Récolter l’ivraie !

On ne peut impunément défier ceux qui vous ont fait roi, ignorer ses promesses, maltraiter ses électeurs. On paye un moment donné l’addition. Pas sûr d’ailleurs qu’elle soit très salée dans l’immédiat [, mais demain plus surement- MC].

Mais, c’est peu dire que les nuages s’amoncellent au-dessus du « candidat naturel ». Et l’affaire de la déchéance de nationalité agit comme un catalyseur. Il est d’ailleurs tout à fait remarquable que la contestation s’organise autour d’une question de principe, et même de morale républicaine, alors que le mot « république » sature tout le discours officiel. Un problème que le Président s’est inventé tout seul, sans doute par démagogie et bas calcul politique. On se souvient qu’au départ, il s’agissait surtout de « piéger la droite ». Ce simple rappel aujourd’hui prête à sourire. Le piège s’est refermé sur le « stratège ».

Quelques parlementaires vont-ils se laisser convaincre par des artifices de dernière minute, comme la disparition de la référence explicite aux « binationaux » – le mot est gommé, mais la chose demeure –, et le transfert du pouvoir de condamnation à la déchéance à un juge judiciaire ? Deux hypocrisies de plus qui ne changent rien à l’affaire.

Bref, la réforme constitutionnelle va se jouer sur le fil du rasoir. Mais, quoi qu’il en soit, le mal est fait. Le Président et son Premier ministre se sont déportés encore un peu plus vers la droite. Et sur un terrain où ils étaient entièrement maîtres du jeu : celui des libertés et de la démocratie. Ici, pas question de « Bruxelles », ou de croissance insuffisante. Même la « finance » n’y est pour rien ! On peut s’interroger en revanche sur le rôle de Manuel Valls dans cette bourrasque.

Le Premier ministre n’a cessé de durcir le débat sécuritaire. Il voudrait la perte de François Hollande qu’il ne s’y prendrait pas autrement. La démission, hautement symbolique, de Christiane Taubira nourrit cette interrogation. L’Élysée a tenté de la retenir, quand Matignon n’a eu de cesse de la pousser dehors. Comme si Manuel Valls continuait de mener à bien une stratégie de rupture totale avec tout ce qui peut s’apparenter à la gauche. La désormais ex-garde des Sceaux l’a bien compris.

Dans ses Murmures à la jeunesse, elle se montre indulgente pour le Président, tandis qu’elle ignore superbement le Premier ministre. Si Christiane Taubira a sans doute quelques raisons d’opérer une distinction, son engagement de loyauté à l’égard de François Hollande ne lui laisse guère de place pour la suite. La politique que les Français auront à juger est aussi, et peut-être surtout, une politique économique et sociale qui tient en un chiffre : 700 000 chômeurs de plus. Et cela, nul ne peut en absoudre François Hollande.

Editorial (extrait) signé de Denis Sieffert – Politis