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On devrait se réjouir de la décision d’Emmanuel Macron en ce qu’elle pourrait rebattre les cartes d’un système politique à bout de souffle. Pourtant, ce n’est pas une si bonne nouvelle, estime le Financial Times.

Notez: ce n’est pas parce que je « poste » une info que j’adhère a son contenu. C’est dans l’esprit de donner l’info la plus large permettant de se faire une idée personnelle en connaissance de cause. MC

Avec l’émergence d’Emmanuel Macron comme candidat probable à la présidentielle de l’année prochaine, l’électeur français, désillusionné, va avoir l’embarras du choix. En résultera-t-il des changements bénéfiques ? Difficile à dire.

Terrorisme et manifestations

A gauche, tant de candidats se présentent qu’ils risquent de se marcher sur les pieds, réduisant à néant les maigres chances de réélection de François Hollande, le président socialiste. A droite, les principaux candidats en lice sont de vieux routiers de la politique : Nicolas Sarkozy, battu il y a cinq ans, et Alain Juppé, qui fut Premier ministre il y a vingt ans. Entre-temps, après un été marqué par les attentats terroristes et les manifestations contre les élites, Marine Le Pen, la populiste d’extrême droite, a le vent en poupe.

De part et d’autre de l’échiquier politique, le plus grand défi pour les partis traditionnels va être de présenter des candidats à la présidence qui soient crédibles aux yeux d’un électorat de plus en plus lassé par les politiques du sérail.

Pour son malheur, la droite semble ne pas pouvoir échapper au candidat Sarkozy. L’ancien président fait campagne sur un programme vindicatif, axé sur les thèmes de l’identité culturelle et de la sécurité.

Dans un contexte d’état d’urgence entré dans son dixième mois, cela peut passer pour de la saine politique. Mais cela pourrait aussi inciter la droite à une surenchère autoritaire, qui la rapprocherait toujours davantage des positions de Marine Le Pen, en version édulcorée. Quant aux Républicains, ils n’ont pas non plus nécessairement intérêt à miser sur Sarkozy. L’ancien président reste impopulaire auprès des électeurs. Selon un récent sondage Ifop, 66 % d’entre eux ne souhaitent pas le voir réélu l’année prochaine.

Si la droite est confrontée à des difficultés, la gauche n’est pas en reste : Hollande va devoir affronter pas moins de quatre adversaires au sein de son parti. Et comme si cela ne suffisait pas, Arnaud Montebourg, gauchiste très en vue, se demande s’il ne va pas entrer en lice. Au moins deux des candidats déclarés, Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot, ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à la primaire socialiste et se présenteraient directement à l’élection présidentielle. La dispersion des voix réduit les chances qu’un candidat de gauche soit présent au second tour.

Un système politique cruel

On pourrait s’attendre à ce que le ras-le-bol des Français envers les partis traditionnels conduise à une redistribution des cartes dans le monde politique. C’est semble-t-il le calcul de Macron. L’ancien ministre de l’Economie a lancé son propre mouvement, En marche !, afin de dépasser le clivage gauche-droite et de “débloquer” la société française.

Les intentions de Macron sont louables. Non seulement son optimisme est rafraîchissant, mais certaines des mesures qu’il a soutenues – qu’il s’agisse de libéraliser l’ouverture des commerces le dimanche ou de faire bon accueil à Uber en y voyant une source d’emplois – relèvent du bon sens.

Mais en tant que membre de l’élite parisienne, il n’a rien d’un outsider. De plus, il évolue au sein d’un système politique qui, historiquement, a toujours été cruel envers ceux qui cherchent le pouvoir en dehors des appareils des partis traditionnels. D’anciens libéraux, comme Alain Madelin, ont disparu sans laisser de traces

Ce qu’il faut, c’est réfléchir sérieusement, à gauche comme à droite, aux moyens de relever le défi Le Pen. Au vu de sa cote de popularité actuelle, la candidate Front national passerait comme une fleur au second tour de l’élection de l’année prochaine.

Les partis traditionnels doivent donc se rassembler autour de candidats qui jouissent de crédibilité auprès des Français. Ils doivent aussi trouver quelqu’un qui batte Mme Le Pen sans polluer la vie politique française avec ses idées.


Source – Financial Times- Londres