Réparer le cerveau

Après avoir opéré pour éviter la mort, puis pour prévenir certaines maladies, les neurochirurgiens interviennent aujourd’hui pour restaurer les fonctions cérébrales détruites… jusqu’à faire marcher les paraplégiques demain ?

Aider les personnes tétraplégiques à retrouver une « mobilité » de leurs membres paralysés, en leur apprenant à contrôler leur activité cérébrale : science-fiction ? Non ! En France, un éminent spécialiste s’y emploie : le Pr Alim-Louis Benabid.

Avec son équipe du CEA-Leti/Dinatec de Grenoble, il a entrepris de mettre au point une interface cerveau-machine recueillant les signaux électriques sur le cortex et les renvoyant par radio vers un boîtier de commande extra-cérébral. De sorte à pouvoir contrôler le mouvement du système d’aide directement « par la pensée », grâce à une carapace motorisée externe (ou exosquelette).

D’autres neurochirurgiens explorent plutôt la possibilité de détecter les signaux au niveau des muscles en s’appuyant sur la plasticité neuronale (1), pour permettre à des amputés d’ordonner à leur fauteuil roulant d’avancer, de commander une machine à café ou un bras articulé.

Stimuler plutôt que détruire les circuits neuronaux ?

Le Pr Benabid est surtout connu pour être le père de la stimulation cérébrale profonde (SCP). Cette chirurgie permet d’avoir un effet thérapeutique réversible ou modulable, sur une lésion irréversible et évolutive. Une électrode est placée dans le cerveau, puis connectée à un stimulateur électrique installé sous la peau et fonctionnant en continu. Contrairement aux techniques lésionnelles, elle ne « casse » pas les circuits neuronaux impliqués dans une pathologie donnée.

D’abord appliquée chez les personnes atteintes d’un tremblement essentiel, la SCP a été étendue aux malades parkinsoniens, à ceux atteints de dystonie, de troubles obsessionnels du comportement (TOC) ou encore de dépression. Elle est testée sur d’autres maladies neuropsychiatriques, telles certaines addictions, l’anorexie mentale…(2)

Problème : appliquée à la maladie de Parkinson par exemple, la SCP n’empêche pas la maladie dégénérative de se poursuivre.

Qu’à cela ne tienne : le pionnier Benabib continue les recherches et pense utiliser une stimulation par infra-rouge pour traiter le processus dégénératif. Autre problème : mettre une électrode dans le cerveau coûte cher et est très invasif. D’où la résurgence des techniques lésionnelles (ex.: ultrasons) pour modifier le dysfonctionnement d’un circuit qui n’a pas disparu. D’autant que les gestes des patriciens ont gagné en précision : ils sont plus sélectifs et efficaces.

Intervenir avec une invasivité minimale et de manière personnalisée

En chirurgie du cerveau, la tendance étant à l’invasivité minimale, de nouvelles modalités d’intervention sont étudiées. Comme la radiochirurgie, qui permet d’éviter d’ouvrir la boîte crânienne, les risques infectieux ou hémorragiques dus à l’introduction de matériel, l’anesthésie générale. Elle consiste à irradier une zone du cerveau de façon très fine, dans des conditions dites stéréotaxiques (3)

Ses indications ? Des lésions bénignes ou malignes (malformations vasculaires, tumeurs, métastases …). Elle offre de surcroît la possibilité de personnaliser le traitement À l’instar de la chirurgie à patient éveillé. Reste également à prouver que cette autre technique apporte un véritable plus pour restaurer les fondions cérébrales.

Reste à progresser sur d’autres voies thérapeutiques tels les greffes neuronales ou le génie génétique. Ainsi que sur la connaissance du cerveau elle-même, un organe très complexe recelant encore bien des secrets. Les NBIC (nanotechnologie, ingénierie biologique, informatique, sciences cognitives) vont y aider.


Séverin Bounhol – Revue Valeurs Mutualistes N° 301 – Avril 2016


  1. Mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier par des apprentissages.
  2. Non sans controverses
  3. En une seule séance. Une sorte d’anneau est fixé sur le crâne pour localiser au millimètre près la zone du cerveau lésée, puis définir la trajectoire balistique nécessaire.

Cet article est issu en grande partie du « 9e congrès » de la « Fondation de l’avenir » s’étant tenu le 8 décembre 2015. fondationdelavenir.org