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Dans le chaud de l’été [1], Christophe Barbier, taulier de l’hebdomadaire national L’Express, réclame, dans un édito où il omet (par l’effet, probablement, d’une très passagère distraction) de préciser que cette publication est, nonobstant qu’elle a cumulé dans la dernière décennie (et sous sa direction) des pertes astronomiques, annuellement gavée de millions d’euros d’aides publiques, et vit donc sous la perfusion d’un assistanat étatique permanent – Christophe Barbier, disais-je, réclame que 2017 soit une « une année fiscale blanche », où le gouvernement ne prélèverait donc pas d’impôt sur nos revenus, ni sur celui, évidemment, des patrons des hebdomadaires nationaux [2].

Car ainsi, explique-t-il notamment :

« On verra les contribuables prendre moins de RTT, et surtout moins d’arrêts maladie… Comme par hasard, les paresseux et les tire-au-flanc se feront rares… »

Et « certes », poursuit Barbier (qui exhibe ainsi qu’il excelle dans l’art délicat de la déduction difficultueuse) : « Il y aura une perte de recettes » pour l’État, si l’État, plutôt que de prélever l’impôt, ne le prélève pas.

« Mais c’est une bonne chose », selon ce subtil analyste. Car cela « obligera l’État à faire des choix budgétaires courageux [3] et à réduire les dépenses, par exemple au détriment de ceux qui préfèrent les allocations à un emploi. “Si vous travaillez, on ne vous prend rien : si vous ne le faites pas, vous toucherez moins.” Quel puissant message contre l’assistanat ! »

Et certes encore : le directeur de L’Express aurait pu choisir, pour illustrer sa proclamation qu’une perte de recettes fiscales serait une excellente chose pour les finances publiques, un autre « exemple » que celui des chômistes parasitaires – et autres RSAstes – qui « préfèrent les allocations à un emploi ».

Il aurait pu, au hasard, évoquer le cas, singulièrement scandaleux, des éditocrates reaganiens qui braient tout l’an la nécessité que l’État réduise sa dépense, mais qui cependant restent cramponnés, telle la moule au roc, parmi vents et marées, à leurs aides publiques.

C’eût même été, à bien y réfléchir, un exemple infiniment plus probant que celui que produit Barbier, car, à supposer qu’ils soient plus de douze : « Ceux qui préfèrent les allocations à un emploi » sont, dans la société française, beaucoup – beaucoup – moins nombreux, comparativement, que les éditocrates assisté(e)s.

Mais bien sûr : le boss de L’Express préfère – c’est tellement moins risqué – taper sur des allocataires – des pauvres, comme on disait avant l’avènement de la novlangue néolibérale – que sur l’oligarchie qui le nourrit.

Puis aussi : il sait pertinemment que cette démagogie dégueulasse structurera – de pair avec une xénophobie rabique dont nous nous reparlerons ici même sous très peu – l’année électorale qui vient, et que l’État, « année fiscale blanche » ou pas, la sponsorise de toute façon, quand elle est aboyée par les chiens de garde des marchés.


Sébastien Fontenelle – Source


  1. L’Express, 3 août 2016.
  2. Mais continuerait cependant, gageons-le, de remplir les caisses de L’Express de fonds publics.
  3. C’est moi qui souligne, tant cet adjectif me semble goûteux lorsqu’il vient sous la plume d’un médiacrate biberonné, j’y insiste un peu lourdement, aux subventions étatiques.