Julien Bellver, les indiscrétions sur canal+, c’est lui !

L’ambitieux co-rédacteur en chef de Puremedias.com est détesté de l’homme d’affaires breton suite à ses nombreuses révélations sur le groupe Canal+.

On imagine la scène : Vincent Bolloré, confortablement assis dans son bureau de bon matin, un thé ou un café (africain) dans une main, des feuilles fraîchement imprimées dans l’autre. Sont-ce les chiffres d’audience de Canal+, groupe dont il est le président depuis la rentrée 2015 ? Son dernier avis d’imposition ?

Rien de tout ça : ces papiers sont les articles publiés chaque jour par Julien Bellver sur Puremedias.com. Le journaliste, également corédacteur en chef de ce site web consacré à l’actualité des médias, a eu vent de l’histoire. Il s’en amuse presque : « C’est pas très écolo de faire ça ! »

En permanence dans les coulisses du groupe Canal

Il est comme ça, Julien Bellver. Rien ne semble l’atteindre. Dans un petit café du Xe arrondissement, il traîne sur Twitter ou joue machinalement avec la cuillère accompagnant son allongé. Un geste fébrile, tranchant avec le calme de sa voix et la clarté de son propos.

“C’est quelqu’un sûr de ses convictions”, assure son ami Julien Mielcarek, cofondateur d’Ozap, l’ancêtre de Puremedias. Et sa certitude, en ce moment, c’est que le “feuilleton Bolloré” à Canal+ est “hyper excitant”. Alors, quitte à provoquer le courroux de l’homme d’affaires le plus célèbre de France, il a décidé d’en dévoiler les coulisses.

Les révélations sur l’éventuel arrêt des Guignols dès juin 2015, c’était lui. La volonté de Bolloré de se débarrasser de I-Télé, encore lui. Et ça continue, encore et encore, paf, sans prévenir, une “info puremedias.com” sort.

Une école de commerce après le bac

Pour Benoît Daragon, l’un de ses quatre collègues, rien d’étonnant à cela : “Il est la personne qui a les meilleures sources à Canal.” De quoi, pour son grand plaisir, devancer régulièrement les services de communication de la chaîne. Comment cet homme plutôt frêle et sympathique, à la dégaine d’adolescent propre sur lui, est-il devenu l’un des reporters les mieux informés sur l’antenne cryptée et, a fortiori, l’un des “plus détestés” de Vincent Bolloré ?

“Gamin, déjà, je ne ratais pas un 20 heures”

Plutôt qu’à enquêter sur Canal, ses études initiales le destinaient à y travailler comme analyste financier ou chef de projet. Né à Béziers en 1982, il fait une école de commerce après son bac. Son appétence pour les médias est déjà bien présente.

“J’ai toujours adoré la télé. Gamin, déjà, je ne ratais pas un 20 heures.” Mais, hormis un blog personnel sur le sujet, il n’ose pas se lancer. “Ça me paraissait inaccessible. Mais un jour, je me suis dit que c’était con de ne rien tenter, donc j’ai passé les concours d’écoles de journalisme.”

Ce sera l’IPJ, à Paris. Issu de la classe moyenne (un père employé chez EDF, une mère secrétaire), il fait son cursus en alternance afin de payer ses frais de scolarité. Son employeur d’alors est Oracom, un groupe de presse spécialisé dans le high-tech, son autre passion.

Des piges pour RTL, TPS Star ou encore I-Télé

A la fin de ses études, en 2004, il devient rédac chef. “Je suis parti en 2007, j’en avais fait le tour.” A l’époque, il pige en parallèle pour imedias.biz, une plate-forme consacrée aux médias. Près de dix ans plus tard, le site s’appelle Puremedias, il en est le corédacteur en chef mais aussi l’actionnaire. Mais le jeune homme a posé ses baskets blanches dans d’autres salles de rédaction.

“On a des taupes un peu partout”, plaisante-t-il

Piges pour RTL, TPS Star ou encore I-Télé : Julien Bellver passe d’un médium à l’autre avec aisance. De ses différents jobs, mais surtout de son expérience à L’Edition spéciale de Canal+, entre 2008 et 2010, en tant que journaliste pour la chronique médias de son amie Anne-Elisabeth Lemoine, il tire un réseau tentaculaire.

“On a des taupes un peu partout”, plaisante-t-il. Des sources qu’il contacte ou bien qui, souvent, l’appellent spontanément. “Puremedias  est devenu une référence.” Ça lui plaît pas mal. “Il a toujours aimé être le premier sur l’info, c’est quelqu’un qui a envie de réussir. C’est aussi lié à sa personnalité : quand il met son pied dans la porte, il ne le retire pas”, raconte Julien Mielcarek.

Des relations tendues avec le service com de Canal

De son propre aveu, la majorité des informations qu’il publie seraient “données en off par les animateurs”. Les mêmes qui, depuis l’arrivée de Bolloré à Canal+, ne donnent plus d’interview à Puremedias. Exit, aussi, les invitations de Julien Bellver à s’exprimer sur les plateaux de la chaîne. Adieu, enfin, au grand entretien avec Bolloré dont il rêvait.

Les relations avec le service communication du groupe se sont tendues. “On s’engueule pas mal avec eux.” Mais ça, Julien Bellver “s’en fout” : “Je n’ai pas d’amis ‘décideurs’ dans le milieu, donc me fâcher avec quelqu’un m’importe peu. Il ne faut pas que Puremedias soit partisan.”

Tout le monde n’est pas de cet avis : dans les couloirs de la chaîne cryptée, certains lui reprochent un manque d’objectivité dès lors que ses papiers concernent ses proches, d’autres de ne pas respecter les embargos réclamés par les chaînes pour certaines infos. Benoît Daragon, lui, le décrit comme un journaliste exigeant, “qui nous pousse toujours à chercher des infos et des angles”.

Une absence de challenger sérieux

Il s’amuse de son caractère explosif : “Ça m’arrive de le voir au téléphone avec les attachés de presse, il monte, il monte ! Mais, trois semaines plus tard, c’est oublié. Nos révélations ne font pas forcément plaisir, mais c’est notre boulot.” 

Un travail facilité par l’absence de challenger sérieux, comme l’explique un ancien rédacteur en chef du Grand Journal : “Jean-Marc Morandini étant annoncé sur I-Télé à la rentrée, il la joue soft sur son blog sur la dégringolade de la chaîne.”

Il poursuit : “Puremedias se retrouve donc sans réel concurrent dans son travail sur les coulisses de cette année difficile pour Canal+.” D’ailleurs, là-bas, Julien Bellver ne fait pas forcément l’unanimité : il est “craint” par certains ou bien “agace… mais ça, c’est la marque des bons journalistes”.

“Un bosseur qui a toujours plein d’idées” pour Thomas Hugues

Car peu remettent en cause la qualité de son travail. Pour Daniel Schneidermann, journaliste spécialisé dans la critique des médias et fondateur d’Arrêt sur images, Puremedias est un “bon site sur l’actu des médias, réactif et professionnel”.

Thomas Hugues, son confrère à Médias Le Mag – programme TV où Julien tient une chronique depuis deux ans –, décrit un “bon camarade, un bosseur, qui a toujours plein d’idées et plein d’infos”. Il y a quelques semaines, l’arrêt de l’émission était annoncé dans la presse. Pour une fois, Julien n’était pas le premier à le dévoiler.

Amélie Quentel – Les Inrocks – Source