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Ceux, qui de leur grande voix n’ont cessé de nous vanter le modèle de prospérité britannique, sont les mêmes qui, depuis quelques jours, sont aux avant-postes du dénigrement de ce peuple coupable d’avoir enfreint les bonnes règles de la doxa néolibérale.

La classe ouvrière qui a massivement refusé l’austérité, la désindustrialisation et le chômage, les catégories menacées dans leur protection sociale, leur retraite et leur avenir sont fustigées pour crime de lèse mondialisation capitaliste. Elles n’auraient obéi qu’à leurs « pulsions irrationnelles », à « des fantasmes ».

Les concessions faites à l’Angleterre au fil du temps, jusqu’à celles octroyées il y a quelques semaines par les dirigeants européens à M. Cameron pour lui permettre de gagner son référendum, n’avaient pour seul objectif que de servir le grand business et la place financière de la City.

Nous demandons le respect du vote britannique avec d’autant plus d’insistance que nous n’étions pas pour le Brexit. Ce référendum éludait la question centrale de la responsabilité des politiques austéritaires nationales et européennes dans le rejet de l’Union actuelle.

La droite de Cameron, pas plus que les réponses de l’extrême-droite ne traitaient de ces enjeux. Tous deux ont érigé le nationalisme en solution et fait croire ou laisser croire que l’étranger (les autres états membres et les émigrants) était le fauteur de crise pour mieux camoufler la responsabilité du pouvoir de l’argent.

Nous tendons la main au monde du travail et de la culture d’outre-manche pour qu’ensemble nous puissions inventer d’autres politiques porteuses de progrès pour tous.

Nous savons les inconvénients que peut produire ce vote y compris pour la cohésion du Royaume-Uni. Mais les menaces de représailles proférées sont immondes. Elles visent à punir les Anglais. Elles ont surtout pour objectif d’impressionner les autres peuples européens pour les empêcher de débattre de la signification du vote britannique après celui des Néerlandais, des Grecs, des Français.

Autrement dit, les forces du capital, avec leur mandataire politique et médiatique, ne veulent surtout pas qu’un débat se développe autour d’un projet européen alternatif. Or, c’est bien la question qui est posée !

Une Union européenne qui s’est fixée pour mission d’organiser la concurrence entre salariés, entre pays, de promouvoir la libre circulation des capitaux et des profits vers des paradis fiscaux, celle de travailleurs détachés pour peser sur les droits du travail, d’abaisser les salaires et les niveaux de protection sociale, de marchander la rétention des réfugiés fuyant les guerres et les misères au régime autocratique de Turquie, de mandater une police de «comptables-proconsuls » dans des pays qui ne respectent pas d’absurdes critères de déficits et de dette, cette Union là n’a rien à voir avec une Europe généreuse et protectrice.

Les dirigeants européens actuels gesticulent, palabrent, menacent, pour ne pas changer. Pire, on veut ici renforcer la seule zone euro autour d’un petit groupe de pays, là, comme Mme Merkel, changer les traités pour « renforcer le contrôle sur la politique financière et économique ».

Toutes les solutions envisagées ne visent qu’à servir le capital et à transférer le haut lieu de la finance de la City vers Paris ou Francfort.

Nulle trace des préoccupations populaires dans leurs propositions. Nulle trace d’une quelconque autocritique des politiques passées. On nous disait que c’était l’Angleterre qui poussait vers l’ultralibéralisme. Voici une excuse disparue pour tourner le dos à l’Europe des marchands et de l’argent !

Nous avons la conviction qu’il n’y aura pas de développement européen harmonieux sans que le capital allemand ne consente à partager ses surplus extérieurs au service de la caisse commune, sans une conférence européenne de renégociation des dettes, sans une taxation des transactions financières pour dissuader la spéculation, sans mettre fin à l’évasion fiscale, sans que les quatre-vingt milliards d’Euros que crée chaque mois la Banque Centrale Européenne servent à la production, aux services publics, à l’emploi et à des projets pour la transition écologique.

Par-delà les frontières, les peuples et les jeunesses qui refusent les nationalismes fauteurs de divisions, de tensions, de haine et peut être de guerres, doivent se donner la main, débattre ensemble, interpeller leurs élus nationaux et européens, et initier des forums de refondation de construction européenne. Toutes les initiatives, des plus petites aux plus grandes, sur tout le continent, pourraient converger dans l’exigence d’une conférence citoyenne européenne pour changer l’actuel projet européen. Il s’agit ni plus ni moins, à des millions de voix, d’écrire une nouvelle histoire.

Rien n’est donc plus urgent que de s’atteler à construire une nouvelle Union des peuples et des nations associés, libres et solidaires.


Patrick Le Hyaric – Source