Wauquiez en Auvergne/Rhône Alpes : Les chômeurs et leur Formation

Malgré son bruyant boycott de la réunion gouvernementale sur l’emploi début février et sa volonté de financer son budget par des économies, le président LR d’Auvergne-Rhône-Alpes négocie en coulisse avec L’état pour obtenir des fonds pour sa région.

« La région n’est pas une zone autonome, il ne peut pas refuser de participer à un plan institutionnel par pure idéologie. » La bruyante absence de Wauquiez le 2 février a éclipsé la présence à ce même rendez-vous d’Etienne Blanc, son vice-président délégué aux finances, chargé de représenter le conseil régional. Lequel tempère les ardeurs de son chef : « Laurent Wauquiez n’a pas voulu claquer la porte au nez du gouvernement et du Président, mais exprimer la situation de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Former, ce n’est pas idiot, mais il n’y a pas que ça. Ce n’est pas un non, c’est une apostrophe », explique-t-il à Libération.

L’invective vise avant tout à entretenir le rapport de forces. Car son véritable objectif n’est pas tant cette question de l’emploi et de la formation brandie à longueur de médias que le coup de pouce budgétaire que Wauquiez réclame à lÉtat.

La semaine précédant l’invitation à Matignon, Manuel Valls avait rencontré chacun des treize présidents de région. Le 26 janvier, c’était le tour de Laurent Wauquiez. Juste après avoir pesté sur le plateau de Bourdin, il est reçu en tête à tête par le Premier ministre. Il lui demande une « prime de fusion » de 100 millions d’euros et une rallonge de 120 millions au titre d’investissements routiers. « On a dit non à la prime, on étudie la deuxième demande », indique l’entourage de Valls, précisant que cette réunion a été « la plus courte de tous les présidents de région ».

Sans réponse satisfaisante sept jours plus tard, Wauquiez décide de bouder la photo de famille régionale convoquée autour du Premier ministre. Et charge Etienne Blanc d’une piqûre de rappel à Matignon : « J’ai eu quelques minutes en aparté avec Manuel Valls, raconte le vice-président aux finances. Il m’a dit qu’il allait lui répondre. »

En Auvergne-Rhône-Alpes, le taux de chômage reste inférieur à la moyenne nationale (9,1 % au troisième semestre 2015, contre 10,2 % pour l’ensemble du pays). Mais après une année de stabilité, il vient de repartir légèrement à la hausse. Et près de la moitié des emplois créés l’année dernière dans la région sont des postes d’intérimaires.

Pour résorber le chômage, Wauquiez mise sur l’arsenal libéral : déréglementation des heures supplémentaires, négociées au cas par cas dans chaque entreprise ; allongement de la durée légale du travail pour un passage aux 42 heures, voire aux 45 heures hebdomadaires. [C’est bien du Wauquiez dans le texte- MC]

« Ce n’est même pas ce que demande le Medef, qui n’est pourtant pas modéré sur l’affaire, s’exclame le socialiste Jean-François Debat. Là encore, il y a confusion des genres : en tant que président de région, il n’a pas le pouvoir d’influer sur le temps de travail des salariés ».

La seconde piste de Wauquiez – les grands travaux – dépend en partie de la rallonge financière qu’il attend de l’État, déjà engagé au titre du contrat de plan État-région (CPER) 2016-2020 à hauteur de plus d’un milliard d’euros pour Rhône-Alpes, de 377 millions pour l’Auvergne. Dans la grande région, « il y a de très gros dossiers d’infrastructures, porteurs d’emploi, sur lesquels la majorité précédente ne voulait pas aller », estime Etienne Blanc.

En premier lieu, le projet de l’A45 reliant Lyon à Saint-Étienne, destiné au « désenclavement » de la métropole stéphanoise. Si la « revitalisation » de la deuxième ville d’Auvergne-Rhône-Alpes était bien mentionnée dans le précédent CPER, le chantier de l’autoroute, lui, « n’a jamais fait partie » du nouveau plan, pointe Jean-François Debat : « Ce projet épongerait la moitié du budget du volet transports, de toute façon dédié au retard très important à combler sur le ferroviaire. S’en remettre à exiger de l’argent de l’État, c’est tout simplement puéril. » Ou pour le moins contradictoire de la part du nouveau président de région, qui se vantait dès la première assemblée plénière, le 28 janvier, d’avoir réalisé « en à peine plus de trois semaines […] d’ores et déjà 27 millions d’euros d’économies […] sur le train de vie des élus et de la collectivité. »

Darnault Maïté, Libération (Extrait) – Source