Et si le travail avait un sens ?

La transition écologique et sociale crée des emplois.

De variable d’ajustement économique et boursier, l’emploi est devenu variable d’ajustement politique. Le projet de loi El Khomri « chosifie » le travail et le déchoit à un point sans doute rarement atteint. Ce projet est non négociable tant il contient l’effondrement des valeurs démocratiques et la jungle de l’emploi.

Cependant, il l’est aussi pour une autre raison majeure : si la globalisation économique et financière ainsi que le productivisme ont accéléré la destruction des emplois, la perte du sens du travail et de sa dignité, la dangerosité, nous savons que des alternatives existent.

C’est pourquoi le discours néolibéral, « esclave ou chômeur », tout comme celui de quelques économistes de cour, dont Jean Tirole, « les fragiles contre les nantis », est à nu. Il n’y a plus grand-chose à espérer de ce côté-là ! Et il y a à gagner ailleurs. Les mobilisations sociales qui s’annoncent, amplifiées par les multiples réseaux sociaux, par tous ceux et celles qui savent qu’ils « valent mieux que ça », en témoignent.

Les expertises citoyennes se multiplient, notamment dans le domaine de la transition écologique et sociale. Elles en montrent les bienfaits sur l’emploi, sur la qualité et le sens du travail. Elles ruinent l’instrumentalisation patronale et gouvernementale de supposées contradictions insurmontables entre politique écologique, politique de l’emploi, politique sociale. Ces expertises ont certes à être affinées, mais elles sont devenues un sujet majeur pour nombre de mouvements sociaux et écologistes.

Pourquoi ne pas reprendre et réactualiser les évaluations du scénario négaWatt pour la transition énergétique ? Ses effets nets sur l’emploi, par rapport au scénario tendanciel, ont été évalués en 2013 par l’économiste Philippe Quirion : en prenant les estimations les plus basses, c’est plus 235.000 emplois en 2020, plus 439.000 en 2025, et plus 632.000 en 2030 [1].

Ou bien des évaluations locales ?

Une étude citoyenne, au Pays basque nord [2], a chiffré à 10.000 environ les emplois climatiques qui pourraient être créés d’ici à 2030, sans compter le partage du travail et la couverture d’autres besoins. Le Manifeste pour l’emploi régional dans le Nord-Pas-de-Calais/Picardie [3] évalue, en prenant la fourchette basse, la création possible de 65.000 à 90.000 emplois d’ici à 2030 pour la seule transition énergétique et climatique.

D’ici à 2020, c’est au moins 49.500 emplois qui seraient ajoutés et 25.000 sauvegardés. L’association Terre de liens en Normandie a, quant à elle, inventé un convertisseur permettant de transformer les volumes annuels de nourriture consommés en volumes à produire, en surface agricole utile à mobiliser, en nombre de paysans et de filières alimentaires de proximité : en vingt ans, le nombre de paysans pourrait doubler.

Ce sont là des exemples et des voies pour faire face à la brutalité des destructions en cours et pour restaurer les codes d’un travail respectueux de la dignité des personnes et de la durabilité de la Terre.


Geneviève Azam Membre du conseil scientifique d’Attac. – Source


  1. www2.centre-cired.fr/IMG/pdf/CIREDWP-201346.pdf
  2. www.bizimugi.eu/wp-content/uploads/2015/04/WEB.Etude-10-000-emplois-climatiques-en-Pays-Basque-nord.pdf
  3. manifestevf.pdf