMP/PS. Avec Mélenchon, le choix est fait de s’inscrire dans l’intégration européenne et dans la continuité de l’euro, armes de destruction du capital contre les acquis sociaux et démocratiques nationaux, les résistances des peuples. Avec Mélenchon, le processus d’effacement du PCF, de ses positions historiques, de sa forme d’organisation, s’aggrave dans le « Front de gauche ».

Dans cette période, nous ferons tout notre possible pour faire vivre et renforcer le PCF selon sa raison d’être dans la lutte des classes. Nous ressentons la nécessité de faire grandir des propositions de rupture fondamentales, hors de la démagogie et de la surenchère électorales des uns et des autres, entre autres la sortie de la France de l’OTAN, un programme de nationalisations démocratiques, la rupture avec l’UE du capital et la sortie de l’euro. Dans nos entreprises, nos quartiers et nos campagnes, nous ne faillirons pas à notre engagement.


Vive le PCF – Source


De l’audace, encore de l’audace…

En se prononçant, en juin dernier, pour un processus de rassemblement pour l’élection présidentielle, [le] 37eme Congrès [du PCF] a décidé ceci : « Les communistes travaillent pleinement à un tel processus et à y engager un-e candidat-e pour y mettre en débat nos idées et y porter notre conception du rassemblement ». On a déjà beaucoup tardé à appliquer cette décision. Il est maintenant urgent d’ouvrir le processus démocratique de choix du représentant du PCF.

Voyons la réalité en face : depuis plusieurs mois, notre parti multiplie les appels pour ouvrir la voie de la définition d’un socle programmatique commun vers une candidature commune à gauche, alternative à celle de F. Hollande ou de l’un de ses clones.

(…) au lendemain de la Fête [de l’Humanité], chacun s’étant exprimé, force est de constater que la situation est bloquée.

Dans le débat public, en matière de propositions susceptibles de répondre aux attentes populaires, on est très loin de ce qui est nécessaire face à la gravité de la situation sociale, écologique, économique et financière. Le doute sur les promesses politiques, d’où qu’elles viennent, est énorme. (…) Il s’agit d’avancer sur des propositions précises et cohérentes.

Un socle partagé ne peut se limiter au plus petit dénominateur commun. Constater des convergences ne suffit pas, surtout si elles ne concernent que des thématiques générales sans traduction dans des dispositifs opérationnels concrets, jusqu’aux indispensables moyens nouveaux de financement. C’est la question sur laquelle ont buté toutes les expériences de gauche.

(…) Notre initiative « Que demande le peuple ? » est un point d’appui utile. Il faut la prolonger d’une grande campagne de propositions, en prise sur l’actualité et les luttes : pour cela, il nous faut un candidat. Le chantier de la construction d’une candidature commune alternative à gauche est enrayé par ce qui fonctionne, en fait, comme un couple de forces bloquant le processus : · d’un côté, JL Mélenchon récuse toute idée de candidature commune ; il prend ainsi la responsabilité de la division, en rompant avec le Front de gauche.

Il n’hésite pas à se réclamer du programme l’Humain d’abord, alors qu’il récuse les dispositions précises qui en font la radicalité, et poursuit une dérive nationale-populiste, qu’il serait impossible aux communistes de soutenir. La faiblesse et l’ambiguïté de ses propositions, corollaire de sa volonté de jouer sur les mécontentements, et son discours violemment anti-PS s’avèrent un repoussoir pour la grande masse des électeurs socialistes désespérés par Hollande, et contribue ainsi, en pratique, à alimenter l’abstention ou à faire grandir la crédibilité de Le Pen ; · de l’autre, F. Hollande peut alors espérer compter, le jour venu, sur un renfort de ces électeurs de gauche en déshérence face au risque d’un second tour se jouant entre la droite et son extrême.

La multiplication des candidatures à gauche exprime, au-delà de la compétition des « ego », le refus d’un tel blocage. Mais elle accentue l’impuissance à le lever. Le pire, face à cela, serait de renoncer. D’où la nécessité que le PCF, qui a démontré sa disponibilité pour ne pas en rajouter à ce paysage si fragmenté, fasse avancer le débat d’idées en l’incarnant, sans tarder, dans une personnalité et des propositions à la disposition de la recherche d’une candidature commune. Le temps presse. (…)

Dans cette période troublée, incertaine, propice au désarroi faute de perspective de progrès, l’heure est à l’audace politique qui a permis d’écrire les meilleures pages de l’histoire du PCF et de notre pays


Durand Denis, Médiapar – Source (Extrait)