Cologne : les femmes, le sexe et le patriarcat.

Le journal autrichien Falter revient sur les agressions en masse de femmes à Cologne lors de la Saint-Sylvestre avec un dessin en noir et blanc montrant une foule d’hommes s’en prenant à quelques femmes isolées et à un policier.

1 – Pas de gros titre, mais sous le dessin une citation de Simone de Beauvoir : “Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou plus méprisant qu’un homme inquiet pour sa virilité.”

L’hebdomadaire cherche à comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là et pointe du doigt le sexisme latent dans la société. “Les agressions sexuelles en public n’ont pas grand-chose à voir avec le sexe, mais plutôt avec le pouvoir, la séparation des sexes et le patriarcat”, avance Falter.

Car, contrairement aux abus sexuels commis dans l’intimité, elles représentent une “démonstration de force”. “Cela veut dire : cet espace m’appartient. Je peux y faire ce que je veux, tu n’es ici qu’un corps étranger, mon jouet, une chose. Tu n’es pas restée dans l’espace qui t’est attribué, tu n’as pas respecté les limites, et maintenant tu vas en subir les conséquences.”

Le journal s’interroge également sur le fait que les agresseurs ont été décrits par les autorités allemandes comme étant en majorité des étrangers. “Cela entraîne cette question : avec quelle image de la femme occidentale sont-ils arrivés ?” 

Falter publie également la tribune d’une illustratrice autrichienne qui a vécu au Maroc et qui souligne la “naïveté” des sociétés occidentales, due à l’ignorance de la condition féminine dans les pays musulmans.

Les agresseurs de Cologne sont, selon elle, des hommes qui sont “un énorme problème pour les femmes dans leur pays d’origine, et qui sont désormais aussi un problème pour nous”.


2 – Les milices d’autodéfense, l’autre danger après Cologne

Pour Die Welt

La rétention d’information de la part des autorités sur les incidents violents du nouvel an à Cologne a des effets délétères. Elle génère la suspicion envers les services de l’Etat et contribue à l’émergence de milices d’autodéfense et de violences xénophobes.

Il fallait s’y attendre. Des gardiens de l’ordre autoproclamés [qui feraient partie des milieux de hooligans] ont violemment passé à tabac des étrangers aux alentours de la gare de Cologne dans la nuit de samedi à dimanche [le 10 janvier]. Un signe supplémentaire de la brutalité qui règne dans l’espace public de nos villes.

Il faut tuer la bête dans le ventre fécond !” pourrait-on dire – si l’érosion du monopole de la puissance publique dans nos villes et nos Länder ne faisait que naître. Or ce n’est pas le cas. Le phénomène a commencé il y a longtemps.

Milices d’autodéfense

En Saxe, en Saxe-Anhalt comme dans plusieurs villes de la Ruhr, il y a déjà un certain temps que les citoyens forment des “comités d’entraide de voisinage” – comme récemment à Düsseldorf –, parce qu’ils jugent que la sécurité n’est plus assurée dans l’espace public.

Même si ces associations travaillent parfois avec l’accord de la police locale – elles sont alors baptisées “partenariat de sécurité” –, cela constitue un signal d’alarme. De l’entraide entre voisins à la foule avide de lynchage, il n’y a parfois qu’un pas. Il suffit d’un dérapage.

“Vide d’information”

Les origines du phénomène remontent encore plus loin : jusqu’à nos modes de communication médiatique.

Tout indique que les services de direction de la police ont fait preuve de retenue – pour dire les choses aimablement – dans l’information sur la criminalité des réfugiés au sein et en dehors des centres d’accueil. Et ce conformément à de “bienveillantes” injonctions ministérielles – au motif que les incidents de ce type risquaient d’être instrumentalisés. Et puis il y eut les événements de Cologne et le “vide d’information” pendant plusieurs jours, le rapport de police se permettant de qualifier abusivement les agressions sexuelles et les vols en série de situation “sans heurts”.

Réseaux sociaux

C’est en grande partie une espèce de milice citoyenne de l’information sur les réseaux sociaux qui a permis de combler rapidement ce “vide” par une couverture très dense des faits qui s’étaient produits.

Quiconque tient à ce que l’Etat garde le monopole du pouvoir doit utiliser à bon escient le monopole de l’information. La vérité des faits a-t-elle été prise en compte et respectée en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ? On peut en douter – et pas seulement pour la nuit du nouvel an à Cologne.

Contre la culture du silence

Ce n’est d’ailleurs pas seulement sur les rives du Rhin et dans la Ruhr que la “culture de l’accueil” [des réfugiés] semble être interprétée abusivement comme une culture du silence. Rien d’étonnant, donc, si nombre de citoyens ne font plus confiance aux autorités, se font leur propre idée de la situation – et agissent en conséquence.

Ulrich Clauss


Source Courrier International – TEXTE 1- Falter. 2- Die Welt