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C’est en substance la menace mise à exécution par le Parti socialiste la semaine dernière à l’égard de son principal allié de 2012, Europe Écologie-les Verts (EELV).

La formation écologiste avait alors, grâce à un accord avec le PS, envoyé 18 députés à l’Assemblée nationale. « L’écologie libre aujourd’hui fait l’objet d’une tentative d’assassinat organisée de manière délibérée par le président de la République, qui n’a plus qu’une obsession : sa campagne présidentielle », a dénoncé lundi Cécile Duflot, évoquant une « dérive autoritaire inquiétante » et la volonté de François Hollande d’« éliminer tout ce qui existe entre lui et Jean-Luc Mélenchon ».

Les écologistes n’ont certes attendu personne pour s’opposer les uns aux autres sur la ligne politique à tenir, mais la disparition de leur groupe à l’Assemblée nationale a de fait été permise par l’accueil des tenants de la ligne pro-gouvernementale au sein du groupe PS.

Six d’entre eux ont ainsi rejoint celui-ci en prenant la précaution de préciser qu’ils y constituaient une « composante libre de ses positions ». Leur nouveau président, le socialiste Bruno Le Roux, ne s’est cependant pas privé jeudi, en cosignant un communiqué avec François de Rugy, de s’ingérer dans les débats internes des écologistes : « Une dérive sectaire a saisi EELV, concrétisée par le départ brutal et unilatéral du gouvernement », ont noté les deux députés.

Les mêmes développant sans sourciller : « Chacun de nous a conscience de la nécessité impérieuse d’engager un rassemblement des forces de progrès face au danger de la montée de l’extrême droite. Entretenir et cultiver les divisions de la gauche serait plus qu’une erreur : ce serait une faute, une impasse. » Une déclaration qui en dit long : d’une part, c’est sous l’égide d’un PS hégémonique et incarnant la ligne gouvernementale que la gauche devrait se rassembler ; d’autre part, le risque FN devrait couper court à tout débat.

De quoi alimenter la machine à inventer « deux gauches irréconciliables » mise en branle par Manuel Valls et François Hollande, alors même que de plus en plus nombreux sont ceux qui contestent à leur politique le qualificatif de « gauche ». Une guerre que le clan gouvernemental présente à dessein comme fratricide pour mieux mettre au ban de la sphère politique les voix dissidentes et assurer in fine l’hégémonie non pas seulement du PS, mais de la ligne libérale gouvernementale.

D’où, également, le discours repris en boucle ces dernières semaines sur la prétendue absence d’alternative : « En dehors du gouvernement qui est aujourd’hui en place, il n’y a pas d’alternative à gauche. Si je ne suis pas reconduit, c’est la droite ou l’extrême droite qui arrivera au pouvoir », répétait notamment François Hollande au micro d’Europe 1, le 17 mai.

En retour, certains estiment que, avec les dix parlementaires écologistes restés sur le carreau, peut au contraire se présenter l’occasion de raffermir les forces de gauche contestataires de la politique actuelle. Les députés Pouria Amirshahi (ex-PS) et Sergio Coronado (EELV) se sont ainsi dits favorables à la constitution d’un groupe « rose, rouge, vert », et André Chassaigne, chef de file des députés Front de gauche, a laissé la « porte ouverte » à un éventuel rapprochement.

Mais côté frondeurs du PS, Laurent Baumel, s’il « n’exclut rien », a rapporté le Monde, estime non seulement avoir avec les siens « toute (sa) place au Parti socialiste », mais qu’un tel groupe accréditerait la thèse qu’il conteste des « deux gauches irréconciliables ».

Pour autant, la contestation interne qu’il mène avec d’autres députés PS n’est pas, pour l’heure, parvenue à porter ses fruits. Au-delà de l’avenir des députés écologistes orphelins de groupe, le retour à l’Assemblée de la loi travail et l’éventuelle motion de censure de gauche qui accompagnera un nouveau 49-3 pourraient précipiter les choix stratégiques des uns et des autres.

J. H. Source