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Patrick Drahi est, contrairement à Pierre Gattaz, un patron heureux. Il vient d’aller l’avouer aux étudiants de l’école Polytechnique, cet établissement public sous tutelle du ministère de la Défense.

Certes, il était hors de question pour ce grand capitaine d’industrie, à la tête d’une dette abyssale de 50 milliards, de désavouer le président du MEDEF en public ; alors il a cru bon de déclarer : « Ce dont nous avons besoin en France, c’est de simplifier. Vous ne pouvez pas imaginer la complexité de gérer des emplois en France. »

Si la France est un cauchemar pour les patrons, on peut aller investir dans de véritables paradis : « Tenez, a-t-il dit dans un moment d’extase, on aura bientôt 20.000 collaborateurs aux Etats-Unis, où on a racheté deux entreprises. Ils savent qu’il y a des personnes en trop. Eh bien, ils se sont réunis entre eux pour définir qui resteraient. Je n’ai jamais vu cela. C’est cela dont nous avons besoin en France. »

Les salariés américains sont vraiment sympathiques avec les patrons ! Et compréhensifs. Ce n’est pas en France qu’on verrait cela ! Mais comme Drahi ne pratique pas la langue de bois, il avoue par-là que la loi El Khomri, qu’il appelle de ses vœux est bien destinée à faciliter les licenciements.

Que faisait donc Drahi à Polytechnique le mardi 19 avril dernier ?

Il y a certes étudié en 1983 en intégrant parfaitement les formations de reproduction des élites, mais il était surtout venu recueillir les remerciements des dirigeants (et des étudiants) pour un don de 5 millions d’euros, qui a permis de bâtir le Drahi X Novation Center (Au passage, on remarquera la modestie du personnage).

Pour la direction de l’Ecole, « Nous sommes une école d’ingénieurs et les projets se développent avec une base d’innovation technologique. Le bâtiment comprend un vaste espace de prototypage mécanique et électronique avec des imprimantes 3D et des fraiseuses électroniques permettant de créer des prototypes jusqu’à des préséries. Comme nous souhaitons accompagner le jeune de son projet de startup à sa création, nous avons lancé en avril un accélérateur qui s’appelle XUP. Sur 6 mois, renouvelable une fois, nous accompagnons une promotion de projets, soit une douzaine. Dans l’accélération, le tutorat est essentiel et le mentoring permet d’aller chercher dans le réseau de l’école des experts business ou scientifiques pour accompagner les jeunes. Enfin, il y aura la pépinière pour les startups les plus matures et un espace de coworking au cœur du bâtiment qui sera ouvert sur l’extérieur pour favoriser les échanges. »

Drahi avait déjà versé 2 millions d’euros à l’X ; si bien qu’avec ce nouveau don, il est devenu le mécène le plus généreux (loin devant Bébéar) et cela mérite bien d’avoir son nom au frontispice du Drahi X Novation Center.

 Cette générosité permet de faire oublier que Drahi est exilé fiscal en Suisse et qu’il a déménagé sa holding, Altice, aux Pays-Bas pour bénéficier des avantages dignes d’un paradis comme le Panama.

En contrepartie de ce mécénat, le patron de SFR-Numéricâble, BFM TV, Libération, L’Express, entre autres, espère que le gouvernement ne sera pas trop regardant et ne viendra pas lui créer des ennuis à propos de son « optimisation fiscale ».

Aujourd’hui, Patrick Drahi a donc tout pour être heureux ; il a réussi à mettre à ses pieds le gouvernement et une grande école républicaine, qui n’a d’autre choix que de se retourner vers les financements privés.

Quant à ses affaires, elles prospèrent grâce aux facilités d’endettement qui lui sont consenties et aux licenciements subis par ses salariés.

Michel Diard – Source