Emmanuel Macron, remisé au second rôle !

Emmanuel Macron venait tout juste de porter sur les fonts baptismaux, non sans difficultés, sa loi pour la croissance et l’activité. Le ministre de l’économie s’était immédiatement projeté vers un nouveau vaisseau législatif baptisé « Nouvelles Opportunités Économiques » (#noé), dont il présentait solennellement l’architecture, le 9 novembre 2015. Cela ne se présentait pas encore comme un projet de loi mais se voulait une réflexion globale sur les mutations technologiques et les indispensables transformations -– sociales, financières, économiques, d’usage – qu’elles appellent.

Ainsi jetait-il les bases de « l’esprit de #noé », comme son entourage a pris l’habitude de le qualifier. « Une sorte d’Odyssée », expliquait le ministre, appelant experts et entrepreneurs à embarquer avec lui.

Le calendrier, tel qu’il le concevait, était arrêté : une première série de propositions mi-décembre, un deuxième point d’étape début janvier et un projet de loi présenté fin janvier en conseil des ministres.

Le « Macron 2 » s’annonçait alors comme un nouvel objet protéiforme, brassant large. « Je porterai une série de réformes qui permettront d’innover plus vite dans tout un tas de secteurs économiques, avec des simplifications normatives, annonçait-il le 18 novembre lors des États de la France. Et d’innover plus facilement avec des autorisations plus simples, des ouvertures d’accès aux données, y compris les données d’intérêt général, et des simplifications d’accès au capital ». Il se disait déterminé à « accélérer l’effort » pour « moderniser le pays ».

Las, fin 2015, les choses se compliquent pour le ministre de l’économie. Après avoir adressé au président de la République et au premier ministre un premier bloc de propositions, il fait le forcing pour piloter ce chantier. Mais la question du véhicule législatif fait l’objet d’un arbitrage qui ne le favorise pas. Officiellement, un choix « technique ».

Trois textes sont dans les tuyaux : celui de M. Macron, la réforme du code du travail portée par la ministre Myriam El Khomri et le projet de loi sur l’éthique et la transparence financière préparé par le ministre des finances, Michel Sapin, qui doit également comporter des dispositions économiques.

Un choix politique. Un de trop, estime Matignon : ce ne sera pas possible de faire adopter trois textes de cette ampleur au Parlement avant l’été. Le « Macron » va devoir être hébergé sur les deux autres véhicules.

Le choix, en réalité, est aussi politique : l’exécutif n’a pas envie de s’offrir un nouvel épisode d’affrontement avec sa majorité alors que, pour une partie d’entre elle, il fait encore figure d’épouvantail et de chantre de la dérégulation. La séquence politique suivante – celle du remaniement – ne tournera pas plus en sa faveur.

E. Macron souhaite une extension du périmètre de son ministère. Certains rêvent même pour lui d’un grand ministère de l’économie et des finances. Peine perdue : le casting de Bercy reste inchangé. « Il y a toujours cinq ministres à Bercy, c’est ça, la cohérence et la continuité », se félicite M. Sapin, dont les rapports tendus avec son collègue du troisième étage sont de notoriété publique. Que restera-t-il, au final, du « Macron 2 » dans les projets de loi qui doivent être présentés en mars au conseil des ministres.

(…) L’avant-projet de Mme El Khomri a été transmis au Conseil d’État mais la partie visant à assouplir les règles du licenciement économique, évoquée dans la presse, n’y figure pas.

Le ministre de l’économie [E. Macron] organiserait-il en sous-main les fuites pour tenter de forcer les arbitrages ? «  C’est sa méthode habituelle », fait remarquer un de ses collègues au gouvernement.

(…) … [du coté de M Sapin] sur un texte initial qui comporte une cinquantaine d’articles, elle ne devrait en occuper qu’une dizaine. « Il s’agit de dispositions que j’ai moi-même du mal à comprendre », note M. Sapin. Un des principaux points porte sur l’adaptation des niveaux de qualification, notamment pour les métiers de l’artisanat. « Il existe des dizaines, voire des centaines d’activités soumises à qualification obligatoire sans que ce soit justifié », estime M. Macron.

Le ministre voudrait en outre modifier le régime de la micro-entreprise et tripler les seuils d’activité, actuellement fixés à 32.900 euros de chiffre d’affaires annuel pour les services et 82.200 euros pour la vente de marchandises. Ce qui suscite une vive opposition de l’Union professionnelle artisanale (UPA) et non moins de réticences de la part du ministre des finances.

(…) … voilà [Emmanuel Macron] contraint, de fait, à un second rôle, ce qui n’est pas dans son tempérament. (…)


Roger Patrick, Le Monde (Extrait) – Source