Mots-clefs

,

En France, chaque jour, des centaines de milliers de bénévoles s’investissent dans une association culturelle, de sports, d’aide aux personnes.

En France, chaque jour, présent sur l’ensemble du territoire, le Secours populaire français met en mouvement ses 80 000 bénévoles, répartis dans 663 comités, regroupés en 98 fédérations. Toutefois, peut-on dresser un portrait-robot de ces femmes et de ces hommes qui donnent un peu de leur temps pour alléger les difficultés d’un nombre croissant de femmes, familles, de jeunes, de personnes âgées isolées, de migrants, de handicapés?

Le terme même de portrait-robot est en réalité impropre pour décrire des gens aussi différents, mais unis par un projet commun. Le sondage effectué en 2015 auprès de 8 400 bénévoles du Secours populaire permet de mieux cerner leurs aspirations et révèle une belle richesse humaine (64% de femmes, 36% d’hommes, 22,6% de moins de 35 ans, 34% de cadres et techniciens, 16% d’employés et ouvriers, etc.). Solliciter une aide n’est point aisé pour des gens plongés dans la précarité.

La stigmatisation ambiante pousse à la perte de confiance, à l’isolement et à la dépréciation de soi. Marie-Jo Roessler, du SPF de Bourges, dans le Cher, précise qu’un « premier contact est assuré par une douzaine de bénévoles expérimentés ; les personnes sont écoutées, on cerne leur problème, on leur donne un premier colis alimentaire de dépannage, éventuellement une autre aide et on les dirige vers un service social. » Cette première rencontre permet aux personnes accueillies de reprendre pied.

L’ATOUT DE LA PROXIMITÉ

La géographe Béatrice Giblin constate qu’« on se tourne vers les associations pour les besoins de base : nourriture, vêtements, logement, accès aux droits, accompagnement scolaire. Les 1.256 permanences du Secours populaire constituent un maillage dense. Leurs membres sont disponibles et offrent un accueil plus personnalisé, une souplesse qu’aucun service de l’État ne peut avoir. Les bénévoles se caractérisent par leur générosité, leur pragmatisme, leur qualité d’écoute et les compétences qu’ils apportent ou celles qu’ils acquièrent au sein de l’association.»

En 2015, le Secours populaire a accueilli 2,84 millions de personnes. L’aide alimentaire (pour 1,7 million de personnes), vestimentaire (pour 516 000 personnes) constituent la part importante de la solidarité. Distribuer des habits nécessite un gros travail. À Limoges, en 2015, les textiles ont représenté 390 tonnes sur 1 045 (parmi les livres, la vaisselle, le mobilier, etc.). Quotidiennement des « petites mains », comme se qualifient les bénévoles, ont trié, plié, vendu, collectant près de 639 000 euros.

À Châteaulin (Finistère), le Secours populaire tient sa braderie de printemps : 630 m3 de vêtements, livres, disques sont proposés par une soixantaine de bénévoles, dont Monique, « retraitée et au SPF depuis vingt ans » qui affirme: « Si cela peut faire du bien à quelqu’un, c’est normal de donner de son temps. » La somme réunie lors de la braderie, ajoutée à celles collectées au cours d’autres initiatives, est utilisée pour aider 650 familles.

Les collectes concernent également les fournitures scolaires, part lourde dans le budget au moment de la rentrée. En août 2015, les équipes du SPF de Seine-et-Marne ont passé deux jours devant trois magasins du partenaire Auchan, récoltant plus d’une demi-tonne de matériel (crayons, cahiers, stylos, etc.) pour permettre aux enfants des familles aidées d’aborder la rentrée scolaire dans de bonnes conditions.

Conscient que l’accès à l’école cristallise nombre d’inégalités, le SPF s’implique dans l’aide aux devoirs, tout en organisant des sorties culturelles, en favorisant l’apprentissage des droits et l’accès aux soins. À Lyon, l’association propose cette forme de solidarité depuis vingt-cinq ans : en 2015, 150 étudiants ont aidé, à raison d’une heure et demie de cours par semaine, 150 enfants à leur domicile. Marion, étudiante en éducation spécialisée, accompagne Malik, 7 ans, élève de CE1, vivant avec sa mère et sa sœur. « Pour cet enfant, au-delà des devoirs, le fait que nous allions aux musées, que nous partagions des jeux, l’aide à s’ouvrir vers l’extérieur. je ressens une grande satisfaction en le voyant progresser, avoir davantage confiance en lui.»

L’éducation populaire est un auxiliaire de la solidarité. Aussi, dès l’origine, le SPF a sollicité le parrainage de personnalités lors des initiatives qui jalonnent l’année. Aujourd’hui, succédant à Picasso, Cocteau, Aragon, Bourvil ou Poulidor, on trouve, en soutien aux campagnes, des comédiens (Christian Rauth, Ariane Ascaride, Agnès Jaoui), des écrivains (Pierre Lemaitre, Nedim Gürsel), des directeurs de théâtre (comme Emmanuel Demarcy-Mota ou encore Robin Renucci) qui organisent des ateliers avec des personnes accompagnées, des champions (jo-Wilfried Tsonga, Tony Estanguet) qui initient les enfants à la pratique d’un sport.

La pauvreté occasionne de graves problèmes de santé et le manque de moyens force les familles à renoncer à des soins de base.

ACCÈS À LA SANTÉ, UNE PRIORITÉ

Le Secours populaire a fait de ce chantier une de ses priorités. Ses relais santé organisent des séances de prévention avec des bénévoles référents et des professionnels. Françoise Roubaud, de la fédération des Bouches-du-Rhône, précise que « les questionnaires d’évaluation auprès des personnes accompagnées confortent dans la conviction que le rôle du SPF n’est pas seu­lement d’aider les familles à avoir le droit de se soigner dans les meilleurs conditions pos­sibles, mais aussi d’agir pour la prévention des maladies.C’est cela être acteur et auteur de sa vie. »

La fédération consacre son émission mensuelle sur Radio-Gazelle (98 FM) aux questions de santé. Dans nombre de comités, des ateliers de cuisine, des potagers solidaires, comme à Montauban, permettent d’apprendre à élaborer des menus équilibrés, compléments utiles à la prévention, comme l’est la pratique régulière d’un sport. Le SPF a organisé en avril avec Vision for lifeTM d’Essilor, au centre Edmond de Rothschild à Paris, une journée de dépistage pour 200 femmes vivant en centre d’hébergement.

Durant les séances, la garde des enfants a été assurée gracieusement par une cinquantaine de salariés d’Essilor. Depuis a été ouverte une permanence d’accès aux soins ophtalmologiques, deux matinées par semaine. De plus en plus, le bénévolat se développe dans les entreprises (RATP, Essilor, Orange), dans les établissements d’enseignement; des professionnels du livre, de l’énergie (gaziers et électriciens) et de la RATP sont par ailleurs regroupés en comités et fédération au sein du Secours populaire.

L’apport des acteurs économiques publics ou privés est déterminant pour le développement d’activités telles que les vacances, une autre priorité du Secours populaire. Les départs d’enfants, de familles, de personnes âgées, dans les villages mis à disposition par des partenaires, l’accueil d’enfants à l’étranger (Suisse, Pays-Bas) mobi­lisent les bénévoles (collecte de fonds, suivi des dossiers, accompagnement). En août, la campagne d’été s’achève avec la Journée des oubliés des vacances (en 2015, 70000 personnes, dont 10.000 bénévoles, se sont retrouvées au pied de la tour Eiffel).

ÉCHANGES ENTRE GÉNÉRATIONS

Au Secours populaire, où 27% des bénévoles ont plus de 65 ans, de nombreuses activités sont proposées aux seniors (villégiature, sorties culturelles, festives…) permettant de rompre l’isolement, de stimuler les facultés intellectuelles, mais aussi de favoriser les échanges de savoirs entre générations : les plus âgés font profiter de leur expérience, tout en s’enquérant auprès des plus jeunes des pratiques nouvelles en matière de communication. Oriane, 21 ans, de la Roche-sur-Yon (Vendée), est bénévole depuis un an. Elle qui aime « le contact avec les enfants » s’est vu confier « des responsabilités à l’occasion de la chasse aux œufs et des Pères Noël verts ». Elle apprécie «la confiance accordée par les bénévoles plus anciens, la reconnaissance et le respect qu’ils ont pour ce qu’apportent les jeunes ». Au Secours populaire, les enfants aussi font l’apprentissage de la solidarité au sein du mouvement Copain du monde, organisé en clubs.

À Fenouillet (Haute-Garonne), ils envoient du matériel scolaire à leurs amis malgaches ; en juin, à La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), ils ont organisé des collectes pour les victimes des inondations. Leurs villages s’ouvrent en été à des enfants de France et de l’étranger; les échanges épistolaires permettent de se connaître et de faire tomber les préjugés. Comme le résume Julien Lauprêtre, le président du Secours populaire, « les gosses apprennent à s’aimer, plutôt qu’à se haïr, à se rapprocher plutôt qu’à se fuir. » Le mouvement, en progression constante, compte 3 386 enfants en France et s’étend à l’étranger, s’enrichissant, cette année, de nouveaux villages de vacances, treize en France, vingt dans le monde, dont un au Liban.

Le SPF, œuvrant sur l’ensemble du spectre de la solidarité, est présent dans 65 pays, pour quelque 150 actions en direction de plus d’un demi-million de personnes. Les programmes d’urgence au moment des catastrophes (tsunami de 2004 en Asie, séismes de 2010 en Haïti, de 2016 en Équateur…) mobilisent l’ensemble du mouvement pour la collecte de fonds. Les liens noués avec des partenaires locaux, à l’occasion de programmes de développement, apportent au SPF l’atout de la réactivité. L’association nationale et nombre de comités agissent en développant une agriculture maraîchère respectueuse de l’environnement (Salvador, Mali ou Nicaragua); ils favorisent l’accès à l’eau (Maroc, Madagascar), à la santé (Palestine, Afrique du Sud, Balkans), aux droits pour les femmes (lutte contre l’excision et les mariages précoces, comme en Mauritanie), à l’éducation (construction d’écoles en Haïti, au Népal, en Thaïlande).

Ces expériences sont une source de richesse pour les bénévoles du SPF et des associations partenaires. En ces périodes de crise généralisée, de violence jetant sur les routes des centaines de milliers de réfugiés et migrants, le SPF apporte une aide d’urgence, comme dans la jungle de Calais, dans les campements de fortune à Paris, dans les lieux d’hébergement, comme dans le Val-d’Oise: belle école de fraternité, d’échanges auxquels participent de plus en plus souvent les enfants Copain du monde.

DES PERSONNES AIDÉES ET ENGAGÉES

Des 8 400 bénévoles interrogés en 2015, quelque 9,1% déclarent avoir bénéficié, pour eux ou un proche, d’aides de la part du SPF. Pousser les portes d’une antenne ouvre la voie à la pratique solidarité, pour peu que la personne soit sollicitée pour proposer des tickets de Don’actions, accompagner des enfants en vacances, trier des vêtements, épauler les Pères Noël verts du SPF afin que les fêtes n’oublient personne, participer aux maraudes, au cours desquelles sont distribués vêtements, produits d’hygiène, nourriture pour les SDF et les migrants.

Cet investissement restaure une certaine confiance en soi, grâce au sentiment de faire œuvre utile, tout en augmentant la capacité d’action de l’association. Près de 70,9% des bénévoles sont ainsi satisfaits des missions confiées et 22,7% sont prêts à en faire plus. Ce que résume Mauro de Nantes : «J’ai été aidé par le Secours populaire alors que j’étais en galère ; aujourd’hui j’ai un emploi, ça va bien pour moi.

Être bénévole est une façon de remercier ceux qui m’ont aidé et d’aider à mon tour. » Sa parole fait écho à celle d’Ameur qui trie les primeurs au MIN: « Quand j’étais au chômage, le SPF m’a tendu la main ; à mon tour, maintenant que j’ai obtenu un CDI, de tendre la mienne. » L’ensemble des forces mises en mouvement au Secours populaire : bénévoles, donateurs et partenaires, répond à l’objectif fixé de mondialiser la solidarité.

Christian Kazandjian – Revue Convergence N°349