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Les arguments d’autorité n’ont donc eu que peu de prise sur nos concitoyens.

Au contraire, ils ont agacé. Manuel Valls commence à s’en rendre compte. Voilà donc le duo exécutif qui change de tactique et s’apprête à céder à toutes les revendications catégorielles, celles-là mêmes qu’il rejetait il y a quelques jours encore. Et ce, dans l’espoir de diviser.

Tant mieux pour les bénéficiaires. Mais quelle piètre image de la politique !

Ce n’est plus seulement le « passage en force », c’est la loi travail « à tout prix » ! Même si le prix en est très élevé. Ce changement de pied du tandem Hollande-Valls souligne l’importance stratégique, pour le gouvernement, de cette loi El Khomri et de son fameux article 2.

L’inversion de la hiérarchie des normes est un peu la mère de toutes les batailles. Ceux qui en douteraient pourront s’en convaincre en lisant l’entretien d’un Pierre Gattaz, ivre de colère, dans Le Monde du lundi 30 mai. Ce n’est plus le président du Medef, c’est le capitaine Haddock traitant les CGTistes de tous les noms. Il ne manque que « bachi-bouzouk ! ».

On mesure les enjeux, et on comprend mieux qui est donneur d’ordre.

Les candides qui croient que la lutte des classes est un concept obsolète, trouveront dans cet accès de fièvre patronal, comme dans l’acharnement du tandem Hollande-Valls, de quoi méditer. L’argument selon lequel la loi El Khomri est d’intérêt général peut à la rigueur s’admettre quand c’est un président de la République qui l’utilise ; il est plus difficile à entendre quand il sort de la bouche du patron des patrons. (…)

Mais le conflit actuel révèle aussi une crise de légitimité de l’exécutif.

Lorsque Manuel Valls nous dit que la loi travail doit passer « parce qu’elle est bonne », alors qu’une forte majorité de Français pense le contraire, que les députés y sont également hostiles, et que la gauche n’en veut pas, on est en droit de se demander au nom de qui il parle.

Du haut de quelle légitimité l’homme qui avait recueilli 5 % aux primaires de la gauche en 2011 peut-il prétendre avoir raison, seul ou presque, contre tous ?

En soi, cet épisode met au centre la question des institutions de la Ve République. Manuel Valls peut évidemment nous répondre qu’il se prévaut de la légitimité du président de la République. Mais est-on certain que François Hollande aurait été élu s’il avait fait campagne sur la loi travail ? (…)


Extrait de l’édito de Denis Sieffert de la revue POLITIS du N° 1406 – Source