Social : la colère monte

Alors que la cote du Président Hollande est retombée en dessous de son niveau d’avant les attentats de novembre, les fonctionnaires seront en grève mardi pour leurs salaires.

Le mouvement pourrait être plus soutenu qu’habituellement avec la grogne des enseignants contre la réforme des collèges, et celle des agents territoriaux, inquiets de la fusion des régions.

Les contrôleurs aériens ont prévu de débrayer, ainsi que les chauffeurs de taxi qui dénoncent une concurrence déloyale des VTC. Les Français sont las.

Pas contents, en particulier ceux de la fonction publique qui, selon le dernier baromètre de la confiance politique du Cevipof, sont les plus affectés (35 %) par ce sentiment de lassitude… plus « soft » que l’exaspération. Alors plutôt que de tout casser, ils vont faire grève le 26 janvier pour exprimer leur inquiétude, mais surtout pour défendre leur pouvoir d’achat, qui n’a pourtant guère été érodé par l’inflation, proche de zéro.

(…) « C’est encore la problématique des salaires qui mobilise le plus », décrypte Stéphane Sirot, professeur à l’université de Cergy-Pontoise. Pour cet historien, spécialiste des conflits au travail, il y a là une spécificité bien française, « chez nous, le pouvoir d’achat, la répartition des primes reste le premier facteur déclencheur ». Les enseignants bien sûr seront de la partie, ceux du primaire pour leurs rémunérations, ceux du collège, surtout contre la réforme entrant en vigueur à la rentrée 2016. (…)

A quelques encablures de la fin du quinquennat, alors que François Hollande s’était engagé à faire de l’éducation et de la jeunesse sa priorité, le regard qu’ils portent aujourd’hui sur leur métier reste sévère. Selon les résultats d’une enquête publiée le 20 janvier par Harris interactive, seuls 42 % sont satisfaits de leur situation professionnelle, 88 % estiment que leur profession s’est dégradée au cours des dernières années et regrettent que l’attention portée à réforme du collège ait accaparé tous les efforts du ministère, après la mise en place calamiteuse des rythmes scolaires.

Mardi, ils entendent exprimer leur déception à François Hollande, ce président de gauche pour lequel ils ont pourtant massivement voté en 2012. (…)

Pour les organisations syndicales, il s’agit de mettre la pression sur l’exécutif. Plus largement, cette mobilisation s’inscrit dans une stratégie de raidissement du bloc d’opposition de FO et de la CGT, face aux réformistes incarnés par la CFDT. Jean-Claude Mailly dénonce depuis deux ans, le pacte de Responsabilité, et la politique d’austérité du gouvernement. De son côté, à l’approche du prochain congrès de la centrale qui se tiendra en avril à Marseille, Philippe Martinez joue les durs, dans l’espoir d’être conforté dans ses fonctions. Là encore, il y a la manifestation de plus en plus marquée d’une distance vis-à-vis de l’exécutif. En 2012, la CGT avait appelé à voter François Hollande.

Enfin, des hôpitaux pourraient également être touchés par ce débrayage. A l’Ap-Hp par exemple, la réforme engagée par Martin Hirsch pour faire travailler 35 heures les agents cristallise les oppositions.

Idem dans les transports où la question du régime spécial des contrôleurs aériens en matière de temps de travail est à l’étude. Les aiguilleurs du ciel ont prévu de se joindre au mouvement, à l’appel de leurs deux premières organisations, le SNCTA, et l’Usac-CGT, qui représentent 70 % des effectifs. (…)

Guinochet Fanny, L’Opinion (Extrait) – Source