Lave plus blanc au FN : que nenni !

Voilà qui fait désordre pour un parti qui a fait du « tous pourris » et de la dénonciation des dérives de « l’UMPS » son fonds de commerce. Pendant la présidentielle de 2012, Marine Le Pen s’était posée en candidate de la « morale publique », enflammant les tribunes de ses diatribes contre les « affairistes » et les « corrompus ».

Hier, la patronne du FN a pourtant été convoquée par les juges dans le cadre de l’enquête sur le financement du FN lors des élections de cette année-là.

La troisième fois aura donc été la bonne.

Car elle avait déjà été convoquée à deux reprises cet automne par les magistrats. Et avait refusé à chaque fois de se déplacer, invoquant un emploi du temps surchargé, la partialité des juges — allant jusqu’à déposer une requête en suspicion légitime contre eux —, mais surtout un « acte politique » au beau milieu de la campagne des régionales. Ces élections sont désormais de l’histoire ancienne.

Du coup, Marine Le Pen a perdu l’un de ses arguments pour contourner l’obstacle judiciaire. Hier, elle observait un prudent silence radio.

Signe d’embarras ?

Au Front, on relativise. « Les électeurs comprennent bien que cette affaire est montée en épingle à des fins politiques », accuse un cadre. « Je suis moi-même mis en examen dans ce dossier, et personne sur les marchés, durant les régionales, ne m’en a parlé. Cela n’intéresse pas les gens », balaie pour sa part Axel Loustau, intime de Marine Le Pen et ancien du GUD (groupuscule radical), fraîchement élu en décembre dans les Hauts-de-Seine.

Il n’empêche, cette affaire risque de poursuivre la présidente du FN tout au long de sa campagne pour la présidentielle de 2017. Hier, elle a été entendue comme témoin assisté, un statut intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen, dans l’enquête lancée en 2014 sur le système mis en place lors des campagnes de 2012.

Un mini-Bygmalion ?

Les juges décortiquent les pratiques de Jeanne, le microparti de Marine Le Pen, et de son prestataire, Riwal. Ils soupçonnent l’entreprise d’avoir surfacturé des kits de campagne (affiches, tracts) en contraignant les candidats aux législatives à les acheter 16 650 €. Montant jugé surévalué. Et qui aurait peut-être permis au parti de détourner de l’argent public, puisque l’Etat rembourse les dépenses des candidats atteignant 5 % des suffrages.

Riwal est également suspecté d’avoir financé illégalement le FN en salariant certains cadres. Sept personnes — dont le FN en tant que personne morale et son trésorier Wallerand de Saint Just, tête de liste aux régionales en Ile-de-France — ont déjà été mises en examen dans cette affaire. Et selon « le Monde », Steeve Briois, ex-secrétaire général du parti, devrait lui aussi être prochainement convoqué…

Ce n’est pas la seule affaire qui inquiète le FN.

Le parquet de Paris s’intéresse de près aux assistants parlementaires du parti à Bruxelles, soupçonnés d’avoir été salariés, sans pour autant travailler au Parlement européen. En clair : une suspicion d’emplois fictifs.

Quant à Marine Le Pen et son père, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique se demande s’ils n’ont pas sous-estimé leur patrimoine. Enfin, la présidente du FN devra répondre de ses récents tweets de photos de victimes de Daech. Un agenda judiciaire chargé, qui pourrait priver le Front d’un de ses arguments préférés : celui du parti qui lave plus blanc.

Hacot Valérie, Titre original « Les juges rattrapent Marine Le Pen » – Le Parisien Source