Étiquettes

, , , , , , , , ,

Voilà le type d’article qu’il vaut mieux connaitre mais qui laisse trop de questions de côté pour être totalement crédible. Toutefois pour rester fidèle à mon engagement de « porter » à la connaissance du plus grand nombre, des articles pouvant interpeller, je « poste » celui-ci. MC

La gauche au second tour, ils y croient encore.

Un comité d’organisation de la primaire vient d’être créé par des citoyens engagés. Mais qui sont-ils ?

Quelques jours après la publication de l’appel pour une primaire à gauche lancé, entre autres, par Daniel Cohn-Bendit (lire aussi notre entretien), Yannick Jadot, Marie Desplechin ou Thomas Piketty dans Libération, un mail a commencé à circuler dans les réseaux de gauche. “40 intellectuels appellent à une primaire de gauche ? Nous, citoyennes et citoyens, répondons : OK, nous l’organisons !”, lisait-on.

Le 24 janvier, le comité d’organisation de la primaire de gauche voyait ainsi le jour sous forme de site internet. Son objectif : réunir les fonds nécessaires pour que le scrutin ait lieu, dans l’idéal en novembre 2016. A l’origine de ce projet, Caroline De Haas, Elliot Lepers et Arnauld Champremier-Trigano, soit une déçue du PS, un jeune geek passé par EE-LV et l’ex-directeur de la communication de Jean-Luc Mélenchon en 2012.

Conjurer le sort pour 2007

Comment en sont-ils arrivés là ? Tout a commencé par un dîner chez Caroline De Haas, il y a plus d’un an, à Paris. Autour de la table, d’anciens militants des principaux partis de gauche, réunis par le sentiment d’avoir été bernés par François Hollande, cherchent un moyen de conjurer le sort d’ici 2017. L’ambiance est morose, le désarroi partagé, mais l’affranchissement des frontières partisanes panse quelques plaies : “Une génération de jeunes militants de gauche se parle, elle exprime son besoin de reprendre la main sur le cours des choses, se souvient Caroline De Haas. On a tous 30 ou 35 ans, ça fait quinze ans qu’on milite, et la situation ne s’est pas améliorée. Il faut agir.” 

Rien ne laisse présager que cette réunion informelle aux allures de cellule de soutien psychologique va être le point de départ d’un comité d’organisation capable de décider du sort de la gauche en 2017. Pourtant, quelques mois plus tard, en juin 2015, un courriel signé Caroline De Haas atterrit dans les boîtes mail des convives. La mailing-list s’est élargie à d’autres activistes recrutés via les réseaux de cette militante aguerrie. “A force d’échanges informels à l’occasion des diverses et nombreuses mobilisations du moment, nous sommes quelques-uns et unes à se dire qu’il serait temps de se voir pour mettre nos idées en commun et – peut-être ? – construire quelque chose ensemble”, lisent les destinataires.

“Organisons une primaire pour que la conscience de gauche ne disparaisse pasCaroline De Haas

Ils se retrouvent le soir prévu dans les locaux d’Egalis, groupe d’experts en matière d’égalité femmes-hommes dont Caroline De Haas est la directrice associée. L’ex-militante socialiste, qui a fait la campagne de Martine Aubry aux primaires du PS en 2011, mène la danse : “Le problème est le suivant : Duflot et Mélenchon sont en train de se préparer pour 2017. Si la gauche part divisée, elle sera incapable de faire émerger ses thématiques dans l’espace public et elle laissera donc le champ libre à la droite, à l’extrême droite et à François Hollande. Organisons donc une primaire, pour que la conscience de gauche ne disparaisse pas.” 

La tignasse ébouriffée de Julien Bayou, quatrième pilier de la bande, n’est jamais très loin lors de ces réunions. Ce jeune militant aux multiples casquettes, cofondateur de Génération précaire, Jeudi noir et Sauvons les riches, désormais porte-parole d’EE-LV, observe avec attention les convergences citoyennes à l’œuvre autour de l’idée de primaire de gauche.

Ayant connu Elliot Lepers lors de la campagne d’Eva Joly en 2012 et Caroline De Haas dans les luttes féministes, il a immédiatement soutenu leur projet, y compris de l’extérieur : “Je devais faire en sorte que mon parti adhère à cette idée.” A ses yeux, “la primaire sert d’accélérateur de l’histoire, c’est-à-dire qu’elle peut précipiter la recomposition de la gauche.”

Un coup d’arrêt dû aux attentats

Dans un coin de la salle, Fatima-Ezzahra Benomar, 31 ans, cofondatrice de l’association féministe Les Effronté-e-s, est d’abord réticente : la primaire ne fait-elle pas le jeu de la personnalisation du pouvoir ? Ne renforce-t-elle pas les travers des institutions de la Ve République ? La jeune femme, qui a fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2012 et qui se dit toujours “de sensibilité Front de gauche”, s’y résout pourtant.

“Le Front de gauche est pris dans des querelles internes, EE-LV est divisé sur sa participation au gouvernement, il fallait donc construire quelque chose qui évite la compétition des ego. J’ai été convaincue, il faut bien prendre 2017 par un bout.” argumente-t-elle. En quelques mois, le site du comité d’organisation prend forme dans les locaux de Mediascop, l’agence web de l’ancien dircom de Mélenchon. Il doit être lancé le 16 novembre. Mais les attentats y mettent provisoirement un coup d’arrêt.

“Des militants, des associatifs et des citoyens venus de tous horizons” Julien Bayou

La politique reprend ses droits en décembre, lors d’une réunion au Tank, espace de coworking situé dans un petit immeuble aux grandes baies vitrées du XIe arrondissement. “On n’était plus sûrs de nous, il fallait qu’on teste cette idée devant d’autres personnes”, explique Caroline De Haas. “Dans notre esprit, c’était un dernier round de confrontation avec des militants, des associatifs et des citoyens venus de tous horizons, qui ont été contactés par capillarité”, se remémore Julien Bayou.

Artistes, activistes, syndicalistes et amis d’amis sont venus avec une seule idée en tête : ne pas laisser s’échapper 2017. “C’était la première fois que j’assistais à une réunion où 100 % des personnes présentes étaient d’accord pour dire qu’il fallait prendre le pouvoir à la prochaine élection”, décrit Caroline De Haas.

Pris de court par l’appel publié dans Libé le 10 janvier – ils n’ont été prévenus que trois jours avant –, les activistes mettent les bouchées doubles. Ils mobilisent alors tout leur capital militant pour diffuser à leurs réseaux une souscription pour un comité d’organisation de la primaire. “Ensemble, nous avons un savoir-faire remarquable en matière d’activisme, souligne Arnauld Champremier-Trigano. On sait mobiliser et communiquer, si bien que nos propres ressources sont suffisantes pour donner une impulsion à cette primaire.”

Le comité d’orga compatible avec l’appel de Libé ?

Ainsi, le 19 janvier, Emmanuelle Perez-Tisserant, jeune docteur ès histoire non-encartée, reçoit un mail ayant pour objet “Organisons la primaire de gauche (sous embargo) !” Ce courriel lui parvient car elle a participé au contre-référendum organisé en octobre 2015 par Julien Bayou et Caroline De Haas, en opposition à celui de Jean-Christophe Cambadélis “pour une union de la gauche et des écologistes aux élections régionales”. 13 000 adresses mail ont ainsi été récoltées. “On a fait savoir à ceux qui avaient participé à ce référendum que ce n’était pas un one shot, explique Julien Bayou. On leur a demandé s’ils voulaient encore entendre parler de nous et on a utilisé ça pour les primaires. C’est un prolongement non prémédité.” 

“Pour éviter le crash en 2017, il faut que l’ensemble des sensibilités soient représentées” Yannick Jadot

Une question reste en suspens : ce comité d’organisation a-t-il vocation à se coupler à l’appel lancé dans Libération ? Les deux initiatives sont en désaccord sur un point central : l’inclusion ou non de François Hollande et du Parti socialiste à la primaire. Pour l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, elle est une évidence : “Nous essayons très clairement de convaincre le Parti socialiste d’en être. Si vous les excluez, vous n’êtes pas dans la primaire de toutes les gauches. Pour éviter le crash en 2017, il faut que l’ensemble des sensibilités puissent être représentées.”

A l’inverse, le noyau dur des organisateurs ainsi que de nombreux signataires considèrent que le PS n’y a pas sa place. “Je ne me vois pas m’engager dans un processus de primaire où François Hollande ou un de ses avatars politiques serait candidat, résume le communiste Hugo Touzet, conseiller d’arrondissement du XVIIIe et plus jeune élu de Paris. En participant à la primaire, on s’engage à soutenir le ou la candidate qui l’emportera.”

Le risque de voir François Hollande ou Emmanuel Macron l’emporter est jugé “trop grand” par les organisateurs, qui refusent de qualifier la politique du gouvernement de “gauche”. Yannick Jadot est pour sa part circonspect : “S’ils n’acceptent pas le PS et qu’ils n’ont pas Mélenchon (ce dernier est réticent à l’idée d’une primaire – ndlr), il est probable qu’il n’y aura pas de candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle.”

Faire éclore une nouvelle génération

“Il y a une telle trahison des valeurs, souffle Sophie Tissier, intermittente proche du Parti de gauche, qui a signé la pétition la semaine qui a précédé la mise en ligne de la tribune. Certes, quelques frondeurs ont des positions courageuses mais il y a beaucoup de suiveurs, qui ne tiennent pas une ligne claire, celle d’un “vrai” socialisme.” Le 30 janvier, les députés frondeurs du PS ont annoncé qu’ils participeraient à cette primaire.

De nombreuses inconnues demeurent toutefois : les soutiens à la primaire devront bientôt en rédiger la charte, et l’objectif des 200 000 euros est encore loin d’être atteint. Mais ce projet a permis l’éclosion d’une génération de citoyens et de militants déterminés à ce que la gauche vive et à ce que la candidature de François Hollande ne soit pas automatique en 2017.

Emmanuelle Perez-Tisserant, qui n’a jamais rencontré physiquement les artisans du comité d’organisation, se réjouit de cette initiative : “On veut organiser des conditions de vie démocratique citoyennes, un peu comme ce qui s’est fait en Espagne avec Podemos”. Elle s’interroge cependant sur la suite : “A quel point allons-nous réussir à faire de cette liste disparate un comité réel ? Comment passer du virtuel au réel ? Cela reste à écrire.”


Marie Turcan, Mathieu Dejean – les Inrocks – Source