Des circuits courts bons pour les paysans et les classes populaires

Qui a dit que les produits bio vendus en circuits courts étaient réservés aux couches aisées de la population ?

À Saint-Étienne, « De la ferme au quartier » prouve qu’on peut rémunérer le travail paysan et rendre possible l’accès des classes populaires à leurs produits.

« Nous ne sommes pas un intermédiaire, mais mandataires des paysans », explique Georges Günther, un des fondateurs de la structure « De la ferme au quartier », à Saint-Étienne. Dans cette ancienne ville minière qui a connu la fermeture d’entreprises de métallurgie bien connues, permettre aux classes populaires de consommer des produits locaux et parfois issus de l’agriculture biologique est un défi.

Au premier abord, De la ferme au quartier a tout d’une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Les paysans livrent leurs produits sur la plateforme située dans le quartier du Technopole, à deux pas du légendaire stade Geoffroy-Guichard. Les consommateurs qui se sont engagés à prendre des « paniers » (en réalité, un assortiment de fruits et légumes, œufs, viande, produits laitiers…) viennent les chercher ici ou dans d’autres points de la ville aussi divers qu’une association protestante, une librairie musulmane, une amicale laïque ou un centre social.

Marianne et Thierry Reynaud, qui élèvent une centaine de brebis et font paître quelques vaches normandes dans la campagne stéphanoise, glissent dans les paniers leurs yaourts au lait de brebis bio, que les consommateurs dégustent pour 3,70 euros les six. Entre les marchés où ils passent une bonne demi-journée et le travail sur l’exploitation, Marianne se satisfait de la méthode de « De la ferme au quartier », structure qui a pu créer deux emplois, permettant aux agriculteurs de venir seulement à tour de rôle proposer les produits. Les autres tâches (conditionnement, fléchage des paniers, facturation) sont prises en charge par les deux salariés.

Et pour rien au monde, Marianne et Thierry ne souhaitent revenir dans les griffes de la grande distribution. En produisant foin et céréales pour l’alimentation de leurs bêtes sur la ferme, en transformant leur lait et en vendant leur production en circuits courts, ils estiment se protéger des mauvaises surprises sur les prix, en amont comme en aval. Même s’il peine à dégager deux salaires mensuels, Thierry avoue que la crise du lait et de la viande les touche moins.

Permettre aux paysans d’être rémunérés correctement – tout en ne leur mobilisant pas un temps précieux dont ils ont besoin pour leur exploitation – est rendu possible grâce au système de « taux de participation aux frais de fonctionnement » mis en place par De la ferme au quartier. Au moment de l’inscription, le consommateur renseigne son quotient familial. En fonction de sa tranche, un pourcentage de participation s’ajoute au montant du panier. C’est ainsi qu’avec un quotient familial inférieur à 450 euros, le consommateur ne paiera pas de frais, quand d’autres ayant un quotient familial supérieur ou égal à 1 301 euros ajouteront 20 % du prix de leur commande.

Georges Günther précise que le taux de participation moyen est de 10 % avec une tendance à la baisse. La structure donne aussi la possibilité de régler en plusieurs fois. De la ferme au quartier a aussi constitué un groupement d’achats qui permet de faire venir périodiquement des produits d’un peu plus loin et en grande quantité. Ainsi, un accord passé avec un producteur d’huîtres de Vendée a permis aux adhérents stéphanois d’en déguster pour les fêtes à 6,61 euros la douzaine. Un prix qui convient au producteur comme au consommateur.


Informations pratiques : De la ferme au quartier, 2, rue Bénévent, 42000 Saint-Étienne, tél. : 04 77 73 15 08, e-mail : alimentation.solidaire@gmail.com


Olivier Morin – Humanité Dimanche – Source