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Les éloges pleuvent, à gauche notamment, pour louer l’audace du pape François.

Certes, il pourfend le consumérisme débridé, la domination de la technologie, le rouleau compresseur de la mondialisation. Et avec son encyclique Laudato si’ (mai 2015) prônant une écologie intégrale, le pape François a réussi « un sacré coup médiatique », relève Paul Ariès. « Greenwashing ! », flingue le politologue, orchestré par une Église catholique en perte de vitesse qui cherche à se refaire une santé.

Diable ! Alors que le nouveau pape, à gauche notamment, étonne la planète par son rentre-dedans… Au point que des observateurs jouent à se faire peur : François serait-il marxiste ?

Paul Ariès aime penser à rebours de son sérail. Et il est d’autant plus à l’aise qu’on ne l’étiquettera pas bouffeur de curés. Athée mais fan de la théologie de la libération, il collabore de longue date avec des éditeurs catholiques, dont le progressiste Golias.

Amis de gauche et de l’écologie, vous biberonnerez la prose papale au premier degré !, signifie le politologue. « Ce n’est pas parce que l’évêque de Rome utilise les mêmes mots [que vous] qu’il dit la même chose. »

Dans son pamphlet très documenté, Ariès joue au « vaticanologue » : la nomination de François n’est pas une divine surprise, mais la traduction d’une intention politique en défense d’une doctrine qu’écorne à peine ce renouveau sémantique qui n’a de révolutionnaire que l’apparence : « C’est le pêché, la perte de Dieu », l’éloignement de la « loi naturelle » (définie par l’Église) qui conduit, en dernière instance, à la destruction de la planète, affirme le pape.

Le message de fond : combattons l’IVG, la procréation médicalement assistée (aussi condamnable que les OGM !) et la contraception plutôt que le productivisme ou le capitalisme, traduit le politologue. Sous l’irréfutable appel à sauver la planète, une contre-offensive identitaire.

On pourra lui opposer qu’un raidissement dogmatique de l’Église serait de moindre impact que l’utile onction donnée à la bataille écologique auprès des catholiques. Sauf que parmi ces derniers, ce sont les plus réactionnaires, dans la foulée des Manif pour tous, qui ont saisi la férule, relève le politologue. Limite, « revue d’écologie intégrale » née trois mois après Laudato si’, lance un « décroissez et multipliez-vous ! » fort explicite.

Et l’auteur s’efforce à puiser plus loin l’eau de son moulin. Il explore le passé argentin de Jorge Mario Bergoglio et les réseaux qu’il n’a pas reniés en devenant pape, bien fournis en « légions » ultraconservatrices telles que l’Opus Dei. Dans cette «nouvelle» Église, pas de révision de la science «chrétienne» anti-rationnelle ni d’une doctrine sociale braquée contre la lutte des classes.

Pour Paul Ariès, ce François opportunément adulé ne serait finalement que l’instrument bien peu autonome d’une Curie romaine absolument pas encline à changer de siècle.


La Face cachée du pape François, Paul Ariès, éd. Max Milo, 276 p., 18,90 euros.


Lu par Patrick Piro – Politis – Source