Un chemin entre Capitalisme-libéralisme et Socialisme-Marxisme.

C’est une affaire entendue : si on le laisse faire, le capitalisme ira au bout du bout. Jusqu’à l’effondrement de la civilisation – qui a d’ailleurs déjà commencé. «L’économie verte» est une escroquerie, car aucun secteur du capital n’abandonnera la logique de la croissance et de l’accumulation sans limites. Mais y a-t-il une alternative au capitalisme ?

Depuis le fameux « Tina » (There is no alternative) de Mme Thatcher et la chute du mur de Berlin, la réponse est négative pour la plupart des gens. Le socialisme est identifié à l’étatisme et donc à la pénurie ou au goulag.

Pourtant, depuis longtemps – bien avant Thatcher et Gorbatchev –, des théoriciens marxistes hétérodoxes ont travaillé sur des schémas de socialisme démocratique dont l’économie serait efficace sans être gouvernée ni par l’État ni par le marché. Ces travaux ont substantiellement progressé dans les années 1990 et 2000, proposant des modèles stimulants et cohérents d’économie alternative [1].

Une économie où la puissance publique et les marchés joueraient un rôle actif, car ils sont des mécanismes indispensables à la coordination économique, mais où les grandes orientations seraient décidées non par la bureaucratie d’État ni par les forces du marché, mais par la délibération démocratique à tous les niveaux.

Socialisme autogestionnaire, socialisme de marché, planification participative… Aucun des termes proposés par les auteurs en question ne s’est pourtant imposé dans le débat public. Et si les initiatives d’économie solidaire fleurissent, ses acteurs ne disposent pas d’un paradigme théorique susceptible de la constituer en candidate à porter une alternative globale.

Plus récemment, « l’économie des communs » a montré l’efficacité d’organisations où la délibération des parties prenantes se révèle un mécanisme de décision plus efficace au plan économique, mais aussi social et écologique, que l’État ou le marché [2]. De passionnantes expériences « d’entreprises autogouvernées [3] » montrent aussi l’émergence d’un modèle d’organisation radicalement démocratique et hyper-efficace. Mais, là encore, les analyses se limitent à des secteurs spécifiques (les communs naturels, ceux de la connaissance, des entreprises pionnières), sans que se dégage pour l’instant le projet d’une alter-économie régulée par le principe du commun ou de l’auto-gouvernement.

L’heure est sans doute venue pour les économistes critiques de proposer un tel paradigme alternatif. Et puisque des mots nouveaux sont importants pour signaler l’émergence de la nouveauté, peut-être pourrait-on adopter le terme percutant de « délibéralisme », récemment proposé par Éric Dacheux et Daniel Goujon [4]. Car seule la délibération démocratique peut servir de principe régulateur pour sortir du capitalisme néolibéral en fondant une économie authentiquement humaine.

Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique d’Attac – Titre original de l’article « En avant vers le délibéralisme ? » – Source


  1. Démocratie contre capitalisme, Thomas Coutrot, La Dispute, 2005.
  2. Le Retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Benjamin Coriat (dir.), Les liens qui libèrent, 2015.
  3. Reinventing Organizations, Frédéric Laloux, Éd. Diateino, 2015.
  4. « Les promesses théoriques des recherches sur les initiatives solidaires : l’exemple du délibéralisme », Revue française de socio-économie, n° 1-2016.