Mots-clefs

, ,

Les associations ont beau dénoncer un « traitement statistique » du chômage, l’attention reste focalisée sur des tendances de très court terme.

C’est désormais une habitude. À chaque pointage sur le chômage, le gouvernement se couvre d’autosatisfaction en tirant de grandes conclusions sur des variations mathématiques lilliputiennes. Les associations de chômeurs ont beau dénoncer un « traitement statistique » du chômage, l’attention reste focalisée sur des tendances de très court terme.

Il faut donc savoir précisément de quoi l’on parle. Le chômage, en France, est évalué de deux manières. Premièrement, l’Insee interroge chaque trimestre 65 000 ménages pour établir le nombre de personnes sans activité et en recherche active d’emploi. C’est ce chiffre (9,9 %) que le gouvernement a utilisé début août pour saluer « le taux de chômage le plus bas depuis 2012 ».
Il doit pourtant être analysé avec précaution, car l’Insee prévoit une marge d’erreur de 0,3 point… qui peut être significative lorsqu’on évoque une baisse trimestrielle de 0,3 %.

Second bémol, l’Insee ne comptabilise que les chômeurs qui recherchent activement un emploi. Or, le « halo du chômage », constitué par ceux qui ont renoncé à chercher du travail, représente 1,5 million de Français et il a fortement augmenté depuis 2012 (+ 15 %). Le retour de ces « résignés » dans une recherche active noircirait mécaniquement les statistiques.

La seconde évaluation du chômage est livrée chaque mois par Pôle emploi, sur la base du nombre de demandeurs comptabilisés par ses services.

Le chiffre des demandeurs d’emploi sans aucune activité (la fameuse « catégorie A ») fait le yoyo depuis le début de l’année et présente une baisse globale de 0,7 % sur un an. Mais ce chiffre est particulièrement sensible aux bidouillages statistiques. Par exemple : le doublement du nombre de formations et de services civiques annoncé début 2016, qui provoquera automatiquement une sortie des chiffres du chômage des chômeurs en formation. Et tant pis si cela contraint Pôle emploi à mobiliser tous ses agents pour trouver suffisamment de candidats aux formations, comme l’a révélé le Canard enchaîné le 3 août.

Pour mettre ces tendances en relief, il faut observer le chiffre des créations d’emplois : 24 100 au deuxième trimestre 2016, selon l’Insee, ce qui porte le total sur un an à 143 000 emplois, soit 0,9 % de hausse. « Je n’ai pas eu de bol [sur] l’inversion de la courbe du chômage », avoue François Hollande dans le livre Conversations privées, paru le 18 août.

L’amélioration est donc plus que timide au vu des 41 milliards d’euros par an distribués aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité


Erwan Manac’h – Politis – Titre original « Chômage : Que disent vraiment les chiffres ? » – Source