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« Quand je serai élu, je suspendrai l’immigration depuis les régions du monde qui sont historiquement une source de terrorisme contre les Etats-Unis, l’Europe ou nos alliés », promettait lundi Donald Trump, au lendemain de la tuerie d’Orlando qui a fait 49 morts dans un club gay.

Pendant son discours, il a multiplié les attaques contre les musulmans, sans doute les plus violentes depuis le début de la campagne. Une rhétorique qui a suscité une colère inédite de Barack Obama. Le magnat de l’immobilier est coutumier du fait: au lendemain de la fusillade de San Bernardino, il avait déjà demandé «l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux Etats-Unis», jusqu’à nouvel ordre.

«Le problème de fond, c’est que la seule raison pour laquelle le tireur était aux Etats-Unis c’est parce que nous avons autorisé sa famille à venir ici», a attaqué Trump lundi, avant de détailler son ambition d’une politique anti-immigration dirigée contre les musulmans. Se moquant, au passage, de sa rivale Hillary Clinton : «Ecoutez ce qu’elle a dit, la citation exacte : « Les musulmans sont des gens pacifiques et tolérants, et ils n’ont rien à voir avec le terrorisme. »» Ça, c’est Hillary Clinton!»

Lui voudrait au contraire bannir les musulmans du territoire américain. Et tant pis si interdire l’immigration sur des critères religieux ne semble pas réalisable, comme le note Newsweek: « Suspendre l’immigration d’une partie du monde ayant une histoire terroriste pourrait avoir un socle légal, mais quand il affirme que ça fera partie d’une interdiction plus large contre tous les musulmans, sa proposition devient constitutionnellement non viable, selon les juristes. » Jean-François Riffard, professeur à l’École de Droit de l’Université d’Auvergne, confirme qu’« il est bien certain que cette proposition posera un sérieux problème vis-à-vis du premier amendement de la Constitution, qui consacre entre autre la liberté religieuse ».

«Les musulmans savaient»

A grand renfort d’«islam radical», une expression qui divise les candidats à la présidentielle, Donald Trump n’a pas tardé à accuser les musulmans d’être au courant des attaques revendiquées par l’Etat islamique. «Maintenant, la communauté musulmane doit travailler avec nous. Ils doivent coopérer avec les forces de l’ordre et dénoncer les personnes qu’ils savent être mauvaises. Ils le savent. […] Ils savent ce qu’il se passe. Ils savaient que les personnes de San Bernardino étaient mauvaises. Mais vous savez quoi ? Ils ne les ont pas dénoncées. Et vous savez quoi? On a eu des morts, et de la destruction.»

Le discours de Trump a divisé les Américains. Il y a ceux qui sont de fervents admirateurs de sa rhétorique, et ceux qu’elle effraye. Sur Twitter, on lisait aussi bien qu’«interdire l’entrée des musulmans n’empêchera pas ces tueries», que «on a déjà assez de problèmes avec les citoyens qui ont un lien avec l’islam radical. Interdire temporairement l’entrée de plus de musulmans a du sens. Trump a raison.»

Une série de tribunes ont dénoncé dans les médias sa manière d’exploiter le drame d’Orlando pour prêcher sa haine antimusulmans. Vox a par exemple mis en ligne «En tant qu’Américaine musulmane, le discours de Donald Trump me fait peur.» Jennifer Williams s’y inquiète : avec « l’idée que les américains musulmans savent secrètement qui sont les terroristes, il dépeint l’ensemble de la communauté musulmane comme une cinquième colonne – un ennemi sournois qui ébranle secrètement la nation dans laquelle il vit ».

Slate publiait mardi «Trump a déclaré la guerre aux musulmans américains lundi», un article qui affirme que « dans la course à la présidence des Etats-Unis, il y a un homme qui utiliserait le pouvoir présidentiel pour traquer un groupe entier d’Américains ». Parmi les autres tribunes, USA Today publie « La politique d’immigration honteuse du candidat affaiblirait la sécurité des Etats-Unis» et le Washington Post «Trump exploite la tragédie d’Orlando pour salir les musulmans et Obama ».

Obama furieux

«Je n’ai jamais vu quelqu’un s’énerver autant que le Président en répondant aujourd’hui à Trump à propos des musulmans.»

Barack Obama n’avait pas habitué les Américains à des recadrages aussi violents. En réponse aux critiques acides qu’il a reçues de Donald Trump, l’actuel président répondait mardi face aux caméras de télévision : « Critiquer l’administration et moi parce que nous n’utilisons pas l’expression « islam radical », c’est une diversion politique. Ce n’est pas une stratégie ! […] Qu’est-ce ça changerait exactement d’utiliser cette expression ? Est-ce que cela rendrait l’EI moins déterminé à essayer de tuer des Américains ? Appeler une menace par un autre nom ne la fait pas disparaître! »

Donald Trump l’avait également attaqué sur sa responsabilité dans les attaques terroristes de ce week-end, l’accusant de laxisme. Une critique que Barack Obama a eu du mal à avaler. « J’ai sacrifié beaucoup de choses et j’ai travaillé très dur pour protéger les Américains. » Visiblement furieux, il a ajouté : « Nous voyons à quel point ce genre de mentalité et de raisonnement peut être dangereux. »

Hillary Clinton, également visée par le discours de Donald Trump, a renchéri sur Twitter. « Attaquer les musulmans américains est mal, et ça complique notre action pour vaincre le terrorisme. »

La Rédaction, Libération – titre original « Donald Trump accable les musulmans, Barack Obama sort de ses gonds » – Source