« Il faut reprendre la rue, bordel. » Dixit

Jeudi (04 fev 2016), place de la Nation, à Paris, plusieurs milliers de militants syndicalistes de la principale centrale de France se sont retrouvés, sous la bruine et dans le froid, pour soutenir ses figures les plus emblématiques de la répression syndicale.

Et, au premier rang d’entre eux, les huit ex-salariés de Goodyear, tous syndiqués à la CGT et condamnés le 12 janvier à neuf mois de prison ferme par le tribunal correctionnel d’Amiens.

Selon la centrale de Montreuil, cette journée de soutien aurait rassemblé 10 000 personnes dans près de 80 villes un peu partout en France. (…) Star du rassemblement parisien : Mickaël Wamen, ex-délégué syndical CGT de Goodyear à Amiens, lui aussi condamné en première instance.

Dans une intervention – sans note – de plus de vingt minutes, il réussit à captiver la foule de militants, avec un discours très offensif.

 « Air France, les taxis, Téfal, Goodyear : on assiste à la criminalisation de l’action syndicale, portée par le gouvernement et relayée par certains médias, dénonce-t-il. On ne peut plus laisser ce pouvoir mener une politique ultralibérale. Si Sarko avait fait le centième de ce qu’il fait, la France serait à feu et à sang. Il faut reprendre la rue, bordel de merde. C’est ensemble qu’on va les faire plier ».

Applaudissements nourris de l’assistance. « Et quand ça va partir en vrille, ce n’est pas d’une petite chemise de DRH déchirée qu’on s’offusquera », menace-t-il. Puis, comme une pique en direction des dirigeants confédéraux actuels : « Cette colère est là, il appartient à la CGT de faire son travail jusqu’au bout ».

Dans les rangs des militants, la fierté d’appartenance au syndicat est palpable. On approuve bruyamment, on tacle le gouvernement, on « relève la tête », comme le glisse un adhérent, drapeau CGT dressé au-dessus de la foule. Un peu avant Wamen, c’est l’inspectrice du travail condamnée dans l’affaire Téfal, Laura Pfeiffer, qui se charge de chauffer les militants. « Mon procès a été celui de l’inspection du travail, des lanceurs d’alerte et des syndicats. Je suis consternée par les attaques subies […]. On ne doit pas se laisser intimider », lance au micro celle qui « dresse un constat alarmant de la justice sociale dans notre pays. »

Sur l’estrade également, un délégué d’ERDF appelle la confédération à multiplier les préavis de grève dans toutes les entreprises où les militants subissent des répressions. L’incontournable ex-Conti Xavier Mathieu est également là, qui renvoie au gouvernement sa violence d’Etat (mort de Rémy Fraisse, policier relaxé dans l’affaire du jeune abattu d’une balle dans le dos, bombardements en Syrie…) et celles des boîtes qui licencient. « Nous ne sommes pas résignés, il y a de la solidarité, nous avons la rage », poursuit le numéro un de la CGT, Philippe Martinez.(…)

Peillon Luc, Libération (Extrait) – Source