La loi sur la prostitution stigmatise la sexualité féminine

Ex-actrice porno devenue réalisatrice, Ovidie s’oppose depuis deux ans à la pénalisation du client, votée cette semaine par les députés. La féministe pro-sexe explique ce qui la révolte dans cette lutte contre la prostitution.

En quoi la loi sur la pénalisation des clients de prostituées vous indigne-t-elle ?

Ovidie – Je me place du point de vue de la pute, pas du client. Au début des débats, Causeur avait sorti le manifeste des 343 salauds, en prônant la liberté sexuelle, certains avaient parlé d’androphobie. Moi je m’en fous du client, l’intérêt premier c’est celui des putes. Ça va les marginaliser, ce qui n’est jamais bon quand on parle de sexualité. La prostitution continuera d’exister, elle sera juste cachée.

Est-ce que vous êtes d’accord avec les associations et les prostituées opposées à cette réforme, qui la qualifient de “moralisatrice” ?

On en a fait une loi pour ou contre la prostitution, un débat idéologique. Qu’est ce qu’on fait pour améliorer leur quotidien, pour les aider ? Ce qui me pose problème dans ce débat, c’est qu’on n’ait pas écouté les concernées. 98% des prostituées se sont dit opposées à la pénalisation. On les infantilise, on les stigmatise. On part du principe qu’elles sont aliénées et ne s’en rendent pas compte, parce qu’elles sont stupides ou irresponsables. Pendant les deux ans de débats, il y a eu des manifs, des interventions. C’est le même problème pour d’autres choses comme le voile : il y a une catégorie de féministes qui décide de ce qui est bon pour les femmes.

Cette stigmatisation est-elle visible dans tous les métiers liés au sexe ?

Tous les métiers du sexe sont hyper marginalisés. L’activité d’actrice porno est légale mais il y a des zones floues, des choses pas claires. Du coup, les actrices ne sont pas suffisamment protégées. Plus on a une posture idéologique, plus on s’éloigne du terrain, du concret. Quand j’étais actrice X, des féministes avec qui je militais m’ont dit que j’étais soumise et que je ne m’en rendais pas compte. Quand ça sort des clous, c’est une parole qu’on ne veut pas entendre.

Qu’est-ce que cela révèle, selon vous, du rapport de notre société à la sexualité ? 

Dans toutes les campagnes abolitionnistes, on parle de la soumission de la femme. Je passe deux fois par jour au bois de Boulogne, il n’y a pas que des femmes, il y a une prostitution masculine. On n’en parle pas du tout. Pareil pour le porno. Quand il est hétéro, ça fait bondir les féministes mais le porno gay, rien. Le fond du problème, c’est la stigmatisation de la sexualité féminine. Si une femme a trop de rapports dans sa vie, c’est une salope, alors si elle se fait payer en plus…

Les débats autour du sexe divisent depuis longtemps les mouvements féministes… 

Dans les années 80, ce qu’on appelle les “Feminist Sex wars” ont donné naissance au féminisme pro-sexe. C’était un affrontement entre abolitionnistes et militantes pro-sexe. Pour les dernières, la prostitution et la pornographie allaient de toutes façons continuer à exister, il valait mieux que les travailleuses du sexe prennent les choses en main. Les pro-sexe reprennent l’idée première du féminisme: notre corps nous appartient. On peut être asexuel ou être une pute et avoir dix clients par jour, peu importe. Aucune femme ne doit être stigmatisée pour ses choix sexuels.

Comment voyez-vous l’évolution du féminisme ? Est-ce qu’aujourd’hui il y a plus de militantes pro-sexe ? 

Avec le féminisme 2.0, sur twitter, les blogs, la dénonciation du “slut shaming”, les militantes évoluent, même si elles ne se déclarent pas toutes pro-sexe. Il y a 10 ans, c’était quasiment impossible de parler de porno féministe ou d’aller écouter des travailleurs du sexe. On nous traitait tout de suite de traitresse. Quelque chose s’est décoincé.


Propos recueillis par Sirine Azouaoui pour les Inrocks – source

4 réflexions sur “La loi sur la prostitution stigmatise la sexualité féminine

  1. isoptech 12/04/2016 / 16:32

    La prostitution sera toujours dans toutes nos sociétés au même titre qu’un docteur ou autre. alors au lieu de taxer les clients, l’état devrait mettre autant d’énergie à emprisonner les proxénètes et a éradiquer les mafieux sexuels ; a accorder un statut social aux travailleuse-eurs du sexe, et surtout leur permettre de travailler en toutes tranquillités.

  2. fanfan la rêveuse 12/04/2016 / 22:35

    Les maisons closes ont été fermées, mais n’étaient elles pas finalement un lieu de protection et de suivie pour ces dames, car réglementé ? !
    Ce métier a toujours existé, il est, il me semble nécessaire pour le bon fonctionnement de notre société. Je pense même qu’il y aurait moins de femmes exploitées et maltraitées si ce mode de fonctionnement était encore en place. Peut-être y aurait-il aussi moins d’agressions sexuelles. Tout le monde y trouverait son compte finalement.
    Il faudrait m’expliqué qu’elle est l’intérêt de pénaliser ce commerce ? Il serait temps d’arrêter de se voiler la face…

    • Libre jugement - Libres propos 13/04/2016 / 11:33

      Oui, je rappel que les femmes exerçant dans un appartement sont inassujetties a l’impôt sur le revenu (basé sur quoi d’ailleurs) et sur l’impôt immobilier. Manquerait plus la taxe de séjour et la pénalisation des clients …. Et les Madame Claude ont de tous temps été bien utiles en accomplissant les « exigences » des « grands » de ce monde, de passage a Paris … pour le « plus grand intérêt de la République », bien sûr … Hypocrisie de certains et de beaucoup d’autres ….

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