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Le retour dans la course à la présidentielle de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé est symptomatique du manque crucial de renouveau dans la classe politique française, estime Stefan De Vries, correspondant de la télévision néerlandaise RTL 4.

  • L’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy pour les primaires a fait beaucoup de bruit. Êtes-vous surpris ?

C’est incroyable que les médias soient toujours aussi séduits par quelqu’un qui a perdu, qui a un bilan exécrable et qui est encore impliqué dans nombre d’affaires. On se demande comment il peut ainsi revenir.

Il y a peut-être une explication : beaucoup de médias sont détenus par des amis à lui.

Il est invité au journal de 20 heures de TF1, chez son ami Martin Bouygues, puis fait la une du Figaro Magazine, de son ami Serge Dassault… Tout cela n’est pas vraiment justifié d’un point de vue journalistique. D’autant qu’il est présenté partout comme “candidat à la présidentielle”, alors qu’il n’est que candidat à une primaire.

  • Alain Juppé, qui choisit l’apaisement et la discrétion, peut-il l’emporter face à la déferlante Sarkozy ?

Il a encore de bonnes chances et je pense sincèrement qu’il va remporter cette primaire.

Les Français en ont assez de la violence et de l’agitation. Juppé pourrait en profiter car il bénéficie de l’effet Sarkozy : il apparaît comme modéré, sage, intelligent et réfléchi. Ce qui est tout de même paradoxal, puisqu’il faut rappeler qu’il est âgé, énarque, qu’il a été condamné par la justice…

À lui seul, il incarne tous les problèmes de la politique française.

  • Quels sont ces problèmes ?

C’est surtout le manque de renouvellement et l’absence totale de leaders politiques jeunes, ouverts et visionnaires dans l’Hexagone. Les retours de Juppé et de Sarkozy sont typiques de la politique française : on ne s’en va pas.

Dans un pays normal, quand on annonce son départ, c’est définitif. Aux Pays-Bas, par exemple, un élu socialiste a récemment annoncé sa retraite politique alors qu’il n’a que 36 ans. De même, quand on voit David Cameron au Royaume-Uni, qui s’en va à 49 ans, on perçoit à quel point la politique française souffre de ces maux.

Propos recueillis par Paul Grisot – Courrier int. Source



Sarkozy, le Trump à la française.

L’ex-président est entré en campagne le 23 août, en mettant en avant les thèmes de la sécurité et de l’immigration.

Auparavant comparé à Berlusconi, Sarkozy ressemble désormais à une caricature de Trump, regrette cet éditorialiste allemand.

Après la Hongrie, l’Autriche, la Pologne et d’autres pays européens, la France est à son tour entraînée dans le courant populiste de droite et autoritaire, ce que confirment non seulement la cote de popularité croissante du Front national, mais également le début de campagne de Nicolas Sarkozy.

L’ancien président place clairement trois thèmes au centre de celle-ci : la sécurité, l’islam et l’immigration.

Le pire, ce n’est pas qu’il pourrait gagner, mais qu’il déplace tout le débat politique sur le terrain malsain de la peur et de la xénophobie, sur lequel seule l’extrême droite peut finalement triompher.

Sarkozy se présentait jadis d’une façon qui lui avait valu d’être comparé à Silvio Berlusconi. Aujourd’hui, on a plutôt droit à une caricature de Donald Trump à la française qui joue en toute démagogie sur la peur et le ressentiment xénophobe.

Comme Trump, Sarkozy préfère donner dans la brutalité que dans la nuance subtile. Il est entre autres d’avis que les musulmans doivent adopter “l’identité nationale” française et que les personnes “radicalisées” constituent un risque pour la sécurité et doivent donc être enfermées.

  • Et si la campagne de Sarkozy s’apparentait davantage à celle d’un Machiavel ?

Pour l’ancien président, tous les moyens sont bons, même les plus pernicieux, pour se faire réélire après cinq ans d’un funeste intermède François Hollande. C’est lui qui a le premier mis le parti conservateur sous sa coupe de façon à avoir une longueur d’avance sur ses concurrents lors des primaires.

Le programme électoral qu’il vient de présenter dans un nouveau livre ne promet rien de constructif non plus pour le débat français – ni pour la politique de l’UE s’il était réélu : Sarkozy y mise comme d’habitude davantage sur les gros titres et les sondages que sur les convictions et les principes.


Rudolf Balmer – Source : Die Tageszeitung, Berlin – Courrier int.