Trump n’a peut-être pas « encore » gagné l’investiture.

Le Parti républicain est désormais prévenu. Donald Trump ne restera pas inerte s’il vient à la direction républicaine l’idée de le priver de l’investiture.

Ce cas est envisageable s’il remporte la course sans pour autant obtenir les 1 237 délégués requis. « Je pense que vous auriez des émeutes, je représente un nombre énorme… des millions de gens », a déclaré le milliardaire sur CNN, mercredi 16 mars. Pour donner la mesure de son poids politique nouveau, M. Trump a, par ailleurs, contraint la chaîne conservatrice Fox News à annuler le débat qu’elle avait prévu d’organiser le 21 mars entre les trois candidats républicains restants.

Le magnat de l’immobilier (auteur de la fermeture de plusieurs casinos qu’il avait érigé et organisateur de combat de catch) avait fait savoir qu’il n’entendait pas s’y rendre, et qu’il avait par ailleurs « assez débattu ». Le calcul d’un coup de théâtre lors de la convention de cet été est, en revanche, peut-être celui que fait le gouverneur de l’Ohio, John Kasich.

Ce dernier a privé mardi M. Trump d’un nombre substantiel de délégués, du fait de l’application de la règle du winner-take-all (« le gagnant rafle tout »), en l’emportant, pour la première fois, dans son propre Etat. Dans son discours de victoire, le gouverneur a assuré être capable d’obtenir l’investiture républicaine et promis de continuer sa campagne « jusqu’à Cleveland », la ville de l’Ohio qui accueillera la convention chargée d’introniser le candidat républicain pour la présidentielle du 8 novembre.

Cette conviction se heurte pourtant à la brutale réalité des chiffres. Son succès dans l’Ohio n’a pas comblé l’écart considérable qui sépare M. Kasich de M. Trump, en termes de délégués (143 contre 673), pas plus qu’il ne devrait remplir ses caisses. C’est parce qu’il a considéré qu’aucun candidat modéré ne s’imposait d’emblée dans la course à l’investiture républicaine que M. Kasich s’est porté sur les rangs. Il a été épargné jusqu’ici par la colère qui secoue la base républicaine et qui a poussé successivement en dehors de la course Chris Christie, Jeb Bush et finalement Marco Rubio. Mais sa longue carrière au Congrès, à Washington, puis dans une banque d’affaires et, enfin, à la tête de l’Ohio en fait l’archétype de l’« insider » expérimenté rejeté invariablement par l’électorat qui soutient les actuels favoris, M. Trump et le sénateur du Texas, Ted Cruz.

Agacés par son maintien qui gêne ce dernier, autre adversaire du milliardaire, des républicains s’efforcent d’ailleurs d’empêcher M. Kasich de concourir en Pennsylvanie, un Etat voisin du sien. Les soutiens du gouverneur restent enfin maigres et symptomatiques de son décalage avec l’actuel centre de gravité du corps électoral républicain, si on prend l’exemple de son ancien collègue de l’Ohio, John -Bœhner. Cet ancien speaker de la Chambre des représentants a justement été poussé à la démission en septembre 2015 par une rébellion interne. En théorie, le sérieux et la pondération de M. Kasich ainsi que son expérience sur les dossiers de défense et de politique étrangère pourraient convenir pour épauler M. Trump sur un « ticket » présidentiel. Mais le magnat de l’immobilier s’est jusqu’à présent totalement affranchi de ce genre de considérations.

Paris Gilles, Le Monde – Source