La France échoue à diriger les négociations climatiques à l’ONU

Dans un courrier adressé le 29 avril à la ministre de l’environnement Ségolène Royal, qui préside au nom de la France la Conférence sur le climat ou COP21, le secrétaire général des Nations unies annonce qu’il va confier ce poste à la Mexicaine Patricia Espinosa (1).

Une désillusion de plus pour l’ambassadrice et chef négociatrice française Laurence Tubiana, qui semblait très bien placée pour succéder à la Costaricaine Christiana Figueres, en dépit du ralliement tardif de l’Elysée autour de sa candidature. (…)

Parité

Au siège de l’ONU à New York, on confirme que Laurence Tubiana figurait également dans la « short list », mais on insiste surtout sur le principe qui aurait orienté le choix de Ban Ki-moon. « Le renouvellement à la tête de la CCNUCC était lié à celui à la tête du Programme des Nations unies pour l’environnement [PNUE] et le secrétaire général tenait à respecter la règle de l’équilibre Nord/Sud entre ces deux postes, précise cette source diplomatique. Puisque le choix s’est porté sur le Norvégien Erik Solheim pour diriger le PNUE, il convenait de désigner un représentant du Sud à la tête de la CCNUCC. »

L’argument barrait, de facto, la route à toute candidature d’un pays du Nord, dont celle de Laurence Tubiana ou encore celle du Hongrois Janos Pasztor ou de l’Allemand Jochen Flasbarth, qui ambitionnaient eux aussi d’occuper ce poste. Quelques diplomates se sont manifestés également dans les rangs des pays en développement, notamment le négociateur chinois Su Wei et l’ancien coprésident des débats préparatoires à la COP21, l’Algérien Ahmed Djoghlaf, mais ils se sont heurtés à un autre critère cher, semble-t-il, à Ban Ki-moon, la parité.

En désignant un homme pour succéder à Achim Steiner à la direction du PNUE, les Nations unies ont fait le choix de porter une femme à la tête de la CCNUCC. (…)

Tribulations de la postulante française

Dans cette course au meilleur curriculum vitae, Laurence Tubiana et Patricia Espinosa, toutes deux auditionnées par un panel d’experts onusiens puis par Ban Ki-moon, tenaient la corde… jusqu’à l’ultime arbitrage du secrétaire général. « Pour obtenir un poste comme celui-ci, il faut faire campagne, et Laurence Tubiana a manqué de temps », confie l’entourage de la négociatrice en référence aux tribulations de la postulante française, lâchée dans un premier temps par François Hollande et Ségolène Royal, puis repêchée in extremis par l’exécutif à la suite de l’intervention de plusieurs personnalités, dont Nicolas Hulot, qui ont su convaincre le chef de l’État du bien-fondé de cette candidature. (…)


Roger Patrick, Le Monde (extrait) – Source 


  1. Patricia Espinosa actuelle ambassadrice du Mexique en Allemagne – où siège la CCNUCC, à Bonn – est surtout connue pour sa présidence réussie de la conférence climat de Cancun en 2010 (la COP16), un an après l’échec de Copenhague.