Séparation du Medef et de l’État

Le 20 mai, l’assemblée populaire de Nuit debout, devant le siège du Medef, a lancé un appel à des actions en ce sens, exigeant « le départ du Medef des caisses sociales » et « l’interdiction des tourniquets entre public et privé ».

À l’Unedic ou pour les retraites complémentaires, le « paritarisme » (50 % des voix pour le patronat) donne de fait, on le sait, le pouvoir de décision au Medef, car il se trouve toujours au moins un partenaire syndical complaisant pour signer n’importe quoi. Il faut donc redonner le pouvoir, comme cela avait été décidé en 1945, aux élus des salariés, mais aussi à des représentants des chômeurs et des précaires (pour l’Unedic), des malades et des professionnels (pour l’assurance maladie), etc.

Évincer le Medef des caisses sociales ne servirait cependant à rien s’il restait le véritable décideur à Bercy, lieu névralgique du pouvoir d’État. Car les décisions des conseils d’administration des caisses doivent recevoir l’agrément de l’État. Or, ce dernier est véritablement colonisé par les représentants de la finance.

On sait que le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, nouvelle coqueluche de l’électorat de droite, vient directement de la banque Rothschild. À l’inverse, de l’autre côté du manche, les principaux dirigeants des grandes banques françaises sont quasiment tous des hauts fonctionnaires de Bercy en disponibilité : Frédéric Oudéa (Société générale, ENA 1987), Philippe Bordenave (BNP Paribas, ENA 1980), François Pérol (BPCE, ENA 1990), Alban Aucoin (Crédit agricole, ENA 1990).

Pas moins de 77 énarques peuplent les conseils d’administration et les directions générales des quatre principales banques françaises !

Comment s’étonner alors que l’État français laisse les banques continuer à spéculer avec l’argent des déposants et à travailler dans les pires paradis fiscaux ? Et qu’il ait saboté avec constance le projet européen de taxe sur les transactions financières ?

Il faut en finir avec ces conflits d’intérêts et interdire aux hauts fonctionnaires de pantoufler dans les sociétés du CAC 40. De même, les grands patrons ne doivent plus pouvoir prétendre à des fonctions politiques ou administratives de haut niveau.

Dans ce contexte, la victoire des faucheurs de chaises contre la BNP Paribas, qui a dû annoncer la fermeture de ses filiales dans les îles Caïmans, apparaît comme un formidable encouragement à la mobilisation citoyenne. Les dirigeants politiques se refusent – au nom de la compétitivité de la finance française ! – à sanctionner les banquiers et les intermédiaires qui organisent l’évasion fiscale.

Les actions de blocage et de désobéissance civique apparaissent alors comme un recours à la fois légitime et efficace. Ce n’est pas un hasard si le mouvement contre la loi El Khomri recourt de plus en plus massivement à ces modes d’action. Car « le monde de la loi travail » contre lequel nous luttons, c’est celui de la compétitivité, du productivisme, de la soumission aux actionnaires et au Medef.

Thomas Coutrot Membre du conseil scientifique d’Attac – Lu dans Politis – Source