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En un peu plus d’une semaine, Arnaud Montebourg est passé d’un reportage télévisé où le « petit entrepreneur retiré de la politique » faisait mine de fuir la caméra, à un appel en bonne et due forme qui a tout l’air d’un lancement de campagne.

Entre-temps, un ou deux portraits bien sentis dans la presse, quelques fausses indiscrétions lâchées par ses amis frondeurs, et le tour est joué ! Enfin presque.

Car l’ascension vers l’Élysée tient davantage de la course himalayenne que de la promenade sur les sentiers du mont Beuvray. (…).

…  Arnaud Montebourg, devrait le savoir : la France change. Le pays qu’il faut convaincre n’a jamais été aussi divers et aussi peu « gaulois ». Voilà pour les effets d’image. (…)

C’est donc bien de définition du périmètre de la gauche qu’il s’agit. La question du degré de divorce avec l’exécutif ne se pose d’ailleurs pas seulement à Arnaud Montebourg. Elle se pose aussi aux communistes et aux écologistes. À supposer qu’il aille loin sur les chemins escarpés de la campagne présidentielle, le candidat Montebourg gênera bien sûr François Hollande, dont la stratégie était « personne entre moi et Mélenchon ». Mais il gênera aussi, et peut-être plus encore, Mélenchon. Le fondateur du Parti de gauche n’a d’ailleurs pas tardé à réagir dans un entretien au Journal du dimanche.

Plutôt diplomatiquement d’abord, avec un hommage au talent de l’ancien ministre de l’Économie. Plus véhémentement ensuite, en pointant sa « versatilité ». Un reproche auquel le trop vague discours de Montebourg au mont Beuvray n’aura pas répondu. Son anaphore en douze points destinée à définir la gauche avait des allures d’auberge espagnole. (…)

Les électeurs de gauche auront rapidement besoin d’en savoir beaucoup plus sur ce « projet alternatif pour la France » promis par l’ancien ministre. On sait notamment Montebourg en délicatesse avec l’écologie. Est-il toujours partisan du gaz de schiste ? Et du nucléaire ? Mais une inconnue lui échappe – comme d’ailleurs à tous les candidats -, qui risque de troubler les plans les mieux établis. C’est évidemment le climat social d’une extrême volatilité. La mobilisation contre la loi El Khomri prend ces jours-ci une autre tournure. Celle d’une conjonction de mouvements en apparence catégoriels.

Les dégâts que ce texte provoquerait sont tels que tous les salariés ont à y perdre. Et François Hollande a soufflé encore un peu plus sur les braises mardi matin sur Europe 1. « Je ne céderai pas », a-t-il lancé, bravache, (…)

Denis Sieffert – Politis (Extraits) – Source