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Les zoonoses sont des maladies, infections ou infestations qui se transmettent  des animaux aux hommes par différents mécanismes. Elles peuvent être d’origine virale ou bactérienne. Les animaux concernés appartiennent à la faune domestique (animaux d’élevage ou de compagnie) ou sauvage.

Les zoonoses sont actuellement favorisées par les voyages et la mode des NAC (nouveaux animaux de compagnie tels les oiseaux, reptiles, rongeurs, etc.)

En France métropolitaine, la période estivale est la plus propice au développement de certaines zoonoses. En effet, les loisirs de plein air se multiplient, de même que les risques de contamination (promenades en forêt, baignades en rivière, cueillette de fruits sauvages…).

         Le terme de zoonose vient du grec zôon : animal, et nosos : maladie

La contamination peut se réaliser par contact direct ou indirect et être plus ou moins décelable. Les morsures, les griffures du chien et du chat, laissent des traces visibles sur la peau, rendant ainsi une zoonose rapidement identifiable. En revanche, une contamination indirecte par l’intermédiaire d’un parasite s’avère nettement plus insidieuse. Ce qui parfois retarde et complique considérablement le diagnostic.

Les chats et les chiens sont principalement confrontés aux zoonoses à la suite d’une contamination orale, transcutanée ou bien encore par la mère (contamination fœtale ou par le lait maternel). Et, à leur tour, ils peuvent contaminer leurs maîtres par simple contact cutané, griffures, morsures ou par l’intermédiaire de parasites. Les populations les plus sensibles sont les enfants en contact étroit avec les animaux domestiques, les femmes enceintes en raison du risque spécifique pour le fœtus et les personnes au système immunitaire déficient.

Chez les nouveaux animaux de compagnie (NAC), les infections les plus importantes sont transmises par les oiseaux (les psittacidés, tels les perroquets, et les pigeons), les reptiles et amphibiens porteurs de salmonelles, les rongeurs qui peuvent être infectés par divers agents (virus de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal, leptospires, etc.) et les poissons d’aquarium qui peuvent porter un germe (Mycobacterium marinum) pouvant contaminer l’homme en cas de lésion cutanée.

         La borréliose de Lyme

C’est la zoonose la plus fréquente et, selon les spécialistes, elle serait largement sous-diagnostiquée. Prédominante dans les régions boisées du quart nord-est de la France et en Normandie, cette maladie se transmet par piqûre de tique. Une atteinte cutanée observée dans cette infection a été décrite en 1894 par un dermatologue suédois. Elle a été redécouverte en 1975 à la suite d’une épidémie d’arthrite chez des enfants et des adultes à Lyme, ville du Connecticut, aux États-Unis. Les premiers symptômes apparaissent 4 à 30 jours après la piqûre et se présentent souvent sous la forme d’une lésion cutanée rouge autour du point de piqûre ou d’érythème chronique migrant (il s’agit d’une tache rouge au site de la piqûre de tique, indolore et de croissance annulaire), lésion qui n’est pas toujours présente. D’autres signes peuvent être associés : fièvre, douleurs, maux de tête, fatigue, manifestations neurologiques. Les antibiotiques constituent la seule possibilité thérapeutique réelle, mais le traitement doit être entrepris tôt afin d’éviter d’autres complications. À noter que plus la tique est restée ancrée longtemps dans la peau, plus le risque d’infection augmente. Raison pour laquelle, il faut penser, après toute marche à la campagne et surtout en forêt, à vérifier systématiquement la présence de cet hôte indésirable.

         Les maladies infectieuses transmises par les griffures de chat

Les chats (sauvages comme domestiques) peuvent transmettre des maladies à l’homme, en particulier par griffure ou morsure. Un tiers des personnes griffées développent une infection. En effet, les griffes du chat portent de nombreux germes, sources possibles de pathologies telles que la maladie des griffes du chat et la pasteurellose, dues à des bactéries. Aucune de ces affections n’est contagieuse d’homme à homme.

La pasteurellose

Elle est transmise par morsure du chat voire du chien. C’est une infection très rapidement évolutive. La zone de morsure devient inflammatoire (rougeur, chaleur) en 12 à 14 heures et s’accompagne de fièvre. Un traitement antibiotique s’impose de manière précoce afin d’éviter des complications au niveau articulaire.

La maladie des griffes du chat

C’est une infection due à la bactérie Bartonella henselae. Cette bactérie, présente partout dans le monde, peut se transmettre par l’intermédiaire des chats sauvages aux chats domestiques et aussi par certaines tiques. Les symptômes chez l’homme sont proches de la grippe ; la personne présente de la fièvre et des ganglions. Les complications peuvent être graves, comme des atteintes des valves du cœur s’il existe une lésion cardiaque préexistante.

Si vous avez été griffé ou mordu, lavez rapidement la plaie avec de l’eau et du savon. Si la lésion évolue, consultez très vite votre médecin traitant qui prescrira une antibiothérapie adaptée.

         La toxoplasmose

La toxoplasmose est une maladie le plus souvent bénigne. Son nom vient du parasite qui en est responsable, le Toxoplasma gondii. Le chat sert d’hôte à la reproduction du parasite qui l’infecte lorsqu’il mange de la viande contaminée ou tout simplement en chassant des oiseaux, des souris ou des rats eux-mêmes contaminés. Il peut aussi s’infecter en ingérant des parasites qui ont été excrétés par d’autres animaux infectés. Les parasites se logent dans la paroi de l’intestin grêle du chat, où ils se reproduisent. On retrouve donc le parasite dans ses excréments.

On peut être contaminé par ce micro-organisme protozoaire en touchant la litière de chats contaminés, en mangeant des crudités souillées par le parasite, ou de la viande insuffisamment cuite (contamination à partir de kystes du parasite se trouvant dans la viande). La toxoplasmose est particulièrement dangereuse pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Elles risquent des infections sévères du système nerveux (encéphalites). Les femmes enceintes doivent aussi être prudentes si elles n’ont pas contracté l’infection auparavant. Lorsque la primo-infection survient en cours de grossesse, elle peut s’accompagner d’une transmission materno-foetale responsable d’une toxoplasmose congénitale susceptible d’entraîner une mort fœtale ou des complications neurologiques ou ophtalmologiques qui vont se révéler au cours des premières années de vie du bébé. Depuis 1992, un dépistage sérologique est obligatoirement proposé en début de grossesse. Selon l’INVS, la séroprévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes était de 36,7 % en 2010.

La tularémie

C’est une zoonose peu fréquente mais qui a tendance à augmenter, due à l’infection par la bactérie Francisella tularensis. Le réservoir de la bactérie est constitué par des rongeurs sauvages (campagnols, mulots, etc.), les lièvres, les tiques et un environnement contaminé par des déjections animales. D’autres espèces de gibier (sangliers, lapins, cervidés) peuvent être à l’origine de la contamination. Les chasseurs représentent donc une population particulièrement exposée, en particulier lors des opérations de dépeçage et éviscération du gibier. Les animaux domestiques, comme les moutons, les chats et les chiens, sont des hôtes accidentels mais peuvent être source d’infection humaine. La contamination se fait par manipulation en général. Le germe a la particularité de traverser une peau normale sans plaie préalable. La maladie se manifeste par de la fièvre associée à des ganglions de taille augmentée ou une plaie cutanée (ulcération) cicatrisant difficilement, Le port de vêtements à manches et jambes longues pour les activités de loisirs en forêt est recommandé, ainsi que la recherche de tiques sur la peau au retour des activités de plein air. De même que le port de gants étanches pour réaliser le dépeçage et l’éviscération du gibier ainsi que le lavage des mains après ces opérations.

La tularémie est inscrite sur la liste des maladies à déclaration obligatoire depuis 2002. En septembre 2015, le nombre de cas de tularémie déclarés était de 71 pour 2015, et 57 pour 2014.

            L’échinococcose alvéolaire

C’est une maladie parasitaire due au développement dans le foie de la larve d’un petit ver (ténia, Ecchinococcus multilocularis). Celui-ci infeste l’intestin grêle de certains carnivores sauvages, en particulier les renards, plus rarement les chiens et chats. Les œufs du parasite, dispersés par les matières fécales de ces animaux, peuvent contaminer l’homme si celui-ci les ingère accidentellement. L’infection se traduit par l’apparition d’une lésion du foie. Elle peut progressivement envahir les organes voisins et même toucher les poumons ou le cerveau. Cinq à quinze ans peuvent s’écouler entre la contamination et l’apparition des premiers signes cliniques : altération de l’état général avec apparition de fièvre, de frissons, de douleurs au côté droit de l’abdomen, d’une jaunisse et augmentation du volume du foie. Le traitement est chirurgical (ablation de la lésion) chaque fois que cela est possible et médicamenteux (traitement très prolongé). Actuellement, il n’existe pas de vaccination contre ce parasite.

Certaines précautions doivent être prises dans les zones d’endémie : éviter de consommer des légumes crus provenant de jardins accessibles à des renards, des pissenlits sauvages ou des fruits sauvages comme les fraises des bois provenant d’un endroit potentiellement souillé par des renards infectés. Le lavage ne suffit pas : il faut absolument cuire les fruits et légumes avant de les manger. Se laver les mains à l’eau chaude et au savon après tout travail impliquant un contact avec de la terre potentiellement contaminée (travaux agricoles, jardinage…) ou après avoir brossé ou caressé un chien ou un chat ayant séjourné dans une région à risque.

Cette zoonose est présente sur l’ensemble du territoire avec pour zones d’endémie la Franche-Comté, le Massif central et la Suisse mais, ces dernières années, des renards contaminés ont été identifiés dans les zones urbaines, en région parisienne et dans les départements de la Manche et du Calvados ainsi que dans pratiquement tous les pays européens, excepté le Royaume-Uni.

            La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR)

On la trouve principalement dans le quart nord-est de la France, en Suisse ainsi que dans de nombreux pays d’Europe du nord (Scandinavie). Le massif forestier des Ardennes belges et françaises est particulièrement touché.

La Lorraine, la Picardie et la Franche Comté sont des régions aussi concernées par la maladie. Les rongeurs – le campagnol roussâtre notamment – sont les réservoirs du virus (famille des Hantavirus) et la transmission se fait par inhalation de poussières souillées par les excréments de ces rongeurs (manipulation de bois, nettoyage de greniers). Cette maladie peut aussi s’observer lors d’inondations. Le tableau typique de la FHSR associe un syndrome pseudo-grippal avec des douleurs sévères (lombalgies, céphalées), des troubles de la vision, des modifications d’ordre biologique et une atteinte rénale transitoire aiguë. L’évolution est généralement favorable et seuls quelques patients sont dialysés. Compte tenu des connaissances actuelles sur l’épidémiologie de la maladie, il est recommandé aux personnes qui habitent où travaillent à proximité des forêts d’éliminer les rongeurs à l’intérieur des maisons et des locaux attenants (grange, cave, remise…).

         La leptospirose

Cette maladie est présente sur l’ensemble de l’Hexagone. C’est une zoonose due à bactéries du genre Leptospira. L’homme  peut être atteint par contamination, soit directe par contact avec des animaux infectés (en particulier les rongeurs), soit indirecte par contact avec des eaux souillées par les urines des animaux infectés. Les études révèlent que 50 à 70 % des surmulots de nos campagnes seraient infectés par des leptospires. La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle pour les personnels de traitement des eaux usées (égoutiers), les personnes travaillant dans les abattoirs, et les pisciculteurs qui doivent bénéficier d’une vaccination systématique. La période d’incubation de la maladie est d’environ 15 jours. Les premiers symptômes associent fièvre, frissons, douleurs musculaires et céphalées. En quelques jours, les signes évoluent avec des atteintes viscérale, hépatique (jaunisse), rénale (insuffisance rénale fonctionnelle), voire une méningite. Selon l’Institut national de veille sanitaire, « depuis 2006, entre 186 et 628 cas de leptospirose ont été diagnostiqués chaque année en métropole », avec la plus forte incidence relevée en 2014. « Un hiver 2013-2014 particulièrement doux et pluvieux pourrait être un des facteurs responsables de cette augmentation. »

         Le cowpox

C’est une infection due à un virus de la famille des Poxviridae, initialement décrite chez la vache : la variole de la vache. On peut la retrouver chez le chat mais le réservoir de ce virus siège chez des rongeurs sauvages (surmulots, campagnol, rats). Des cas de contamination humaine par des rongeurs sauvages ont été décrits mais, depuis quelques années, ce sont des rats blancs de compagnie achetés en animalerie qui ont été incriminés, lesquels provenaient d’un fournisseur tchèque.

         La méningo-encéphalite européenne à tiques

Elle est due à un virus appartenant au complexe Tick-Borne Encephalitis (TBE) qui se transmet par piqûre de tiques. On la trouve essentiellement en Alsace, en Lorraine et dans les Vosges et il existe un petit foyer dans la région d’Annecy. En Europe, d’autres pays sont concernés : la Suisse, l’Allemagne, la Hongrie, la Pologne, la Russie, l’Asie… Le risque d’infection est lié à une activité de plein air dans une zone à risque. Assez rare en France, cette maladie virale peut cependant entraîner des complications neurologiques très graves. Les premiers symptômes se traduisent par un syndrome pseudo-grippal avec une forte fièvre pendant quelques jours. La seconde phase se manifeste par la survenue de symptômes neurologiques. Cette atteinte neurologique touche 5 à 10 % des personnes infectées et nécessite une hospitalisation. Les symptômes comprennent des troubles de la conscience, des convulsions et des troubles neurologiques divers. Il n’existe pas de traitement spécifique contre la MET mais, en prévention, un vaccin existe, notamment conseillé aux professionnels de la forêt. À noter que ce vaccin ne protège pas contre la maladie de Lyme.

         La toxocarose

La toxocarose ou « maladie des mains sales » est une zoonose classique d’origine canine. C’est une parasitose. C’est pourquoi les chiens sont interdits dans les bacs à sable et sur certaines plages. Malgré ces précautions, de nombreux jardins publics sont encore contaminés. Il est donc important de traiter les animaux domestiques de manière préventive. En effet, quelles que soient les mesures d’hygiène prises par leurs maîtres, les animaux ne peuvent échapper aux parasites digestifs. En éliminant les vers des chiens et des chats, le risque d’infestation ou de réinfestation des autres animaux, et par conséquent des hommes, est limité. C’est aujourd’hui la principale mesure de prévention de la toxocarose humaine. Une maladie qui peut entraîner des éruptions cutanées, pseudo-urticaires, troubles digestifs, des crises d’asthme, des douleurs abdominales, une toux, etc. Cette contamination concerne plutôt les jeunes enfants (de 1 à 5 ans), vivant au contact d’un chien ou d’un chat.

         La rage

Même si la France est déclarée, depuis peu, indemne de rage sylvatique, le virus rabique persiste. Il peut être transmis à l’homme par les animaux infectés par morsure, griffure, ou par léchage sur une peau porteuse de lésions ou sur les muqueuses et par les chiroptères (chauve-souris) autochtones (prudence pour les spéléologues qui peuvent être contaminés) ou par les animaux importés clandestinement. L’incubation de la rage est variable : de 10 à 90 jours et peut durer plusieurs mois. Une fois déclarée, la maladie est toujours mortelle et ne peut bénéficier d’aucun traitement. Mais elle peut être prévenue après la contamination par l’administration de vaccins et, le cas échéant, d’immunoglobulines. La prophylaxie de la rage passe par la vaccination préventive des chiens et chats.

Brigitte Postel – La revue de la MTRL N° 90