Foutage de gueule

Visiblement, lorsqu’il lance son « Hé oh la gauche ! », un peu comme s’il taquinait un vieux pote assoupi, Stéphane Le Foll, le saint Sébastien du hollandisme, ne songe pas à tous ces manifestants. Ni même à ceux qui ne sont pas dans la rue mais qui n’en pensent pas moins.

Il les ignore, et c’est bien le problème.

Car elle est pourtant là, sous ses yeux, la gauche vivante, dans les manifestations spontanées, dans les cortèges syndicaux, ou avec les jeunes (et moins jeunes) de Nuit Debout, à ce point éveillés qu’ils ne se couchent plus… Si ce n’est pas ça, la gauche, alors qu’est-ce que c’est ?

Croit-on vraiment que ce sont les cinq cents happy few réunis un lundi soir dans un amphi de fac de médecine pour entendre un monotone panégyrique gouvernemental ? On se demande quel communicant zélé a eu l’idée saugrenue de filer ainsi la métaphore du sommeil.

Nos concitoyens ne dorment pas ; ils sont en colère.

Ils n’ont besoin ni de clairon, ni de tocsin, ni de sermons culpabilisateurs, mais d’une autre politique. Convenons, hélas, que c’est un peu tard. On sent bien ici ou là que le discours se gauchit, mais personne n’est dupe. Nous entrons en campagne. Et les amis de François Hollande ne le font pas de la façon la plus habile. Car ce « Hé oh la gauche » est finalement moins une interpellation qu’une tentative, pour ceux qui le lancent, de se requalifier en hâte au sein de la gauche. À rebours de tout ce qui a été dit et fait depuis le début du quinquennat.


Edito (Extrait) de Denis Sieffert – Politis – Source