Le Royaume-Uni : un cas de nombrilisme aggravé

Le Royaume-Uni devrait enfin se rendre à l’évidence que l’époque de sa grandeur est révolu et qu’il a besoin de l’Union européenne pour exister, estime ce journaliste britannique.

David Cameron cherche désespérément à convaincre son Parlement que le projet d’accord proposé par l’Union européenne [lire ci-dessus] prévoit les “changements importants” qu’il avait promis d’introduire dans la relation du Royaume-Uni avec l’Europe.

Mais indépendamment des concessions qu’il obtiendra et de l’adhésion ou non de son parti à l’accord, la Grande-Bretagne se considère comme un pays à part, supérieur à l’Europe, comme si elle lui faisait une faveur en restant membre de l’UE. Cette position repose sur l’idée fausse de l’exception britannique, un cas de nombrilisme aggravé.

L’arrogance britannique

Penchons-nous sur la Grande-Bretagne telle que l’Ukip [Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni] l’envisage après la sortie de l’Union européenne : “Une Grande-Bretagne confiante, fière, dont l’identité nationale repose sur notre héritage judéo-chrétien et sur nos immenses ressources naturelles.” Cette définition exclut d’emblée tout individu ne pouvant être aisément identifié comme d’origine britannique. La mention de l’héritage judéo-chrétien fait manifestement référence aux Britanniques blancs d’Europe de l’Ouest. Ceux qui, à gauche, proposent une sortie de l’UE n’imaginent même pas à quoi ressemblerait la Grande-Bretagne : elle deviendrait un pays inculte, nationaliste, isolationniste, fermé à tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule historique.

L’arrogance britannique vient du fait que le pays a dû lutter pour se faire une place dans le monde au lendemain de l’Empire et des deux guerres mondiales qui ont marqué la première moitié du XXe siècle. Cette période a vu les Etats-Unis accéder rapidement au rang de puissance impériale dominante, dotée de la plus grosse armée et possédant la plus grande part des richesses mondiales. L’importance relative de la Grande-Bretagne a fortement décliné, même si le pays conserve un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Bref, nous ne sommes plus dans la cour des grands et nous pourrions même être prochainement relégués avec les petits.

Le pays idéalise l’époque de sa “grandeur”

Depuis que le pays a relativement peu de poids dans l’arène internationale, nous avons tendance à idéaliser l’époque de sa “grandeur” et à vouloir nous la réapproprier. En réalité, il n’y avait bien sûr que les élites au pouvoir qui bénéficiaient des richesses coloniales, comme c’est toujours le cas. Les gens ordinaires, dont beaucoup adhèrent aujourd’hui à des partis comme l’Ukip ou à la campagne pour sortir de l’UE, ne menaient pas vraiment grand train. Qu’est-ce qui soutient vraiment l’économie et améliore le niveau de vie des citoyens ordinaires ? L’immigration.

La meilleure preuve de notre manque d’assurance quant à l’importance de la Grande-Bretagne est l’insistance sur la “relation privilégiée” que le pays entretient avec les Etats-Unis. M. Cameron ne se tient plus de joie quand Barack Obama l’appelle “mon frère” [dans un entretien avec The Mail on Sunday le 4 janvier 2015, le Premier ministre britannique déclarait que le président américain l’appelle des fois “bro”, qui se traduit par “mon frère”].

Cette crise identitaire est la raison pour laquelle on tend à exagérer le rôle joué par la Grande-Bretagne dans la fin du fascisme, ce qui suscite parfois des critiques réalistes sur les liens que le gouvernement britannique conserve avec certains des régimes les plus autoritaires du monde. Le Premier ministre a employé ce genre d’argument fallacieux quand Vladimir Poutine a qualifié la Grande-Bretagne de “petite île”, ce qui, il faut bien l’admettre, correspondait tout à fait à la réalité.

Une Grande-Bretagne isolationniste

Beaucoup de gens, influencés par des discours simplistes et des statistiques truquées, imputent à l’UE la responsabilité de leurs problèmes, attribuant à l’immigration européenne le manque d’emplois et l’instabilité économique du pays. Mais si la Grande-Bretagne sort de l’Union, ces problèmes risquent de s’aggraver au lieu de s’atténuer.

La migration en provenance de l’UE n’est pas un facteur d’insécurité. C’est l’économie néolibérale, soutenue et encouragée par notre gouvernement, qui est responsable de ces problèmes structurels. L’Union européenne a beaucoup de défauts, mais, à bien des égards, elle représente une meilleure option qu’une Grande-Bretagne isolationniste, raciste et coupée de la réalité que produirait un Brexit. Il est temps que notre pays accepte la place qu’il occupe dans le monde, et en Europe.

Les réformes proposées

Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, a annoncé le 2 février quatre réformes qui répondent aux demandes de David Cameron.

  • D’abord, il propose un mécanisme de “frein d’urgence” pour limiter les aides de l’État aux travailleurs migrants de l’Union européenne pour quatre ans maximum.
  • Deuxièmement, le texte prévoit des garanties pour le Royaume-Uni – en dehors de la zone euro – pour lui permettre de contester des décisions prises par l’eurogroupe qui pourraient être contraires aux intérêts de la City de Londres.
  • Troisièmement, il prévoit un “carton rouge” qui permettrait aux parlements nationaux d’opposer leur veto aux propositions de loi européennes, à condition qu’ils représentent plus de 55 % du total des sièges (soit 16 parlements sur 28).
  • Enfin, l’accord permettrait au Royaume-Uni d’être exempté d’“une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens”, une phrase qui figure dans le préambule du Traité de Lisbonne.

Les États membres devraient valider le texte proposé par M. Tusk lors du Conseil européen des 18 et 19 février. Le cas échéant, le référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne pourrait avoir lieu le 23 juin.


Amit Singh Courrier international Source lecture – Source anglaise original www.independent.co.uk


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