SNCF : Scandales – 4 (Fin)

Autrefois fleuron français, la compagnie nationale souffre désormais d’une très mauvaise réputation auprès des usagers.

Le prix du désengagement de l’État

83 % des Français interrogés par le CLCV, en 2013, considèrent les tarifs de la SNCF comme trop élevés. Un paradoxe, compte tenu des objectifs affichés par la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces mauvais résultats s’expliquent par les tarifs pratiqués sur les lignes à grande vitesse. Rentables et non subventionnées, elles ont longtemps servi à financer des activités déficitaires, comme les trains Corail ou le fret.

L’État s’est aussi longtemps payé sur la bête en récupérant environ 30 % des bénéfices sous forme de dividendes, comme le ferait un actionnaire privé. Cette pratique est aujourd’hui révolue, car la rentabilité des lignes à grande vitesse s’est amoindrie du fait de la concurrence des avions à bas coût, du covoiturage et désormais des cars. Les trains du quotidien (TER, Intercité), eux, restent largement abordables grâce à des subventions couvrant les trois quarts du prix des billets.

Second constat : la tendance générale des tarifs est à la hausse à cause de l’augmentation constante des droits de passage que la branche en charge des infrastructures (SNCF réseau) fait payer à la branche en charge des trains (SNCF mobilité). Ces hausses atteignent un niveau tel en 2016 que le gendarme du secteur, l’Arafer, les a jugées illégales début mars.

Cela n’arrange pas les comptes de SNCF réseau, en grande difficulté pour gérer la dette de 42 milliards d’euros héritée d’une époque où l’État lui imposait la construction de lignes nouvelles sans lui accorder les subventions correspondantes. Et ce gouffre financier se creuse aujourd’hui avec l’explosion des coûts d’entretien (+ 17 % en 2016) liés au vieillissement des lignes à grande vitesse. Or, l’État ne suit pas suffisamment. « Il manque un milliard d’euros » pour faire face à la dépréciation du service, juge la Fnaut, association d’usagers des transports. À défaut, les billets continueront d’augmenter.


Le car, une « concurrence déloyale »

L’heure est au développement tous azimuts de l’autocar. Les compagnies privées s’arrachent des parts de marché depuis la libéralisation du secteur en 2015 et la SNCF les privilégie en remplacement de ses lignes secondaires. Outre les arguments parfois fantaisistes que les défenseurs de la route ont mobilisés pour vanter ses avantages, il s’avère surtout que ce mode de transport est le plus rentable.

Le rail souffre même d’une « concurrence déloyale », jugent les associations de consommateurs : pour faire passer un train, la SNCF loue le rail sous forme de péage, alors qu’un car ne paye pas – ou peu – les routes, largement entretenues sur les deniers publics. La SNCF doit aussi s’acquitter d’une taxe destinée à financer les lignes les moins bénéficiaires, et qui ne concerne pas les compagnies de cars privées. Et cette taxe augmente en 2016 de 29 % pour faire face aux besoins.

L’avion aussi bénéficie d’un régime de faveur. Il est exempté de taxe sur le kérosène, ce qui représente une économie de 40 € par billet pour un voyage intérieur, soit 1,2 milliard d’euros par an, selon une estimation du Réseau action climat.


Des gares désertes ou fermées

Fini le chef de gare qui a le temps d’avaler un œuf coque entre deux trains dans cette vieille publicité pour la SNCF… Il n’y a parfois plus de chef dans les gares. Voire plus de personnel du tout. Les automates ont largement remplacé les guichets. Et des boutiques SNCF ferment leurs portes sous prétexte de vente en ligne. On peut encore acheter un billet, entre des distributeurs de confiseries et de café, sur une borne bien peu « intelligente », surtout en cas de problème. Quand la gare n’est pas complètement fermée.

Il y aurait 1.920 gares non exploitées sur 6.442, selon la plateforme de données publiques data.gouv. « Stop à la fermeture des gares et des guichets de vente. Stop à la réduction des horaires de nos gares », proteste depuis le 22 janvier une pétition des syndicats CGT, CFDT, SUD Rail, et Unsa de la Côte d’Azur. Dans cette région « qui n’est pas un désert », treize gares sont menacées de fermeture ou perdent des agents et des vendeurs. La SNCF prévoit 1.400 suppressions de postes en 2016, et 10.000 d’ici à 2020.


Ingrid Merckx – Olivier Doubre – Erwan Manac’h – Vanina Delmas, Politis – Source (Extrait)