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Face à une colonisation galopante, qui hypothèque la solution à deux États, et devant l’atonie de la communauté internationale, la campagne BDS s’impose comme une action non-violente et potentiellement efficace.

Juillet 2005. Un an après que la Cour internationale de justice eut jugé illégal le mur construit par Israël sur le territoire palestinien occupé, 171 ONG lançaient un appel mondial au boycott des produits israéliens. Sur le modèle de la campagne qui avait été menée contre l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid, les représentants de la société civile palestinienne appelaient chaque citoyen à faire pression sur leurs États respectifs pour qu’ils appliquent l’embargo économique et culturel.

Un moyen pacifique de lutter contre la colonisation, qui est en constante augmentation depuis 1967. Fin 2015, on comptait en effet environ 547 000 colons en Cisjordanie, dont 196 890 à Jérusalem-Est, où les Palestiniens veulent édifier leur capitale. C’est deux fois plus qu’en 1995 !

Selon un rapport de l’ONG israélienne La Paix maintenant, publié le 28 décembre dernier, le gouvernement israélien prévoit de construire plus de 55.500 nouveaux logements dans des colonies en Cisjordanie, dont plus de 8 300 en zone E1, un secteur stratégique qui relie Jérusalem-Est à la colonie de Ma’ale Adumim.

Développer les colonies dans cette zone permettrait à l’État hébreu de couper la Cisjordanie en deux. « En empêchant toute continuité territoriale palestinienne, le gouvernement de Benjamin Netanyahou torpille la solution à deux États, estime Taoufiq Tahani, président de l’Association France-Palestine solidarité. C’est sa stratégie depuis le début. »

En 1979, déjà, le plan de colonisation Drobless, initié par le premier gouvernement de droite de Menahem Begin, projetait d’encercler les villes de -Cisjordanie. Le plan semble avoir fonctionné puisque les six principales agglomérations cisjordaniennes (Zone A), sous autorité palestinienne depuis les accords d’Oslo en 1993, sont isolées les unes des autres.

Autour de Ramallah, capitale administrative de l’Autorité palestinienne, les constructions de logements continuent. En juillet dernier, le Premier ministre israélien avait annoncé la construction immédiate de 300 logements dans la colonie de Beit El, située à quelques kilomètres au nord de la capitale administrative palestinienne.

Un encerclement concrétisé également par la construction, depuis 2002, de ce qu’Israël nomme pudiquement « barrière de séparation ». Un « mur d’apartheid », pour les Palestiniens, étendu sur plus de 700 km et incluant plusieurs grands blocs de colonies israéliennes. Bien qu’il ait été jugé illégal par la Cour internationale de justice et l’Assemblée générale de l’ONU, sa construction progresse.

En avril dernier, les travaux ont repris dans la vallée de Cremisan, à Beit Jala. Une fois le mur construit, cinquante-huit familles seront privées des terres qu’elles cultivent.

Un moyen pour le gouvernement israélien d’annexer de nouveaux territoires, mais aussi de relier les deux colonies de Gilo et d’Har Gilo. Israël est accusé d’établir de nouvelles frontières de fait. Selon l’ONU, le tracé du mur se trouve à 85 % en Cisjordanie, isolant 9,4 % du territoire palestinien.

Atonie de la communauté internationale

Ces infractions au droit inquiètent certes la communauté internationale, qui ne cesse de les condamner. En octobre 2015, par la voix de son porte-parole John Kirby, le secrétaire d’État américain John Kerry avait exprimé, de façon toute diplomatique, son « inquiétude face à la tendance actuelle sur le terrain, y compris cette violence et les activités de colonisation en cours […] de nature à mettre en danger la possibilité de parvenir finalement à une solution à deux États ».

Lors de sa rencontre avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le mois dernier, la chancelière allemande Angela Merkel avait quant à elle affirmé qu’elle comprenait « pourquoi le président Abbas demande continuellement le soutien du Conseil de sécurité des Nations unies ». Des condamnations de principe qui ne procèdent d’aucune volonté coercitive.

Depuis 1967, des centaines de résolutions de l’ONU ont condamné la politique coloniale et discriminatoire des gouvernements israéliens successifs. En 2015, l’Assemblée générale des Nations unies a mis en débat vingt résolutions contre la colonisation israélienne. Toutes ont été adoptées.

Pourtant, pas une seule d’entre elles n’a été appliquée depuis 1967. « Le gouvernement de Benjamin Netanyahou se sent de plus en plus pressé par la communauté internationale. Il veut donc grignoter un maximum de terrain en construisant de nouvelles colonies pour peser dans les négociations futures », commente Taoufiq Tahani. « Israël fait dire ce qu’il veut au droit, ajoute Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques à l’université de Cergy-Pontoise. En tant que puissance occupante, il ne se soumet pas au droit international mais à ses propres procédures juridiques. »

Des résolutions qui restent lettre morte ou qui se heurtent au veto américain. Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU vote une résolution « Règlement pacifique de la question de Palestine » qui demande à Israël de se retirer des territoires occupés depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, et de régler le problème des réfugiés palestiniens.

Chaque année, cette résolution est approuvée par la plupart des pays du monde, à l’exception des États-Unis. Depuis 1967, Washington a utilisé son veto plus de cinquante fois pour s’opposer à des résolutions condamnant Israël. « Le lobby pro-israélien est très présent au Congrès américain. C’est pour cette raison qu’aucun président n’a osé aller à l’encontre des exigences du gouvernement israélien », souligne Taoufiq Tahani.

Une initiative française rejetée par Israël

Les tentatives, par l’ONU, de processus de paix s’accompagnent de celles de la communauté internationale. États-Unis, Norvège, France… Nombreux sont les pays qui ont lancé des « initiatives de paix ». En 1993, les accords d’Oslo, signés par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin sous l’égide des États-Unis, ont fait illusion, surtout en raison de la symbolique de la poignée de mains entre les deux dirigeants sous le regard tutélaire de Bill Clinton. Ils prévoyaient d’établir les bases d’une autonomie palestinienne à l’intérieur des frontières de 1967.

Un texte qui n’a, lui non plus, pas été respecté par Israël puisque, entre 1993 et les accords de Camp David en juillet 2000, le nombre de colons est passé de 115 000 à presque 195 000. Autant de tentatives diplomatiques qui se solderont finalement par le déclenchement de la seconde intifada en 2000, après l’échec de la négociation de Camp David. « Les États-Unis et l’Europe ne veulent pas vraiment résoudre ce conflit. Ils ne sont pas prêts à faire pression sur Israël, dont ils sont les protecteurs historiques », analyse Jean-Paul Chagnollaud.

Pourtant, le gouvernement français a récemment annoncé qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères d’une vingtaine de pays se tiendrait à Paris le 30 mai en vue de préparer un sommet international sur le conflit israélo-palestinien avant la fin de l’année. Une initiative diplomatique que le gouvernement de Benjamin Netanyahou s’est empressé de rejeter, affirmant préférer s’en tenir à des discussions directes.

« Puisqu’Israël n’applique pas le droit et ne veut   pas discuter, le boycott apparaît comme le seul moyen de protestation aujourd’hui », estime Jean-Paul Chagnollaud.

Dans cette affaire, le droit est bafoué en permanence, et il n’y a pas de gendarme. Rien ne sera obtenu sans que des pressions s’exercent sur Israël. Les États s’y refusent. Même si l’Union européenne a pris quelques dispositions gênantes pour Israël en décidant l’étiquetage des produits issus des colonies. Une toute petite contribution au boycott… La société civile a pris le relais.

Margaux Mazellier – Politis – Source